Edito


Pascale Borel, chanteuse au timbre doux et au ton légèrement décalé, fait partie du cercle très fermé de nos  égéries pop. Apparue au milieu des années 80 par la grâce conjuguée des images de Pierre & Gilles et des synthétiques ritournelles de Mikado, elle n’a cessé depuis de nous enchanter dans ses 3 albums solos concoctés avec Jérémie Lefebvre, qu’elle nous livre avec délicatesse et parcimonie. Des chansons pop comme des bonbons au poivre, faussement naïves mais réellement bien troussées, délicieusement addictives au milieu du torrent urbain de la chanson actuelle. Pascale Borel, fille pop du soleil forever.

ENTRETIEN ET PHOTOS:  NICOLAS VIDAL 

Avant de sortir 3 albums sous ton nom depuis une petite quinzaine d’années, les gens t’ont découverte à travers Mikado dans les années 80. Comment est né le groupe ?
J’ai rencontré Gregori Czerkinski, l’autre moitié de Mikado, dans le groupe Lala & les émotions. Il était aux percussions et moi aux chœurs. Il composait déjà des chansons, et moi j’écrivais dans mon coin. Je lui ai montré quelques textes, on a fait des chansons et l’aventure a commencé. Notre premier et unique album est sorti d’abord au Japon, puis en France en 1986.

Mikado ce sont aussi les images iconiques de Pierre & Gilles. Comment est née cette collaboration?
Je suis tombée sur leurs photos au moment de chercher quelqu’un pour faire la couverture du disque, et j’adorais leurs photos ultra colorées d’Iggy Pop, de Marie-France. Ils avaient travaillé pour le magazine «Magazine» de Didier Lestrade qui est un copain, et je lui ai demandé leur contact. Et ça a été le coup de foudre. Ils ont aimé la musique, et ça les a inspirés. On a fait la pochette, puis le clip de «Naufrage en hiver» qu’ils ne voulaient pas faire au départ. Mais on a insisté, et on a bien fait! Ils ont fait peu de clips par la suite.

L’image de Mikado et son influence musicale se font toujours sentir aujourd’hui. Vous êtes dans l’expo «Daho l’aime pop», Lafayette a repris «Naufrage en hiver». Qu’est ce que cela t’inspire?
En fait ça m’étonne. Je suis très touchée, ça me très fait plaisir, même si la plupart des gens ne savent pas que j’ai fait plusieurs albums depuis. Par exemple, la chanson «Par hasard» s’est retrouvée dans une pub pour promouvoir le film de Michel Gondry réalisé pour Apple. Je pensais que ça venait de lui, mais même pas. C’est fou après toutes ces années! 

Que s’est il passé entre la fin de Mikado et «Oserais-je t’aimer», ton premier album solo sorti en 2005?
Mikado s’est arrêté en 1991, j’ai eu deux enfants. J’ai continué à écrire, j’ai été dans un groupe qui s’appelait Bien, avec qui on a sorti un album sur un label espagnol. J’ai travaillé un peu avec Etienne Charry, on a fait une chanson «Le constat», qui est sortie sur une compilation Tricatel. Et puis en 2001, j’ai rencontré Jérémie Lefebvre, par un musicien de Bien d’ailleurs, et il m’a assez vite proposé une chanson, «Si j’étais une vache», et là je ne pouvais pas trouver mieux! Cela correspondait exactement à ce que je voulais chanter. On a fait l’album ensemble, et il est sorti sur le label Pschent.

Ton deuxième album, «Moyennement amoureuse» est sorti en 2012.  Entre temps, tu as également enregistré un titre avec Valérie Lemercier. «J’ai un mari». Comment est venue cette idée?
Oui, on a commencé à travailler sur l’album en 2009 je pense, mais Jérémie a travaillé sur d’autres projets en parallèle, et on a pris notre temps. Jérémie avait écrit ce titre pour deux femmes, et on a cherché avec qui on pourrait le faire. On a pensé à plusieurs chanteuses, de Héléna Noguerra à Catherine Ringer, mais je connaissais un peu Valérie qui a dit oui de suite. Et elle est venue très simplement faire ce duo, qui l’a amusé je crois.

Musicalement, le disque a un côté plus chanson que «Oserai-je t’aimer»? Était-ce voulu dés le départ?
Le son plus acoustique, plus variété est venu naturellement. On trouvait que le défaut du premier album était d’avoir trop de chansons différentes. On avait envie d’un son plus homogène. Le seul titre un peu plus électro est la chanson «Oublie-moi», qui est une reprise d’un titre  de l’album fait avec le groupe Bien.

Ton dernier album «Par ailleurs» est sorti en 2015,  et est dans une veine beaucoup plus électro pop.
Oui c’est un album dans lequel on a pris un virage.  On avait envie de faire un album simple, rapide, spontané, ce qui correspond à la manière dont j’écris mes paroles. Je me suis remise à l’écriture, que Jérémie avait un peu plus pris en charge sur les albums précédents. Il voulait travailler à partir de mes textes, donc j’ai d’abord tout écrit seule, sans lui, et il a composé autour. Cela me convenait très bien car j’avais très envie d’écrire à ce moment là. On a quasiment tout fait seuls, il y a eu peu d’interventions de musiciens. Et c’est une manière de travailler qu’on va continuer à explorer. Je n’arrive pas trop à comparer les albums, mais Jérémie pense que c’est le meilleur album qu’on ait fait.

