VONFELT, VOIX VELOURS
- il y a 3 jours
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Il serait presque un peu trop facile d’associer le titre du nouvel EP de VONFELT, « Velours », à la seule voix de celui-ci, bien qu’elle soit extrêmement charmeuse, veloutée, vous accrochant l’oreille comme la caresse d’un tissus soyeux. Mais c’est un fait, c’est d’abord ce timbre qui nous a plu et attiré vers sa pop tendance technoïde et mélodique. Sur « Touché », le titre d’ouverture, il nous dit : « Quelque part, entre les mots et les notes, je me lance et je danse ». C’est ce que nous avons fini par faire, nous laissant bercer par les mouvements rythmiques et les cordes vocales, comme dans un cocon entre Murat et Paradis, bien au chaud sur les futs du chanteur/batteur que l’on vous invite à découvrir aujourd’hui.
Tu sors « Velours » qui est ton deuxième EP. Est-ce que tu sens une différence avec le premier ou as-tu l’impression de creuser le même sillon ?
Je pense que parfois, on est les moins objectifs pour parler de sa propre musique. Pour moi, c’est la continuité. C’est l'endroit où je me laisse libre de faire ce que je veux. Surtout que c’est un projet dans lequel je chante, ce qui est nouveau alors que je fais de la musique depuis longtemps.
Donc là, ma musique est sans concession, parce que c'est pas un groupe, c'est moi seul pour le texte et la voix.
Moi je trouve qu’il y a une différence. Je crois que tu viens du jazz, et je trouve que c’est une influence qu’on sent plus sur ton premier EP. Celui-ci me parait plus pop, plus frontal.
Alors je pense en même temps, puisqu'on en parle là, que le live du premier EP a eu une influence sur la composition du deuxième, dans le sens où le premier a été écrit dans l’optique d’un groupe justement, même si c'est moi qui joue un peu tous les instruments. Mais il y a un peu un combo batterie, basse, guitare, synthétiseur et voix. Mais quand j'ai voulu jouer ces morceaux là seul sur scène, de facto, je me suis dit que je n'avais pas envie de mettre de la basse ou des instruments acoustiques dans des bandes, et du coup j'ai un peu tout réarrangé de manière plus électro. J'ai moins de mal à faire entendre un synthétiseur ou une boîte à rythme sans qu'il y ait une personne qui le joue. Et ça a un peu créé l'esthétique du deuxième finalement. Je viens de réaliser ça en fait. Et puis il y a une réalité économique et pratique à ça. Quand tu développes un projet émergent, si tu es seul, c'est moins cher, et tu es es plus à même de répondre aux opportunités qui peuvent se présenter à toi. Mais sinon dans la création, je ne mets pas de barrières. Le studio, c'est plutôt un terrain de liberté donc je ne me mets pas trop de limites à ce moment-là.
Le titre qui clôture l’album est un titre instrumental assez long. Est-ce que cela vient dans la même idée de ne pas te contraindre dans un format pop ?
Complètement. C'est assez précieux pour moi de pouvoir faire ça sur sur un disque aujourd'hui. Forcément, il y a les singles, surtout quand on veut se faire entendre. Mais je me dis que quand les gens font la démarche ensuite de venir écouter le disque, je peux les emmener dans des choses peut être pas plus expérimentales, mais où l'on prend plus le temps et où on peut se poser. Les présentations ont été faites donc on peut aller plus profondément dans une discussion. En tout cas dans ce genre de morceau. Là c'est encore un EP, mais c'est vrai que je prépare un album et c'est important pour moi d'avoir ces interludes, ces moments de musique, de respirations, ou des moments de pop un peu plus progressifs comme sur ce morceau-là. J’ai aussi cette culture des Pink Floyd, de King Crimson que j'adore, où ils ne s’encombraient pas de la longueur des morceaux. Ils avaient des titres loin de la structure pop en tout cas.
Ton EP s’appelle « Velours ». Est-ce que tu considères la musique comme une matière ?
Oui. Même si on ne peut pas vraiment la toucher. Une matière, c'est quelque chose qui peut - selon les personnes et les perceptions - avoir des couleurs, même si c'est abstrait parfois pour des gens. On parle de la note bleue…
Le son est très chaud malgré les machines qui peuvent parfois refroidir le son et les sensations d’écoute. Est-ce que c’est une chose à laquelle tu as pensé ?
Ce qui m’intéresse, ce sont les paradoxes. Avoir un titre club qui peut être intimiste, et de trouver dans les opposés, un endroit qui est original. Comme mettre un kick sur tous les temps à 120BPM, mais avoir au final une ballade personnelle. Donc c'est plutôt ça qui me traverse l'esprit. Mais dans les synthétiseurs analogiques, il y a cette chose là qui est assez humaine malgré les sons synthétiques. Et j’essaie de trouver dans la synthèse, quelque chose qui va avoir une certaine dissonance, ou qui évolue, avec quelque chose de vivant dedans.
Je pense que cela vient aussi de ta voix, qui est plutôt grave, et plutôt chaleureuse. Est-ce que tu l’as travaillé ou tu en joues de manière instinctive ?
En fait, on me l'a suggéré avant que je ne le fasse. Ma voix plaisait à des gens qui m'en faisaient part, ils me disaient, « tu devrais chanter, tu devrais faire de la radio », des choses qu'on dit aux gens dont on aime le timbre de voix. Moi j'ai toujours été sensible à la musique et au chant aussi. Et j'aime me lancer dans des choses nouvelles, et le chant c'était nouveau. Je me suis lancé là-dedans, et c'est quelque chose que j'ai travaillé et que je travaille comme un instrument. J'ai pris des cours de chant et j'ai dû apprendre à la dompter un peu. Ma voix est beaucoup descendue à l'adolescence et j'ai un peu perdu mes repères à ce moment-là, je me souviens. Je sais qu’enfant, j'avais l'impression que les notes que j'avais dans ma tête sortaient spontanément. Mais ma voix a droppé de manière significative. J’apprends toujours à la dompter.

