Posts Récents

Le blind test de Laure Briard



Laure Briard est une chanteuse aventureuse. Délicieusement anachronique, elle poursuit un sillon pop entamé depuis quelques albums maintenant, entrecoupé d’aventures brésiliennes, d’abord avec un premier EP “Coração Louco”, puis un deuxième “Eu Voo”. Toujours fabriqué avec les Boogarins, Laure chante en portugais sur des bossas psychés et des sons plus proches des seventies que de l’électro pop actuelle. Ce qui ne l’empêche pas d’être une fille de son temps, égérie pop indé qui rappelle plutôt les incursions de Jeanne Moreau et Françoise Hardy dans des contrées du monde (de la bossa au sirtaki psyché) plutôt que sur la piste de danse à la mode. Nous avions déjà consacré un portrait à Laure Briard au moment de la sortie de son précédent album. Cette fois, nous lui avons donc soumis quelques titres qui nous ont permis d’aborder avec elle les différentes facettes de sa musique, de son parcours, et de sa vie. Avons-nous vu juste ?


Françoise Hardy / “Chanson d’O” / Album “La Question”

“J’hésite... C’est Claudine Longet ? Astrud Gilberto ? Je connais cette voix. C’est une actrice ? Ah mais c’est Françoise, l’album “La Question” ! Tu sais que je ne connais pas très bien cet album en fait. Je sais qu’elle l’a fait après sa rencontre avec une musicienne brésilienne, mais je ne me suis pas plongée dedans, et je ne comprends pas pourquoi. Il y a des disques comme ça. On sait qu’on va y aller, mais ça prend du temps. C’est une vraie tentative qu’elle a fait d’aller vers des sons brésiliens dans la chanson française. Et j’aimerais bien découvrir ce qu’a fait Tuca, qui a composé l’album. C’est un album que j’ai survolé, et je veux vraiment le découvrir mieux. Mais ce n’est pas Françoise Hardy qui m’a emmené vers la musique brésilienne, ce sont vraiment les artistes brésiliens. Je connaissais quelques trucs, mais pas plus que ça. Vers l’âge de 25 ans, j’écoutais plutôt des choses pop rock sixties et seventies, de la pop indé, mais je n’avais pas cette curiosité des sons d’ailleurs. Et puis mon pote Julien Gasc m’a un jour prêté son Ipod, et je suis tombée sur Vinicius de Moraes, Astrud Gilberto, Tom Zé… Et c’est à partir de ce moment-là que je me suis ouverte et que j’ai commencé à chercher des choses par moi-même. Et maintenant je n’écoute quasiment que de la musique du monde. Je suis de plus en plus ouverte aux sonorités d’ailleurs. Mais je n’ai pas reconnu Françoise Hardy, c’est trop la honte !”


Boogarins / “Elogio à Instituição do Cinismo” / Album “lá Vem a Morte”

“ Ah c’est Boogarins ! C’est la rencontre providentielle. Avant de les rencontrer, je ne les connaissais pas car j’écoutais surtout des vieux trucs et pas de groupes récents. En 2017, on est parti en tournée au Mexique et au Texas. On est passé au Festival South by Southwest à Austin, et on a joué plusieurs fois avec eux. On est devenu potes et le dernier soir du festival après avoir bu quelques verres, je leur ai dit que mon rêve était d’aller jouer au Brésil. Et ils m’ont dit que ce n’était pas impossible, alors que ça me semblait un rêve inaccessible. Ils m’ont proposé leur aide, et une fois rentrée, je les ai contactés pour voir comment on pouvait faire, et ils m’ont aidé. Assez vite, ils ont trouvé 10 dates qui démarraient 4 mois plus tard ! Avant la tournée, je m’étais donné le challenge d’écrire une chanson en portugais et de la chanter dans les concerts, et du coup on l’a enregistré dans un studio, j’étais super contente du travail avec eux, et en rentrant, je me suis dit que j’avais envie de faire un projet en portugais. J’ai donc écrit le premier EP, “Coracão Louco”, un peu droguée par un traitement que je prenais pour soigner une pneumopathie, et 5 mois plus tard, je partais l’enregistrer avec eux.

