Edito


Une Femme Mariée. Un film de Godard. Une chanteuse puissante. Un groupe qui n’en est pas un. De la chanson française qui prend le large. En ferry vers une Angleterre britpop pour un premier album. En Chevrolet vers Tucson pour un deuxième EP. Mais toujours cet air parisien. Des chansons d’amour. Des drames passionnels. Des mauvais garçons et des montagnes d’Afghanistan. Un piano pour la scène. Des acolytes pour les albums. Catherine Ringer et Véronique Sanson en cousines précurseures. Et derrière Une Femme Mariée, Constance Petrelli.

ENTRETIEN ET PHOTOS:  NICOLAS VIDAL 

Une femme mariée, ça vient d’où ?
Je m’appelle Constance Petrelli, et quand j’ai monté ce projet musical il y a une dizaine d’années, je n’envisageais pas de le faire sous mon nom. Je travaillais dans le cinéma à l’époque, et je voulais que ce projet porte un nom de film. Je me suis arrêtée sur ce film de 1964 de Godard, car je trouvais ce nom décalé , mystérieux, et subversif par ricochet car ce film avait fait scandale à l’époque. C’était trés important pour moi de maintenir un lien avec le cinéma car il fait vraiment partie de ma vie. Mon mari travaille dans le cinéma, je voulais devenir scénariste...

Chanteuse, ce n’était pas ta vocation première?
Cela fait longtemps que je chante, mais je me considère avant tout comme une auteure/compositrice. J’ai commencé le piano à 5 ans et j’ai eu tout un tas de groupes à l’adolescence où j’étais soit chanteuse, soit aux claviers, mais je n’étais jamais à la base des chansons. Jeune adulte, j’ai fait plein d’autres choses dans l’édition, le cinéma, mais je regrettais toujours de ne pas être allée plus loin dans la musique. Donc vers 30 ans je me suis lancée. J’ai fait des maquettes, toute seule dans mon coin que j’ai envoyé à des tremplins, et ça a plutôt plu. Du coup j’ai envisagé de devenir vraiment chanteuse en commençant à faire de la scène.

Quel était ton univers musical à l’époque?
J’ai toujours écrit et chanté en français, et composé au piano, mais je laissais le soin aux musiciens qui m’accompagnaient d‘arranger mes morceaux, et à cette époque, vers 2005, cela donnait un son un peu groove, presque soul qui n’était pas vraiment mon univers de référence. Au moment de faire des concerts, j’ai cherché un groupe déjà composé et c’est Mohamed Hamidi, maintenant réalisateur (Né quelque part,  La vache), qui s’était chargé des arrangements, de monter le groupe, et ce son était clairement plus dans sa culture que dans la mienne. Mais on a quand même un peu tourné, et même enregistré un premier EP. A cette occasion, j’ai rencontré Duncan Roberts, un musicien franco-britannique qui avait un label à l’époque, et dont la culture pop me parlait beaucoup plus. 

C’est donc avec lui que tu réalises ton premier album «Les mauvais garçons», sorti en 2009 ?
Oui, je lui ai confié la réalisation de l’album. C’est lui qui a choisi les titres du disque parmi les chansons que j’avais composé à l’époque. Il a fait certaines batteries, les guitares, je faisais les claviers. Je lui doit le son de l’album, trés british, avec des guitares à la Blur. C’était ma première expérience de studio, le premier EP avait été enregistré en live, et j’étais en découverte totale.

Le disque a également un petit côté variété 70’s dans quelques chansons, était-ce voulu?
Je pense que c’est la double culture de Duncan qui a amené ce mélange. Et surement les influences de Véronique Sanson ou des Rita Mitsouko que j’ai énormément écouté.

Te sens-tu toujours en phase avec les thèmes des chansons qui composent ce disque?
J’aime bien le côté léger, un peu second degré hérité de Dutronc de certains morceaux comme «Les mauvais garçons» allié à un coté plus mystique comme sur «Le grand mystère». Mais il y a des chansons trés midinettes que je n’écrirais plus de la même manière aujourd’hui. Il y avait aussi un hommage à Brando qui est mon idole absolue, et que j’aime toujours chanter aujourd’hui.

