Edito par Nicolas Vidal

La France a toujours été une terre d’accueil pop. Surtout pour les artistes issus de la Francophonie, et particulièrement le Québec. Et depuis quelques années, des songwriters aussi talentueux que Pierre Lapointe, Safia Nolin, Charlotte Cardin, Dylarama ou Paupière ont replacé le Québec au centre du jeu pop. Il faut ajouter à cette liste Peter Peter qui depuis l’inaugural “Une version améliorée de la tristesse”, nous abreuve de chansons excellentes, aussi mélancoliques qu’addictives. Son nouvel album, le très réussi “Super Comédie”, nous plonge une nouvelle fois dans les affres de son auteur, tour à tour fragile et poétique, impudique et mélodique, maniant l’électropop et les guitares saturées pour mieux nous charmer. Ayant élu domicile à Paris depuis quelques années, nous sommes allés à la rencontre du chanteur pour cerner un peu plus les contours d’un artiste pop qui nous plaît beaucoup.

Nouvel Album "Super Comédie" disponible. En concert les 10 et 11 Décembre à Petit Bain à Paris
ENTRETIEN & PHOTOS:  Nicolas Vidal

Je crois que tu vis à Paris depuis un moment maintenant ? 

Oui, depuis mon arrivée en France il y a presque 7 ans maintenant. Je me suis promené dans différents appartements, mais j’ai élu domicile dans le 18ème arrondissement depuis 4 ans maintenant. 

 

Tu crées donc en France depuis assez longtemps ? 

Oui, mais je travaille entre Paris et Montréal, bien que ce soit compliqué en ce moment, surtout pour la sortie du disque. 

 

Qu’est-ce que cela t’apporte artistiquement d’habiter à Paris ? Est-ce que ta manière de créer a changé ? 

Bonne question. C’est une question que je ne me suis jamais trop posée, mais maintenant que j’ai vécu plus longtemps à Paris qu’à Montréal, il doit y avoir une influence. Paris est une plus grande ville que Montréal, et ça me permet de faire de la musique de façon plus libre, d’avoir plus de territoires et de ne pas essayer de convaincre un seul marché. Plus on est dans un grand bassin de population, plus on a de chance de toucher les gens. La France, c’était la suite logique des choses et je me plais bien en Europe. Ça m’a toujours attiré, et au final, c’est à la hauteur de mes attentes, le style de vie… Je sais pas vraiment créativement ce que cela provoque en moi. Je me sens un peu plus contraint qu’à Montréal en terme de studio de répétition par exemple, mais je suis plus confronté à la solitude ici, au fait de travailler seul. Je fais beaucoup de choses seul, et j’intègre des gens à la fin du processus. 

 

Il y a plus de structures et d’endroits pour faire de la musique à Montréal ? 

Le monde est en train de changer, mais à une époque, beaucoup d’artistes allaient à Montréal pour travailler. Tu pouvais écrire et composer dans un café pendant quelques jours avec un groupe sans que cela te coûte beaucoup d’argent. Je ne sais pas si c’est toujours le cas, mais c’était une sorte d’eldorado à une époque. Mais je suis très attaché à Paris. A l’héritage. 

C’est une ville que tu connaissais avant d’y habiter ? 

Non, mais j’avais mon idée sur la ville grâce aux films français, ceux des Inconnus et de Bertrand Blier. C’était vraiment du fantasme pur. Au début de ma carrière, je ne voulais pas chanter en français, mais je me suis dit que si je le faisais, je pourrais peut être venir en France un jour, et c’était mon réconfort. 

 

Est-ce qu’il y avait des artistes que tu aimais qui représentaient Paris pour toi, ou une sorte d’idéal musical ? 

La poésie a beaucoup forgé cet imaginaire là, très adolescent. Mais dans la chanson, je n’ai pas quelqu’un qui représentait ça. C’était plus le cinéma et le fait que Jim Morrison soit venu mourir ici qui a cristallisé mon désir. C’était très adolescent, et très erroné. Mais je retrouve encore parfois des réminiscences de ce Paris fantasmé. 

 

Tu parlais de Bertrand Blier qui est un cinéaste très français, mais qui ne représente pas forcément Paris.

