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UssaR, le combat pop !


UssaR est l'une des belles promesses pop de 2021. Après un premier EP éponyme sorti en 2020, il est revenu avec "Etendues", agrémentant son premier EP de quelques chansons supplémentaires qui en ont fait presque un premier album. Enfant du hip hop et de la variété française, ses mélodies pointues et éthérées contrastent avec la gravité de sa voix et ses textes qui montrent un engagement poétique bienvenu dans la pop d'ici. Rencontre avec un UssaR bientôt sur le toit de la chanson française.


Tu as sorti un premier EP qui est presque un album avec la réédition.

Pour moi, c’est vraiment un EP. Ce n’est pas la quantité de titres qui fait que c’est un EP ou un album, c’est plutôt la réflexion sur sa cohérence, son discours. C’est plutôt un instantané d’un moment. Les titres ont été éparpillées sur plusieurs mois de création. Je suis hyper fier de sa cohérence, mais pour moi c’est EP étendu on va dire.


Comment as-tu opéré le choix des titres ?

J’ai un univers assez étendu. J’aime bien passer d’univers très électroniques à des choses très épurées. Les 4 titres qui ont été rajoutés étaient déjà écrits mais je les ai réarrangés. 6 titres au départ m’ont permis de montrer où je voulais aller, les contours du projet.


Tu oscilles entre des ballades très épurées et des titres beaucoup plus produits.

Pour moi, l’un n’existe pas sans l’autre. Je peux me permettre de débrider les morceaux car les autres existent dans leur côté baroque et foisonnant, avec des paysages sonores. J’aime bien charger l’oreille de l’auditeur pour ensuite lui laisser du repos. Je ne sais pas s’il y a des recettes pour faire des chansons, mais leur vérité intrinsèque, c’est l’arrangement qu’elles appellent. Chaque chanson appelle sa vérité. Il ne faut pas être prétentieux vis à vis des chansons, être à l’écoute du titre.


La majorité des composteurs et des compositrices aujourd’hui produisent également leurs titres, avec une manière de composer qui passe par les arrangements avant la mélodie.

Pour moi, il y a les deux. J’ai des morceaux qui viennent vraiment du piano, mais d’autres viennent des machines et de la bidouille. Quand tu commences à créer de la texture, tu te demandes souvent ce qui se passe, et tu veux continuer. J’aime vraiment avoir ces deux côtés, partir du beat et créer une boucle autant que composer sur mon piano.


Comment as-tu démarré la musique ?

J’ai commencé en travaillant beaucoup pour les autres. J’ai fait de l’accompagnement musical sur des projets de rap avec Kerry James, avec Chilla. Je m’occupais des arrangements live et des claviers sur scène. C’était déjà un travail de producteur car en live, tu reprends ce qui a déjà enregistré et tu crée une nouvelle matière, avec une énergie live, ou alors prendre le contrepied des chansons pour lui donner une nouvelle énergie, lui faire dire autre chose. C’était très formateur. Et ce qui est intéressant, c’est que les autres artistes te laissent entrer dans leur musique. Il faut respecter le souhait de l’autre avec beaucoup de diplomatie. Ça m'a énormément aidé en Prod, en live aussi.

Finalement tu viens plutôt du hip hop que de la chanson ?

Oui mais aussi de la variété. J’ai travaillé avec Charlélie Couture par exemple. J’ai vadrouillé un peu, mais le point commun c’est la musique. Les cases et les traits ne sont tirés que par les gens à l’esprit étroit. Je me suis mis à la musique assez tard. J’ai démarré le piano à 16 ans. J’ai une famille de musicien et d’artistes. Mais quand je m’y suis mis, je n’ai pas arrêté. La musique était très importante pour moi, même en tant qu’auditeur, bien que mes goûts ont fortement changés. Être musicien forme ton oreille. Le piano m’a ouvert au jazz rock, au jazz, et m’a fait aussi revenir au rap avec une oreille de musicien. Dans le hip hop français, il y a un amour du piano classique, dans les samples utilisés : Chopin, Debussy… Il y a une lignée du piano rap en France qui se fait peu ailleurs.


Comment s’est opérée la bascule entre le producteur et le chanteur ?

Cela n’a pas été un choix conscient. Je suis revenu d’une tournée en Afrique avec Yousoupha, et dans l’avion du retour, j’ai vu une hôtesse de l’air avec une grosse peine de cœur, et en retournant à ma place, je me suis dit que cette scène était une chanson. En rentrant, j’ai écrit le texte avec ma sœur. Ça a fait une première chanson et j’ai continué. Puis UssaR a jailli avec tout ça et il fallait que je l’assume. Ce sont plutôt les chansons et le projet qui m'ont amené à assumer le fait d'être chanteur.


Comment as-tu vécu ce passage là, d'homme de l'ombre à chanteur, d'aller sur scène avec sa voix et ses mélodies ?

Je redécouvre quelque chose que je vis depuis 10 ans. J'étais sur scène déjà mais je le vois avec un oeil différent. Il me reste des choses, des habitudes, je sais préparer un set, faire des balances, je sais parler avec des ingénieurs sons et lumière et ça m'aide beaucoup. Mais au moment de la confrontation avec le public, de rentrer sur scène, je suis un petit oiseau. Mais c'est très agréable de redécouvrir tout ça. Une salle c'est hyper excitant. Et la vie en tournée, j'adore ça. J'aime la route pour la route et j'ai besoin de ce nomadisme pour réfléchir, créer, imaginer des choses. J'adore ces moments là, l'hypnose de la route, l'ennui. C'est excitant. J'adore ça.


Comment as-tu décidé de traduire visuellement tes chansons, avec le coté contrasté noir et or, une force physique qui contraste avec la douceur des chansons ?

Je travaille l'image d'UssaR avec sa référence à l'image du soldat, du hussard. Il fallait aller les chercher et ce doré militaire, c'est sa marque avec les lauriers. C'est un peu comme un soldat déchu, en débandade militaire. C'est quelque chose que j'essaie de tisser. Je pense assumer une certaine masculinité avec ma sensibilité, une certaine fragilité. Tous les codes, tous les mélanges sont possibles. La masculinité en elle-même n'est pas puante par essence. Quand elle est toxique, c'est un problème, mais en elle-même, elle peut être neutre. Mes textes c'est moi, mais mon corps c'est moi aussi.

"Etendues" EP disponible. En tournée en 2022.

Interview et photos Nicolas Vidal

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