ENTRETIEN ET PHOTOS:  NICOLAS VIDAL 

Vous avez chacun vos carrières solo, qu’est ce qui vous a poussé à enregistrer « Tara », cet album en duo ?

Lonny : On s’est rencontré au Studio des Variétés lors d’un stage de structuration professionnelle. On était les deux cancres folk du fond de la classe car on riait beaucoup. On s’est très vite très bien entendu car on ne parlait pas que de musique, mais aussi de plein d’autres choses.

Guillaume : On se présentait beaucoup lors de ce stage, on répétait nos influences à chaque fois qu’un intervenant venait, et Louise était la seule avec qui on avait les mêmes influences, la même sensibilité au milieu de ce panel d’artistes. Mais on n’a pas du tout parlé de projets ensemble à ce moment là. Je lui ai donné le disque de Yules, un album de reprises de Leonard Cohen, et voilà.

Lonny : On avait le droit de faire écouter notre musique uniquement à la fin du stage, et ce que nous a fait écouter Guillaume a fortement résonné en moi car on vient du même endroit musicalement. Et puis au même moment, au détour d’une discussion avec Constance Petrelli (Une Femme Mariée), elle m’a dit « Si tu as la chance de travailler avec Guillaume, vas-y, c’est un super arrangeur, il fait du banjo », donc ça a fait son petit chemin (rires). Mon projet était très jeune à l’époque.

Guillaume : Après ça, on a joué notre spectacle sur Leonard Cohen et Lonny qui fait aussi de l’alto, a monté un quatuor pour nous accompagner sur scène au China et aux 3 Baudets à Paris. Elle m’a aussi proposé de chanter en duo sur son EP. Mais on a jamais prémédité de faire un album en duo, bien que les gens étaient plutôt enthousiastes sur le titre. Et puis elle a eu besoin de quelqu’un pour mixer son album, et elle m’a demandé de le faire, donc on a travaillé ensemble et on a vu que ça fonctionnait.

Lonny : Cela m’a ouvert les oreilles de travailler avec lui. L’art du mix m’était complètement inconnu, et en partageant nos références et influences, on est rentré dans un ping pong artistique très intense.

 

Quelles étaient vos influences communes ?

Guillaume : Il y avait Dylan, Patti Smith et Leonard Cohen.

Lonny : Et puis Father John Misty, Lambchop, Lady & Bird.

 

Quand est né le concept de « Tara », de partir dans une maison pendant 7 jours et d’enregistrer une chanson tous les jours ?

Lonny : C’est né au moment du mix. J’étais un peu essoufflée après cet album, et je disais à Guillaume que je voulais quelque chose de beaucoup plus personnel, moins show off dans les arrangements, nu.

Guillaume : Moi j’adore le minimalisme. Quand les chansons existent simplement, on sait que c’est gagné, et les chansons de Lonny existent. J’aime charger les chansons pour tester plein de directions, c’est mon côté Brian Wilson. Et là, ce qui a fonctionné, c’est qu’on a les mêmes buts dans la musique et une sensibilité proche.

Lonny : Dans ma courte carrière, j’ai souvent eu le sentiment de devoir négocier avec les musiciens, les arrangeurs, avec des questions d’égo énorme et un peu de sexisme. Et Guillaume n’est pas du tout comme ça. On est là pour servir la chanson et pas son égo. J’ai le sentiment qu’arranger une chanson, c’est comme une enquête, il faut décoder ce dont elle a besoin. Et c’est ce qui nous a donné l’envie, même sans se le dire, de faire un disque ensemble. Et on a parlé de Nebraska.

Guillaume : Depuis que je suis ado, je rêve d’enregistrer avec un 4 pistes, comme Springsteen a enregistré « Nebraska ». Et le projet est venu de là, faire un disque avec peu de pistes, en revenant à l’essentiel.

On a l’impression avec « Tara » d’écouter l’album en train de se faire, comme si vous aviez gardé toutes les idées premières, que vous les aviez enregistré en les écrivant.