C’est vrai, en en parlant, je cherchais vite fait des films à lui qui se passaient à Paris. Peut être “Tenue de soirée”, mais on ne sait finalement pas trop où cela se passe. Un film comme “Marche à l’ombre”, où les comédies populaires montraient un tempérament très français qui me plaisait. J’idéalisais un peu ça. 

 

Est-ce que le fait d’habiter à Paris fait ressortir ton côté canadien ? 

Je pense que je suis allé à la limite de ce que je pouvais être comme français, sans dénaturer ma personnalité. Après, quand je retourne chez moi, j’ai un côté plus européen qui me met parfois en décalage, mais ici, je ne serais jamais considéré comme français. Je vais être éternellement entre les deux, mais je ne me mets jamais de pression là-dessus. J’essaie de rester spontané, sans me conformer à des choses. C’est plus au niveau du langage qu’il y a un travail d’adaptation. Mais je n’ai pas une fierté ou un orgueil démesuré là dessus. Au Québec, on a un français différent, plus dilué, mais il y a aussi une pensée intellectuelle qui est là. Mais je ne pense pas que ça m’ait rendu plus canadien.

On voit souvent la musique Québécoise par le prisme de la “chanson”, de Diane Dufresne à Charlebois en passant par Pierre Lapointe, et ce qui est intéressant dans ta musique, c’est le côté pop et finalement peut être plus “français”, car la France est aussi un berceau pop important.

En 7 ans, ça a beaucoup changé. Quand je suis arrivé, c’était un créneau très précis, je sentais qu’il y avait une demande pour l'électro pop anglo saxonne. Aujourd’hui, il y a eu un renouveau de la chanson française dans lequel, parfois, je ne me sens pas tellement appartenir. J’essaie de distordre un peu le français pour qu’il sonne plus international, moins hermétique et connoté à la chanson. Je ne suis pas un grand consommateur de “chanson” même s’il y a plein de gens que j’apprécie. En fait, je ne me suis jamais vraiment senti chez moi nulle part. Que ce soit avec les artistes québécois ou français. Je ne cherche pas vraiment de niche pour me conforter. Je suis quelqu’un d’assez solitaire. Même quand je suis arrivé dans un créneau qu’on cherchait, ça ne m’a jamais conforté. Je me suis toujours senti seul. 

 

On t’a connu ici avec “Une version améliorée de la tristesse”, qui mettait beaucoup en avant le côté mélancolique et électronique de ta musique avant de découvrir un côté plus rock sur certains titres. Sur ce nouvel album, “Super Comédie”, on entend vraiment le mélange de ces deux facettes. 

Il y a eu aussi un album éponyme en 2011 qui n’est jamais sorti en France que j’avais enregistré avec le réalisateur de “Funeral” d’Arcade Fire qui était très guitare, très organique. Sur “Une version améliorée de la tristesse” qui est sorti en 2012 au Canada, et en 2014 en France, il restait une peu de ça, mais je commençais à m'intéresser aux synthés. Sur “Noir Eden”, il restait un titre à la guitare, mais il y avait un côté plus house, et je savais que j’avais envie de revenir à de l’organique mais je ne savais pas si ça allait être une transition drastique. Sur “Super Comédie”, j’avais envie de tout me permettre. J’ai tout chez moi, et j’ai fini par tout mettre. J’avais aussi envie de faire un album moins axé sur l’ordinateur. Un de mes plus gros plaisirs live, c’est de jouer de la guitare. Alors je me suis permis de le faire. Je me suis laissé aller, j’ai joué de la guitare ici où là, et au final c’est cohérent. 

 

Est-ce que tu pars toujours de l’écriture pure de chansons - j’entends en guitare/voix ou piano/voix - ou plutôt par la production ? 