Il s’est écoulé quelques années entre ce premier album et «Enfin Septembre», EP sorti en 2015. Qu’as tu fait entre temps?
J’ai joué pas mal, à Paris, dans quelques tremplins, j’ai fait une première partie de Thomas Fersen. Et puis j’ai attendu que l’inspiration revienne. Autant je compose assez facilement, autant l’écriture est plus laborieuse pour moi. Et puis dans un tremplin j’ai rencontré Guillaume et Bertrand Charret (aka Yules) pour qui j’ai eu un vrai coup de cœur, autant artistique qu’humain. Ils étaient entre deux albums et quelques mois après, ils m’ont recontactée via leur manageuse de l’époque pour qu’on essaie de travailler ensemble.

La musique des Yules est clairement folk, les yeux tournés vers l’Amérique. Comment avez-vous travaillé sur ces chansons  ?.
J’ai envoyé quelques titres en piano/voix qui étaient déjà prêts, et ils ont fait tous les arrangements et la production dans leur studio à Besançon. Donc clairement le son folk Americana qui se dégage de l’EP est lié à leur vision de mes chansons. Je me suis toujours laisser guider  par les  réalisateurs pour définir l’univers sonore de mes chansons, un peu pour me débarrasser du problème. Après l’EP, on devait enchaîner sur un album, mais pour des raisons personnelles, cela ne s’est pas fait, et eux ont enchainé avec un autre album. Mais j’ai adoré travailler avec eux, on a fait quelques concerts en trio qui sont de très bon souvenirs.

Quels ont été tes projets depuis la sortie de «Enfin Septembre ?
Je me suis formée, pour la scène, j’ai fait plusieurs stages, continué à faire des concerts en piano/voix, et beaucoup réfléchi à la suite. Comme je disais, j’ai besoin de trouver un son plus personnel, plus proche de ce que je fais sur scène, peut être juste avec un batteur. Ou pourquoi pas faire un album entièrement piano/voix, mais j’aime bien faire des titres up tempo qui se marient moins dans cette formule. Je me suis beaucoup cachée derrière des musiciens, des arrangeurs, un nom de scène. Peut être qu’il est temps de réunir la scène et les enregistrements dans un même élan sonore.

Envisages-tu de faire un nouvel album ?
Ce sera un peu une surprise. Je ne veux pas dire non, mais je ne veux pas non plus faire un disque juste pour faire un disque. Il faut que je me colle derrière un ordinateur et que j’y aille, que je prenne plus en charge le son. Sinon je compose pour d’autres personnes. J’ai écrit plusieurs chansons avec Nicolas Vidal qui seront sur son prochain album et celui d’Emma Solal. J’ai aussi composé pour les artistes Flo Zink, Liviane et Nahel.

Pour finir, qu’est ce que tu écoutes en ce moment ?
Énormément de chanteuses de jazz. J’ai une passion nouvelle pour Nina Simone.  Elle est exemplaire à regarder sur scène. Je passe des heures à analyser sa manière virtuose de jouer du piano, ses chansons. C’est une source d’inspiration énorme, un peu comme Véronique Sanson, car elles arrivent à faire groover le piano. Sinon j’ai découvert via les Yules Matt Maltese dont j’aime les arrangements très grandiloquents. Je suis toujours tentée d’aller vers cela, une production trés léchée. Mais je pourrais aussi  aller vers une production dépouillée à la Vincent Delerm, une sorte de stand-up musical, minimal et sobre. Bref en ce moment je cherche.

Catherine Ringer- «Elle est à la base de mon envie de faire de la musique. Il y a clairement pour moi un avant et un après Catherine Ringer pour les femmes dans la musique. Cette personnalité, ce second degré, cette non séduction étaient incroyables. Et le succès des Rita Mitsouko le prouve. Énormément d’artistes, de chanteuses se revendiquent de Catherine Ringer aujourd’hui car sa liberté, sa voix, sont indémodables. Elle me fascine et m’émeut.»