Lonny : Tout à fait, il y en a certaines comme « Please look after me » qui ont été composées et enregistrées dans la même journée.

Guillaume : En studio, il y a une telle pression qu’on peut rarement faire ça. Et ce côté artisanal est très important pour moi. Et c’est un bon alliage avec la musique de Lonny.

Lonny : La bricole, c’est l’âme de l’album. J’ai proposé à Guillaume de partir dans cette maison de famille pour voir ce qui sortirait de tout ça, et c’est allé très vite. On n’a prévenu personne, on n’a pas mis d’argent, et la magie est arrivée. On est parti de quelque chose de très terre à terre et on est arrivé à quelque chose de très spirituel. Rien ne te rappelle la vie sociale quand tu es là-bas. On a vécu dans une autre dimension.

 

Le disque démarre avec la voix de Lonny Montem et Guillaume arrive plus tard dans l’album. Etait ce prévu ?

Lonny : A la base, ce disque devait éventuellement être mon deuxième album, mais le projet a changé en cours de route.

Guillaume : J'ai mis ma patte au fur et à mesure de l’enregistrement. Il y a une chanson que j’ai composée, mais j’avais un peu de pudeur à proposer des choses. « Little lovers » était là, et on l’a terminé ensemble.

Comment avez-vous choisi les 2 reprises qui s’intègrent parfaitement dans le disque ?

Lonny : « Old friends » est sur « Bookends » de Simon & Garfunkel, et ce disque nous ramène tous les deux à des souvenirs d’enfance. On l’a aussi enregistré un peu comme un cadeau à mon père qui adore cette chanson. Et puis c’est un duo, et le moment où on l’a enregistré était magique, au moment où tu lâches prise. Tara, c’est un peu Shining quand même. (Rires)

Guillaume : On parle toujours des Beatles, mais quand tu écoutes ce disque aujourd’hui, tu te rends compte de la modernité de l’album. Et on parle moins d’eux pour la production alors qu’ils ont fait des prods incroyables. Et cet arrangement à la fin…Mais on ne l’avait pas prémédité. On prend beaucoup de plaisir à chanter ensemble, c’est très spontané. Et des chansons qu’on a essayées se retrouvent dans notre répertoire. C’est un plaisir primaire et évident.

Lonny : Et puis ce sont des reprises évidentes, on a pas repris « Umbrella » de Rihanna pour faire du buzz…

Disques - Lonny : "Paul Simon, dont l’une de mes chansons préférées « Duncan » se trouve sur cet album qui m’a été offert par Guillaume. Je l’écoute en boucle. Carole King, c’est pour l’ambiance. C’est comme un film de Woody Allen. L’écriture des chansons est folle, la plus belle version de « A natural Woman ». Elle est comme une Sia ancienne. Mais c’est un album assez nouveau dans ma vie. Et puis « Harvest » de Neil Young qui m’a donné envie de faire de la musique. C’est inévitable. Il y a un équilibre parfait entre le philharmonique et le roots. Et la voix…Incarnée tout de suite. »

 Disques - Lonny : " « Pure comedy » de Father John Misty. C’est un disque de naufragé, très simple mais très intense, sorti juste après l’élection de Trump. Il y a des chansons de 11 minutes comme « Leaving LA » qui me font pleurer. C’est un chanteur incroyable. La production du dernier album « Semper Femina » de Laura Marling est superbe, très vivante. Je l’ai écoutée dans les moindres détails. Une ode à la féminité qui m’a aidé à renaitre. Elle a accouché d’elle même avec cet album. Merci Laura Marling."