Aujourd’hui, la production et la composition musicale sont assez liées parce que tout le monde a un ordinateur chez soi. Si tu veux faire une démo, pourquoi ne pas faire le disque directement. Et c’est comme ça que je l’ai fait. Avec “Noir Eden” mon précédent disque, il a fallu que j’apprivoise l’ordinateur. Je faisais des démos à l’arrache avant d’enregistrer les chansons. Aujourd’hui, on s’attend à plus de la part des artistes. J’ai beaucoup de synthés, beaucoup de machines, et il y a des guitares/voix qui se sont beaucoup transformées. Si je pense à la chanson “Extraordinaire”, c’était un guitare voix à la base dont j’ai enregistré la voix à Cuba, où j’étais allé pour un mariage. J’écrivais le texte en même temps. Cela devait être une voix témoin, que j’ai gardé. Au final, je compose en même temps que je produis. C’est vraiment un peu des deux, en tout cas sur ce disque là. 

 

Il y a un côté très confession sur ce disque, où tu parles de psychothérapie notamment. Est-ce que c’est difficile pour toi de parler de ces sujets de manière poétique ? 

Non je ne trouve pas ça très difficile. Je trouve ça plus difficile de ne pas s’inspirer de sa propre vie. Je garde une certaine pudeur mais j’essaie de nourrir  mes albums des choses les plus vibrantes et les plus honnêtes. Parfois, ça vient quand même de choses qui ne sont pas fabuleuses. J’ai toujours cherché un peu à réconforter les gens avec la musique de la même manière que la musique me réconforte. Dans le monde dans lequel on vit, j’essaie d’appuyer sur ça. Sur “Noir Eden”, j’ai même poussé le curseur pop. Mais pour moi, ce n’est pas plus compliqué que d’inventer une fiction. Et je n’ai pas envie de ne montrer que des choses lisses. Alors oui, je dis que je suis fragile et que je souffre. 

 

Est-ce que ce n’est pas finalement ça le sens de la pop : dire des choses noires, tragiques, ou personnelles sous un voile mélodique ? 

Oui un peu. Je suis même un peu superstitieux là-dessus. Si je nourris les gens de vrais trucs, peut être qu’ils vont sentir que c’est vrai. Ils seraient peut être touchés même si j'inventais des choses, mais c’est ma manière de faire de dire la vérité. Mais il n’y a pas de règles, on peut tout inventer de A à Z. Chacun a ses rituels. 

 

Le titre “Répétition” fait un peu écho à ce qu’on a vécu ces derniers mois…

C’était un pur hasard. Quand je parle de masques dans la chanson, c’était métaphorique. J’ai une habitude quand je travaille sur un album, c’est de me couper, de ne quasiment pas sortir. Et à un moment, je m'aperçois que je ne vois personne et qu’il faut que je sorte, et là ça explose dans tous les sens. Cette chanson parle un peu de ça, de cet ascétisme. Mais cela n’avait rien à voir avec le confinement.

 

Est-ce que ce confinement forcé t’a perturbé quand même ? 

J’étais entraîné en fait. Je pense qu’aujourd’hui, j’ai plus de questionnements sur ce qu’il s’est passé, mais cela ne m’a pas perturbé sur le moment. Mais en revanche, ça n’a pas été créatif pour moi. Connaissant ma nature anxieuse, je considère que ça s’est bien passé. Comme Houellebecq l’a écrit dans sa lettre, un écrivain, ça a besoin de marcher pour écrire. Et les artistes pop aussi. C’est ça qui était frustrant dans le confinement, ne pas pouvoir marcher. Je ne connais pas beaucoup d’artistes qui ont réussi à tourner le confinement à leur avantage. Et puis on y est encore en réalité. Sauf que là je crée, et je marche. 

 

Comment vis-tu la sortie de ce disque avec la perspective éventuelle de ne pas pouvoir tourner avec dans l’immédiat ? 

Il y a une grande frustration évidemment. En ce moment, tout est inconnu. On me demande une formule pour théâtre à 3 sans batterie. C’est frustrant, mais il faut aussi jongler avec la réalité. Je vais m’adapter dans tous les cas. C’est la vie. On ne peut pas tout contrôler. Après, l’optimisme est de se dire que ça peut être stimulant et créatif et amener quelque chose de mieux. Mais je n’ai pas ce côté là en moi pour le moment. 