On a un peu l’impression que ce disque synthétise tous tes différents projets, avec des titres très pop rappelant Mikado ou Bien, d’autres plus chansons comme «Tac Tic» qui sont dans la même veine que  «la sonnette» sur «Moyennement amoureuse».
Oui je vois ce que tu veux dire. C’est vrai que c’est l’impression que ça me donne également.  Le point commun, c’est que j’aime raconter des petites histoires de manière légère. Et c’est le point commun qu’on a avec Jérémie dans l’écriture.

Tu as toujours un socle de fan assez important, fidèle.
C’est vrai, et j’en suis ravie! C’est un socle de fan assez mouvant, avec des gens qui viennent à tous les concerts pendant un moment, puis ça change. Certains sont là depuis l’époque de Mikado, d’autres plus récemment. Le public se rajeunit un peu et ça me plait, même si je me demande toujours comment ils me connaissent. L’autre jour, un jeune homme en costard cravate m’a reconnue dans le métro, et j’étais très flattée, c’est quand même très agréable.

Est ce que tu prépares un nouvel album?
Oui on va s’y mettre. Je continue à écrire. Jérémie a enregistré un album en italien qui va sortir cette année. Pour le moment, je ne sais pas exactement ce qu’il y aura dessus, mais à priori ce sera toujours dans une veine électro pop. On a envie de continuer sur la même lancée que «Par ailleurs», c’était simple et on a envie de continuer à travailler comme ça.

Jane Birkin- «Je ne crois pas avoir été influencée musicalement par les artistes que j’ai écoutés. En revanche, s’il y a une chanteuse qui m’a influencé vocalement, c’est Jane Birkin. Je l’ai adorée. Quand le style de Mikado a commencé à se définir, je l’avais dans un coin de ma tête je pense. J’aime moins sa carrière actuelle, mais cette manière de chanter me plaît, à la manière d’une actrice. Comme Jeanne Moreau. Ou Carla Bruni. Je trouve ça très réussi.»

LIVRES - «J’aime beaucoup Stefan Zweig, notamment son «Marie-Antoinette». J’aime son côté romanesque, son écriture assez facile à lire, mais en même temps profonde. Un peu comme mes chansons! (rires) Je suis en train de lire «Howards Ends» de EM Foster et ça me plait beaucoup! Son écriture ironique, politique, trés subtile. Anglaise en somme. Et les livres de Jérémie Lefebvre, particulièrement «Le collège de Buchy». Il arrive à nous faire rire sur la problématique du harcèlement à l’école, et je trouve ça très fort.»

PEINTURES- «Je n’y connais pas grand chose en peinture, mais j’ai récemment visité Venise, et je suis tombée en extase devant la beauté de la ville, c’est magique. J’ai halluciné devant la fresque immense du Tintoret au palais des Doges, mais je suis restée très marquée par les «deux dames vénitiennes» de Carpaccio. Leur expression est magnifique, je suis restée devant très longtemps.»

Disques- « Bowie, Bowe, Bowie. «Pin-ups» est le premier disque que j’ai acheté. J’ai aussi écouté en boucle et à fond «Lovesexy» de Prince. C’est terrible de penser que mes deux artistes préférés sont morts la même année. J’adore Katerine, son côté décalé, culotté. Je l’adore sur scène et musicalement. Récemment, j’ai beaucoup aimé The Pirouettes, «l’escalier» je trouve ça super. Je les trouve frais. Et j’aime bien Jain, le mélange hih-hop, pop, variété. Il y a un truc très réussi dans sa musique. »

Ma Playlist...

FILMS- ««Sur la route de Madison» de Clint Eastwood, c’est magnifique. J’adore «8 Femmes» de François Ozon, que j’ai vu plein de fois. Je le connais par cœur. Tout est réussi dans ce film, les actrices, Huppert en tête, sont démentes, le choix des chansons. Récemment, j’ai beaucoup aimé «Pour le réconfort» de Vincent Macaigne. C’est très drôle, on a l’impression que tout se passe devant nous; la violence des mots et en même temps les liens affectifs, presque familiaux sont très bien retranscrits.»

«Miche Amet fait essentiellement des portraits en noir et blanc magnifiques. Il fait peu d’expositions, fait ses tirages en argentique lui même avec une minutie incroyable. Il arrive toujours à sortir des choses de ses modèles qu’on ne voit pas au premier abord, on les découvre autrement, loin d’un sourire de convention. Avec Mikado, nous avions fait des photos avec lui, en noir et blanc. Il a aussi fait une pochette pour Taxi Girl. J’aime vraiment beaucoup son travail...»

Un portrait chinois de Pascale Borel à travers ses idoles teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage
Marylin Monroe

Ta  chanteuse Teenage
Jane Birkin

Ton chanteur teenage
David Bowie

Ton acteur teenage
Steve Mc Queen

Ton actrice teenage
Marlène Dietrich

Ton crush teenage
Jacno

Ton idole actuelle
Elise Lucet

Ta chanteuse actuelle
Jain

Ton chanteur actuel
Philippe Katerine

Ton acteur actuel
Ryan Gosling

Ton actrice actuelle
Meryl Streep

Ton crush actuel
Ethan Hawke