LIVRES - «François Mauriac est pour moi l’auteur de la province, et me parle car je viens de là. Je suis immédiatement transportée dans mon enfance quand je relis ses livres, contrairement à Virginie Despentes qui me parle de mon présent. Je la trouve extrèmement brillante, autant dans ses livres que dans ses interviews. Elle formule tout ce que je ressens sur la vie, le féminisme. Un peu comme Annie Ernaux, auteur dont j’aime l’engagement politique, féministe, qui pour moi écrit comme Pialat filmait, de manière violente mais trés sensible»

PHOTOS- «J’aime beaucoup la photo, qui est un métier que j’avais d’ailleurs envisagé il y a longtemps, mais ma culture de l’image s’est faite en travaillant avec Nathalie Marchetti, qui est une amie photographe qui a réalisé mes pochettes d’albums et qui m’a fait découvrir Todd Hido et William Eggleston qui sont deux artistes que j’aime beaucoup et qui ont influencé, consciemment ou non  les visuels de mes albums.»

Disques- ««The no compredo» des Rita Mitsouko, album extrèmement dansant et lourd de sens m’a énormément influencé. Tout comme Rickie Lee Jones et cet album sublime sur lequel j’ai appris à chanter à 13 ans. «Aladin Sane» de David Bowie que j’ai volé à mon frère qui l’avait ramené d’Angleterre, dont j’entendais les chansons à travers le mur de sa chambre et dont je suis devenue folle instantanément. Et Daniel Darc, pour Taxi Girl et ce retour mystique des années aprés, cette écriture à vif, déchirante  »

Véronique Sanson- «J’ai appris à chanter avec Rickie Lee Jones, mais j’ai appris à jouer du piano avec Véronique Sanson, à 14 ans. J’apprenais les partitions, je crois que j’ai joué absolument tous ses titres. Je me souviens particulièrement d’»Alia Souza» qui m’avait donné du fil à retordre. Et c’est la première fois que je pouvais chanter et jouer en même temps. A l’époque où je faisais des auditions pour jouer dans des groupes, je faisais trois titres de Sanson et le tour était joué!»

Ma Playlist...

FILMS-  «Je suis une midinette et j’adore les mélos comme «Brokeback Mountain» ou «Sur la route de Madison». J’y vois un lien très fort avec mes chansons. J’adore Pialat, le mysticisme de «Sous le soleil de Satan», les histoires déchirantes du «Garçu». La comédie italienne des sixties, surtout pour les acteurs, Marcello, Gasmann, Renato Salvatori... Et Céline Sciamma, qui parle des filles d’aujourd’hui avec une poésie sidérante, une finesse qui me parle.»

«Laure Chagnon est une artiste-amie dont je suis très proche. Elle travaille beaucoup avec le verre, matériau qu’elle présente comme permettant d’éclairer et de comprendre le monde. J’aime particulièrement cette série, « Les Migrateurs », qui réinvente le monde dans lequel on veut vivre en présentant les oiseaux dans un biotope qui ne leur appartient pas : le toucan dans une flore européenne, la perdrix dans une flore tropicale..»

Un portrait chinois d'Une Femme Mariée à travers ses idoles teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage
Marlon Brando

Ta  chanteuse Teenage
Catherine Ringer, Rickie
Lee Jones, Véronique Sanson


Ton chanteur teenage
Daniel Darc, David Bowie



Ton acteur teenage
Patrick Dewaere



Ton actrice teenage
Annie Girardot



Ton crush teenage
Bjorn Borg

Ton idole actuelle
Marlon Brando forever

Ta chanteuse actuelle
Beth Ditto, Imelda May,
Nina Simone



Ton chanteur actuel
Nick Waterhouse, Pharell Williams

Ton acteur actuel
Jake Gyllenhaal, Clint Eastwood

Ton actrice actuelle
Catherine Deneuve, Meryl Streep

Ton crush actuel
Dan Auerbach (The Black Keys)