Et j’ai tellement aimé enregistrer avec eux, écrire dans une autre langue, que du coup j’ai voulu continuer avec “Eu Voo”. Ce projet “brésilien” me permet d’expérimenter des choses différentes par rapport à mes albums. Et puis grâce aux Boogarins, j’ai connu d’autres artistes brésiliens avec qui j’avais envie de collaborer, comme Gabriela du groupe My magical glowing Lens et Giovani Cidreira. J’avais envie d’enregistrer dans un vrai studio, de manière un peu moins DIY, et on s’est retrouvé grâce à un pote dans l’un des plus prestigieux studios brésilien à Sao paulo. Tout était aligné.”


France Gall / “Y a du soleil à vendre”

“ C’est France Gall ? Elle a fait une bossa ? Je ne connais pas cette chanson. On m’a beaucoup parlé d’elle à l’étranger au moment de la sortie de mes deux premiers albums, surtout de sa carrière sixties. Mais on m’en parle moins aujourd’hui. C’est vrai que dans ma musique, il y a des sonorités old school qui rappellent la musique des années 60. On me parlait aussi de Françoise Hardy, et je comprends qu’à l’étranger on me parle des chanteuses qui sont connues internationalement. Mais bon, vu qu’en ce moment on ne voyage plus… C’est dur car je tourne beaucoup à l’international et ça commence à me peser. Tu déconnectes véritablement et tu vas à la rencontre de gens qui sont contents de t’entendre et de te voir jouer. Je ne ressens pas la même chose quand je joue en France. Je ne sais pas si c’est du jugement, mais je n’ai pas trop d’explications. Entre les deux confinements, on a fait une tournée DIY avec Cléa Vincent, chez des gens, dans des jardins, et là, le public était super content, ravi, mais j’ai souvent l’impression que les gens ne comprennent pas vraiment ce que je fais. C’est parfois un peu dur. Le côté exotique que je peux avoir à l’étranger joue clairement en ma faveur, et c’est vrai qu’ici, je ne suis pas très exotique. Je n’ai pas un parcours très commun entre les disques que je fais au Brésil et les autres ici, et j’ai parfois l’impression que ça passe un peu inaperçu. J'aimerais être détachée de ça, mais ce n’est pas le cas. Et la situation actuelle n’aide pas.”

Cléa Vincent / “Poupée canapée” / EP “Tropicléa 2”

“C’est le titre que je préfère sur le disque de Cléa. J’aime beaucoup les paroles. Elle est marrante Cléa. On est dans le même label. C’est génial de pouvoir rencontrer des êtres humains avec qui on s’entend bien, qui sont gentils et bienveillants. Et puis on a fait des tournées ensemble, c’est cool. Elle expérimente aussi des trucs en allant vers ces sonorités-là. C’est très chouette. On est copines et ça fait du bien de se sentir comme en famille. Il y a une vraie famille Midnight Special Records. Midnight, c'est-à-dire Victor, Marius et toute l’équipe du label, me suivent vraiment dans mes différents projets. Je suis hyper chanceuse. Victor est très ouvert. Et puis pour les EP au Brésil, ils m’ont beaucoup aidé, ils ont obtenu des subventions. Sans eux, ça aurait été beaucoup plus compliqué. Je suis hyper libre et c’est super. Je suis trop contente de les avoir cherché, et qu’on se soit trouvés. Victor est aussi mon manager, des fois on s’embrouille, comme des frères et sœurs, mais on se parle tous les jours. Moi j’ai parfois du mal à gérer le business, le retour des gens, mais je me dis que j’ai une équipe solide et ça fait du bien tout ce soutien.”


L’épée (feat. Bertrand Belin) / “On dansait avec elle” / Album “Diabolique”

“Ah c’est des français, mais je ne reconnais pas du tout c’est quoi ? Ah c’est L’Epée, avec Emmanuelle Seigner et les Limiñanas, je vois. On a failli jouer ensemble d’ailleurs. J’ai pas écouté l’album et je connais mal les Limiñanas. Je peux pas trop en parler du coup. Mais j’écouterais avec plaisir.