Propos recueillis par  Nicolas Vidal

Disques : “J’aime beaucoup ce que fait Destroyer. Il a une super carrière derrière lui, et c’est une figure qui m’inspire. Il est très tourné vers la poésie et je trouve que c’est un de nos grands songwriter. Il prend des risques sur chaque album et il ne s’est jamais plié au marché. Il a créé sa propre entité pour chaque album, toujours en évoluant. J’adore ses albums “Your Blues” et “How we met”, le dernier, qui est très grand. Il y aussi un groupe que j’aime bien, c’est Ought. Leur dernier disque “Room inside the world” est un pur album. Ils m’ont un peu inspiré sur le titre “Conversation” même si ça ne sonne pas pareil grâce à leur chanson “Desire” que j’aime beaucoup. C’est un groupe de Montréal, un peu art punk. Je sais pas s’ils sont toujours là-bas. Et je pense que Caribou m’a beaucoup influencé sur le côté électronique avec l’album “Our love”. Beaucoup d’artistes canadiens au final.” 

 

Films : “Je vais citer Atom Egoyan avec “The adjuster”. C’est un des plus grands cinéastes canadiens. Ce film m’a fasciné. Avant de faire de la musique, je voulais réaliser des films. Et je ne peux pas ne pas nommer Stanley Kubrick. Il est le premier à m’avoir ouvert les yeux avec “Orange mécanique”. Avant ça, je ne comprenais pas qu’il y avait plusieurs dimensions dans une œuvre. Quand je l’ai vu à 15 ans, j’ai compris ce que le mot génie voulait dire. C’est puissant comme film. C’est une grande figure jusqu'au boutiste, même si on réalise aujourd’hui qu’il en a probablement abusé. C’était une autre époque, et c’est une figure incontournable, même aujourd’hui. Et puis “Buffet froid” de Bertrand Blier. C’est un film qui m’a bouleversé, le début dans le métro est incroyable. C’est un film qui annonce un peu aujourd’hui d’une certaine façon car on ne sait plus trop dans quel monde on vit. Le snormes ont beaucoup changé. C’est un cinéaste qui m’a touché adolescent et c’est resté. J’ai toujours aimé les rebelles, et lui c’en est un.”

Livres : “”Pastorale américaine” de Philip Roth. C’est un génie que j’aurais aimé connaître. Il y a quelque chose de grandiose dans ce livre. Michel Houellebecq aussi. C’est une figure pop et c’est ce qui est intéressant chez lui aussi. Il a cette force qui est d’être lu et relu, partout. C’est quand même un génie littéraire, même si les intellectuels ne veulent pas l’avouer. C’est de la fiction avec un point de vue, même s’ils n’est pas convergent avec ce qu’on pense. Il dépeint le néo-libéralisme dans lequel on vit depuis un moment tout en parlant d’amour et en étant capable de pureté. Si je devais en choisir un, ce serait “La possibilité d’une île”. Récemment, j’ai beaucoup aimé “Le nazi et le barbier” d’Edgar Hilsenrath. C’est très fort comme histoire. Au début, cet auteur ne m’a pas forcément charmé. Je le trouvais un peu provocateur et grossier. Et puis ce livre qui est moins dans la provoc est très fort.”

Visuels : “J’aime beaucoup l’illustrateur Brecht Vandenbroucke qui fait des illustrations en acrylique et qui a travaillé pour mon album. Je l’ai connu via Instagram et je l’aime beaucoup.”

Jogging House

“ J’ai envie de parler du projet Jogging House. C’est de la musique ambient dont j’adore les textures. C’est une musique pour se détendre qui fait oublier un peu le monde dans lequel on vit. C’est un regard qui n’est pas pop, ni dans le star system. C’est ce que j’écoute beaucoup en ce moment.”

Un portrait chinois de Peter Peter  à travers leurs idoles teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage

Stanley Kubrick


Ta  chanteuse Teenage

Beth Gibbons

Ton chanteur teenage

Jim Morrison

Ton acteur teenage

Malcom Mac Dowell

Ton actrice teenage

Neve Campbell

Ton crush teenage

Nicole Kidman

Ton idole actuelle

Michel Houellebecq


Ta chanteuse actuelle

Bat For Lashes

Ton chanteur actuel

Destroyer

Ton acteur Actuel

Paul newman


Ton actrice Actuelle

Amy Adams

Ton crush Actuel

Natacha K