Ma Playlist...Lonny

Ma Playlist...Guillaume

DISQUES – Guillaume : « Pour le passé et parce que c’est une influence et un album incroyable, « Bookends » de Simon and Garfunkel. Il est difficile pour moi de trouver un album ou j’aime toutes les chansons et que j’aime encore des années après. Le premier album des Kings of Convenience fait partie de ceux là. Il a une unité, et bien que ce soit de la pop folk, on sent qu’ils viennent de la cold wave. Et de la faire en acoustique, c’est génial. J’aime le fait que 2 guitares et 2 voix soient émouvantes pendant 12 chansons. Et l’aspect scandinave est très touchant. J’ai eu une deuxième adolescence musicale au début des années 2000, et le son des albums que j’ai écouté à ce moment là a été décisif. C’est le cas de l’album de Lambchop « Is a woman », le premier avec un piano, avec des chansons hors format, des choses du quotidien dans le storytelling. J’aime que Kurt Wagner ait une vie terre à terre à côté de la musique. Et le dernier album de Leonard Cohen, qui va rester, et dont je suis inconditionnel. Ce disque est fou, intemporel, actuel et rappelle tout ce qu’on peut aimer chez lui. C’est un disque émouvant mais plein de vie. »

LIVRES - Guillaume:  « J’ai choisi un livre de Gide car il y a un lien avec Tara, et que c’est le premier auteur qui m’a fait ressentir la puissance littéraire en le lisant en cours de français. L’été qui a suivi, j’ai lu « Les faux monnayeurs ». Je n’ai pas tout compris mais la puissance narrative m’a capturé. Paul Auster a beaucoup compté pour moi dans ma fascination pour l’Amérique. « La nuit de l’oracle » est mon préféré. Je suis à genoux devant les gens qui sont capables d’écrire un livre. Et les notes du livre écrites 20 ans après, te montrent l’intelligence du mec. Je préfère presque le livre « Jules et Jim » au film de Truffaut, bien que j’adore le film. Je trouve que c’est un des plus beaux romans français. J’adore l’idée qu’il ait écrit un chef d’œuvre et qu’il n’ait pas fait carrière ensuite. L’un des rares livres qui m’ait fait pleurer est « Le merveilleux voyage de Nils Olgersson à travers la Suède ». C’est un conte initiatique dans lequel il n’y a pas de morale pesante. Et je trouve ça touchant. Et puis les poèmes d’Emily Dickinson, et la poésie en général, ouvrir un livre à n’importe quelle page et lire des choses magnifiques, et s’en inspirer pour une chanson. »

LIVRES - Lonny :  « « Dalva » de Jim Harrisson qui raconte l’épopée à travers les USA de Delva, amérindienne à la recherche de son amour et de leur enfant, a construit mon amour pour les Etats-Unis et le rêve américain, même à travers la country, tellement les descriptions sont époustouflantes. Dalva est tellement touchante qu’elle m’a inspirée une chanson du même nom qui est sur mon premier EP. « Femme qui court avec les loups » est un livre dingue, écrit par une auteure féministe, Clarissa Pinkola Estés qui est une magicienne. Elle écrit sur les archétypes de la femme sauvage. Elle ramène tout au fait que la féminité est liée la création, même les hommes qui créent feraient appel à leur féminité. C’est un éloge de la femme créatrice. Ça m’a fait du bien de lire ce livre par rapport à ma propre féminité, aux questions de genre… « La conférence des oiseaux » est un sublime livre de sagesse intérieure qui a traversé les siècles. Et « Noireclaire » de Christian Bobin, que Guillaume m’a fait découvrir. Ce sont des poèmes sur le deuil, que j’ai toujours avec moi. J’adore ses phrases courtes, un peu au format haïku. Il a une sagesse qui m’attire beaucoup. Et puis j’aime qu’il écrive avec simplicité et joie, ce qui est très important pour moi. »