Johan Papaconstantino / “J’aimerai” / Album “Contre-Jour”

C’est Johan Papaconstantino ? On m’a dit beaucoup de bien de son album. Il mélange un côté électro avec de la musique du monde. Il y a un côté très dans l’air du temps, ce que je ne fais pas du tout. je n’ai pas du tout cette tentation. Dans le futur peut être, mais c’est vrai que je suis dans quelque chose de très organique où on joue et on enregistre en live. C’est assez brut dans la manière de faire. En ce moment je commence à travailler de nouveaux morceaux et c’est vrai que je n’imagine pas du tout à aller vers ces sons électro. Je pense toujours à un groupe “classique”, basse batterie guitare claviers. Mais pourquoi pas expérimenter un jour ça. Moi j’adore tourner avec des musiciens. Aujourd’hui, vu les conditions c’est plus difficile, mais on est quand même 3. Je joue de la batterie debout, et il y a un guitariste et un clavier qui fait aussi les basses. Mais c’est une autre énergie. Par contre, être toute seule avec des boucles, je ne pourrai pas le faire. Depuis mon premier album, j’écris des morceaux, mais je n’ai jamais appris la musique. Je me débrouille, mais je n’ai pas une technique folle, et ce ne serait pas aussi intéressant. Et puis j’aime l’idée de partage. Sur mes nouvelles démos, j’arrive de plus en plus à faire les choses seules, mais j’ai vraiment besoin d’un regard extérieur. J’adore voir ce que mes paroles inspirent à un autre musicien. J’ai beaucoup collaboré avec des gens et ça a toujours été une bonne surprise. J’ai besoin de me sentir entourée et de partager. J’ai beaucoup de copines musiciennes qui bossent seules, mais elles sont sûrement plus techniques et autonomes que moi. Et puis j’aime trop être sur la route avec des gens.

Bertrand Burgalat / “Nous étions heureux” / Album “Chéri B.B.”

“Je connais ça ! C’est Bertrand ! C’est marrant car je l’ai connu il y a très longtemps via Aquaserge de qui j’étais très proche. Ils étaient backing band de sa tournée et Bertrand venait souvent répéter à Toulouse dans une grande maison où on habitait tous. Donc je le voyais souvent. Et j’ai enregistré chez lui mon premier EP sous le nom de Laure Briard chante la France. C’était un projet que j’avais avec Barbagallo à l’époque. C’était en 2013 et c’est sorti chez Tricatel. Bertrand, il est inspirant car il va au bout de ce qu’il dit. Il fait les choses comme il les sens. Et ce n'est pas facile car il faut les moyens de ses ambitions. Il a toujours été dans son truc, et à un moment c’était moins facile pour lui et il a bien géré les choses. Je suis très fan de l’album qu’ils ont fait avec Valérie Lemercier, je trouve ça génial. Il est très talentueux et très cool. Mais on ne s’est pas vu depuis très longtemps.”


Chico Buarque / “A banda”

"Joao Gilberto ? C’est pas Jobim ? Ah c’est Chico ! Ce n'est pas celui que je connais le mieux. Je suis plus calée en Jorge Ben. Ils ont fait tellement de trucs que c’est difficile de tout écouter et de tout connaître. Tous ces artistes du tropicalisme, ils étaient aussi très politiques. Et c’est ça qui me plaît. Il y a quelque chose de très relié à l’histoire du Brésil, à la censure. Ils se sont battus pour pouvoir faire de la musique et dire ce qu’ils voulaient. Ils ont dû s'exiler. Ça se mêle vraiment à mon admiration pour eux. Les musiciens actuels, en tout cas pour certains, sont à nouveau dans la résistance par rapport à Bolsonaro. Tous mes potes au Brésil sont très revendicatifs à travers leur musique, moins à travers le live évidemment. On est aussi moins libres d’agir qu’avant. Il y a une chanteuse très connue qui s’appelle CEU et qui poste beaucoup de choses sur les réseaux. Il y a une vraie rébellion et un vrai dégoût de la plupart des brésiliens."


George Moustaki / “Les eaux de Mars”

"Ah c’est la version de Moustaki. Ce n’est pas quelque chose que j’ai entendu enfant. Mes parents écoutaient des choses dont je n'étais pas très fan mais c'est surtout le souvenir dans mon esprit pseudo rebelle pré adolescent où tu restes bloquée sur certains goûts de tes parents (genre Johnny, Goldman..). Tu cherches pas à comprendre, tu vas à l'opposé... Mon père avait des goûts bien plus pointus. Il avait notamment une super collection de K7s que j'ai découverte par la suite avec notamment mon disque préféré de Bob Marley, "Kaya", et un super groupe qui s'appelle The Steeve Miller band que j'ai découvert grâce à lui!"


Bonus, le choix de Laure

“En ce moment j’écoute en boucle un truc que j’ai redécouvert et que j’écoutais beaucoup il y a quelques années, c’est “It’s not time now” de The Lovin’Spoonful. J’adore. C’est un peu cow-boy !”

Photos & Interview : Nicolas Vidal