Il y a une forme de tradition dans la pop et le Rock français, de voix masculines graves, feutrées, de Daho à Bashung en passant par Murat. Souvent quand on démarre, on chante un peu par mimétisme en invoquant les artistes qu’on aime. Est-ce que c’est quelque chose que tu cherches toujours ?
Ah oui, je suis en train de chercher sans cesse, mais pas que la voix d'ailleurs. Mais je suis régulièrement secoué et touché par des artistes comme j'en parle dans ma chanson, c'est quelque chose qui m'anime et qui me permet de continuer à faire de la musique de manière générale. « Mélody Nelson » de Gainsbourg, ça a été quelque chose qui m'a secoué à l'époque, dans le croisement entre le le progressisme d'un Pink Floyd et le français, l’écriture de cette tradition-là de la chanson française. Et puis en même temps, je découvre des trucs qui me donnent envie d'explorer. Récemment, c'était Cameron Winter, qui est le chanteur de Geeze, qui a fait un album solo qui serait un peu comme un mélange entre le Velvet Underground, Nick Cave ou Nick Drake, dans quelque chose d'un peu bricolé, foutraque, mais avec une voix très particulière, presque lyrique. On est plus presque sur un geste instrumental au niveau de la voix. Et moi sinon, j'ai envie de chanter comme Prince ou comme une chanteuse de gospel. J’ai envie de chanter hyper aigu !
Sur ton EP, tu as invité Lescop qui pour le coup, est dans la nouvelle génération, celui qui est le digne héritier des chanteurs qu’on a évoqué…
Forcément, je pense qu'il y a un cousinage qui est évident. Après, c'était pas un hasard. Je l'ai accompagné sur la fin de sa tournée. On s'est, pour le coup, super bien entendu et moi j'aimais beaucoup sa musique. Donc ça paraissait évident même si ce n’est pas la collaboration la plus surprenante. Mais j'étais content de le faire justement parce que ça avait du sens.
Est-ce que c'est important pour toi d'être associé à une famille artistique ?
Oui, pas forcément une famille parce que on sait très bien que dans les milieux artistiques ça n'est jamais vraiment le cas, mais en tout cas, pour l'image c'est important d'être associé - entre guillemets - à quelques artistes. Mais ce n’est pas quelque chose à quoi je pense au moment ou je fais de la musique. C’est plutôt après, comme une analyse, de me dire tiens, qu'est-ce qui m'influence en réalité ? Quand on a besoin justement, de se positionner dans le spectre. Ou quand j'ai une discussion avec des gens, ou en interview, c’est marrant de faire le travail de réflexion. Mais au moment de l'écriture, pas spécialement Ça se fait de manière naturelle et il se trouve, je pense, qu'on doit partager les mêmes influences avec ces personnes-là.
Tu travailles beaucoup pour la danse et ton EP est assez dansant. Est-ce que créer de la musique pour le mouvement t’intéresse ?
Oui, je je pense que c'est même antérieur au fait que je compose pour la danse. Moi, je suis vraiment batteur à la base et j’ai un rapport à la pulsation et au rythme qui est primordial. Rythmiquement, quand quelque chose me touche, ça me donne envie de danser. Et donc c'est un signe que je recherche dans ma musique quand j'écris. Mais travailler pour la danse, j'adore ça aussi, et c'était du coup assez naturel de commencer à travailler là-dedans. C’est très enrichissant d'aller baigner dans d'autres milieux dans lesquels la musique fait partie intégrante, mais où ce n'est pas la matière principale non plus.
Cela me nourrit vachement ensuite sur mes morceaux. Là, j'ai travaillé pour du théâtre aussi en début d'année. Pour Martial Di Fonzo Bo, que j'aime beaucoup. J’ai eu la chance pour une première expérience théâtrale, d'avoir un projet d'envergure quand même assez sérieux. Mais pour revenir au rapport à la danse et au mouvement, je pense que c'est de par ma passion pour le rythme. Je pense même que le geste instrumental à la batterie, il est très chorégraphié naturellement aussi.
Qu'est-ce qui t'a attiré dans la batterie au départ ?
j'ai fait d'abord un peu de piano. Ensuite, j’ai visité un peu chaque salle dans l'école de musique. Et la prof de batterie m'a dit « la batterie c'est très simple, il suffit de laisser tomber la baguette. ». Et mon esprit fainéant d'enfant a visiblement été séduit par cette théorie. Je me souviens de cette anecdote, mais j'avais aussi mon cousin qui avait une dizaine d'années de plus que moi, qui jouait de la batterie et j'ai un souvenir d'aller dans la cave chez ma tante, le voir répéter. On m'avait protégé les oreilles, mais de sentir cette puissance-là, la grosse caisse qui me faisait vibrer le corps, je pense que j'ai sûrement été sensible à ça.
A quoi va ressembler ton premier album ?
Je ne m'interdis rien. Je pense qu'il y aura peut-être un retour sur un peu plus de batterie. Je sais pas, ça change un peu tous les jours. Peut-être que je vais creuser les deux extrêmes. Pour l'instant, j'ai des choses presque techno carrément. Et d'autres choses qui reviennent un peu dans l'esprit du premier EP, un peu plus organique. J’ai plein de pistes qu’il faut que je creuse.

Interview et Photos : Nicolas Vidal
EP « Velours » disponible

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