FILMS - Lonny :  « Le cinéma, c’est comme des rêves pour moi. Je ne suis pas une grande cinéphile et j’aime que les films me transportent ou me fassent rire. Et Diane Keaton dans « Manhattan » me fait totalement rêver. Elle est drôle, et je n’aime le jazz que dans les films de Woody Allen. « Le journal de Bridget Jones ». J’assume ce côté de moi, et je rêve souvent d’elle, que je suis amie avec René Zellweger et qu’on fait des potins. Et comme je me sens un peu looseuse… Le documentaire « 20 feet from stardum » est juste hallucinant : les 10 meilleures choristes depuis 30 ans qui sont au service des chansons et qui maintenant sont femmes de ménage pour certaines alors qu’elles ont apporté énormément de choses à la musique. Rien que d’en parler cela m’émeut. J’aime voir ce plaisir primaire de chanter. Et ce parcours dingue, c’est l’école de l’humilité. « Autant en emporte le vent », les paysages américains, Scarlett anti héroïne par excellence, odieuse mais touchante, et puis Tara. J’aime l’ambiance du film, la musique est dingue. Et « Buffet froid » pour un humour qu’on a perdu, Depardieu, et Blier. J’assume d’être féministe et d’aimer la provocation de « Buffet froid ».

FILMS - Guillaume :  « La construction de mes goûts s’est faite à l’adolescence, et j’ai vu ce film de Robert Mulligan « The man in the moon », qui est le premier film de Reese Witherspoon. Je m’identifiais beaucoup à ce côté fleur bleue et les grands espaces américains, le bayou, Elvis Presley…J’était un peu amoureux d’elle à l’époque.  « Les choses de la vie » de Sautet, la musique de Sarde, la chanson d’Hélène, et la modernité du film. Les acteurs splendides, et aussi la nostalgie forte du film malgré la modernité de l’écriture. « Paris, Texas », Ry Cooder, Nastassja Kinski, les grands espaces, ce film qui parle si bien de l’Amérique fait par un allemand.  Et Podalydes, « Dieu seul me voit », j’adore les frères et le fait que Bruno  construise une œuvre malgré des films très différents. Et puis il y a Jeanne Balibar dedans que j’aime beaucoup. C’est visuel, intelligent, drôle, et c’est tout sauf des comédies intellos. Cela me touche beaucoup. »

Lonny : « Il me semble évident de parler de mon ami Refuge. Nous avons commencé la musique ensemble, puisque je l’ai accompagné pendant presque quatre ans. Nous avons vécus presque toutes nos premières expériences musicales ensemble : premier concert, premier concert à l’extérieur de Paris, premier studio, première radio, première tournée à l’étranger. Un binôme hors pair mais surtout, quelqu’un qui mène sa barque avec grâce et sincérité. En plus, il a une voix en or qui fait pleurer tout le monde, et de beaux textes. Il faut aller l’écouter. »

Guillaume : «J’ai eu le plaisir de travailler avec elle plusieurs fois et c’est une touche à tout de génie, une perfectionniste dans l’âme.  Elle a une telle sensibilité qu’avec son objectif, elle peut extraire des choses que tu n’avais pas vues, aussi bien dans un paysage que dans un portrait qu’elle fait de toi, elle extrait la beauté de tous ceux qui ont la chance de travailler avec elle. Voilà, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup, vous l’aurez compris mais son travail est vraiment magnifique, elle a un don pour l’image, son côté esthète sans doute et en plus, c’est une vraie belle personne.»

Un portrait chinois de Lonny Montem et Guillaume Charret à travers leurs idoles teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage
L: Jim Morrison

G: Eric Clapton

Ta  chanteuse Teenage

L: Patti Smith

G: Vanessa Paradis


Ton chanteur teenage

L: Tim Buckley,Roger Daltrey

G: Bashung


Ton acteur teenage

L: Kyle Mc Lachlan

G: Gérard Depardieu


Ton actrice teenage

L: Kate Winslet

G: Reese Witherspoon

Ton crush teenage

L: Kyle Mc Lachlan

G: Vanessa Paradis

Ton idole actuelle

L: Christian Bobin, Diane Keaton

G: François Busnel


Ta chanteuse actuelle

L: Laura Marling

G: Jennifer Warnes


Ton chanteur actuel

L: Souchon

G: Father John Misty


Ton acteur actuel

L: Kyle Mc Lachlan

G: Jean-Pierre Marielle


Ton actrice actuelle

L: Emma Thompson

G: Jeanne Balibar


Ton crush actuel

L: Johnny Flynn

G: Louise Bourgoin