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STÉPHANIE ACQUETTE, EN QUÊTE DE POP

  • 10 dĂ©c. 2025
  • 7 min de lecture

DerniÚre mise à jour : 11 déc. 2025



StĂ©phanie Acquette est probablement la chanteuse pop qui a le timbre le plus classe de la nouvelle scĂšne française. Aperçue au sein du groupe Ă  gĂ©omĂ©trie variable Les Clopes, elle est revenue toute seule cette annĂ©e avec un nouvel EP, « Mes Soeurs », rĂ©alisĂ© avec le non moins classe Fred Pallem qui a produit ces 5 titres entre variĂ©tĂ© et pop, message sorore et mĂ©lodique dont le trĂšs beau premier titre, « Amour Charnel », annonce la couleur suave et addictive. Entre les rĂ©fĂ©rences aux grandes dames brunes qui peuplent la chanson française et ses nouvelles consoeurs Ă  succĂšs (pour faire vite entre Clara Luciani et Anne Sylvestre), StĂ©phanie Acquette rĂ©ussit en 5 titres Ă  Ɠuvrer Ă  une forme d’intemporalitĂ© tout Ă©tant bien d’aujourd’hui. Nous, perso, on adore ces 5 Titres qui nous accompagnent depuis leur sortie en Octobre et on espĂšre un album au moins aussi rĂ©ussi pour la suite ! Rencontre passionnante sur la voix, la sophistication et la chanson populaire.


Comment es-tu venue Ă  la musique ?

J’ai commencĂ© mes Ă©tudes Ă  Lille, Ă  Sciences-Po, mais je me sentais un peu Ă©touffĂ©e dans cette ville d’oĂč je suis originaire. C’était trop petit, je croisais les mĂȘmes personnes. Je suis venue Ă  Paris pour le grand appel d’air que reprĂ©sentait la ville et pour y faire des Ă©tudes de cinĂ©ma. J’ai aussi fait un conservatoire de théùtre Ă  Saint Maur et c’est lĂ  que j’ai rencontrĂ© des musiciens. A l’époque, je trainais beaucoup Ă  Saint Michel et aux Beaux Arts parce que j’avais des amis lĂ -bas, avec qui je faisais de la musique tsigane russe, dans les ateliers. J’ai dĂ©couvert tout ce rĂ©pertoire lĂ  qu’on allait jouer Ă  Montmartre. Je passais mon temps avec la guitare sur le dos. J’allais jouer dans les parcs, dans les bars du quartier latin. C’est comme ça que je me suis formĂ©e.


Tu savais déjà jouer de la guitare ?

J’avais commencĂ© Ă  en jouer ado, de maniĂšre frĂ©nĂ©tique pour jouer les chansons que j’aimais. A l’époque, c’était plutĂŽt un rĂ©pertoire pop rock, genre les Corrs, les Cranberries. J’apprenais toutes les parties de tous les instruments car je faisais aussi du violon et de la flĂ»te. Je passais mon temps Ă  faire ça dans ma chambre d’ado. Donc je savais jouer de la guitare, mais quand je suis arrivĂ©e Ă  Paris, j'ai dĂ©couvert plutĂŽt le rĂ©pertoire jazz, swing et tsigane. Et ça m'a vraiment connectĂ©e Ă  la musique. Et puis je jouais tout le temps. Un coup j’avais un copain Ă  l’accordĂ©on, un autre Ă  la contrebasse. Et c’est moi qui chantait. J’avais une vie un peu Ă  la Zaz quoi.


Comment es-tu passée de chanteuse de reprises à ton propre répertoire ?

Ça a Ă©tĂ© assez compliquĂ© pour moi cette transition. Il y a plein d'artistes qui Ă©crivent depuis qu'ils sont petits, mais moi, j'ai toujours aimĂ© un peu le patrimoine et la culture. Je ne me suis jamais sentie la lĂ©gitimitĂ© d'Ă©crire des nouvelles choses. SincĂšrement je pense qu’il y a des choses merveilleuses qui existent et qui ne sont pas assez prĂ©sentĂ©es. Et pourtant bizarrement, il y a une bascule qui s'opĂšre et tu as envie d'Ă©crire quelque chose Ă  toi. J’ai rencontrĂ© un auteur dans un cafĂ© qui m’a abordĂ©e car j’avais ma guitare sur le dos, et qui m’a proposĂ© qu’on fasse des chansons ensemble. Et tout de suite, ça vient. Je compose sur ses textes de maniĂšre assez fluide, presque facilement. Ça m’a ensuite donnĂ© envie de faire mes propres textes.


De quoi parlaient tes premiĂšres chansons ?

Uniquement des questions d’amour et de sentiments. J’étais totalement coincĂ©e dans des histoires sentimentales durant ma vingtaine, entre l’amour et le drame, la passion, les tourments, la souffrance aussi.


Et musicalement ?

J’étais trĂšs influencĂ©e par le jazz. Par ce qu’avait fait Gainsbourg entre le jazz et la pop, la chanson. J’étais inspirĂ©e par la bossa nova, par une sorte de variĂ©tĂ© recherchĂ©e. C’est pour ça que je suis ravie d’avoir travaillĂ© avec Fred Pallem pour cet EP car il est totalement dans ce mode d’écriture aussi. On a la mĂȘme grammaire musicale.


Comment qualifierais-tu justement cet EP, « Mes Soeurs » ? Moi, je le considĂšre vraiment comme un mini album de variĂ©tĂ©, au sens noble du terme, avec un vrai potentiel de chanson populaire. Et en mĂȘme temps sans la facilitĂ© qu’on accole Ă  ce style de musique.

J’adore la variĂ©tĂ©. Je viens d'un milieu trĂšs populaire et effectivement, dans la voiture on Ă©coute Radio Nostalgie. Il y a des gens dans ma famille, comme dans toutes les familles, avec qui je n’ai pas grand chose en commun, sauf cet amour des chansons. Genre Joe Dassin. Ça m'a toujours tenue vraiment Ă  cƓur, Ă  travers la chanson, de continuer Ă  crĂ©er des pont, des liens entre des gens qui ne se comprennent pas toujours. Moi je suis une femme libre, lesbienne, et c’est parfois difficile de communiquer avec mon milieu d’origine, plutĂŽt paysan. Mais Ă  travers les chansons, on Ă©prouve des sentiments communs. On pleure sur les mĂȘmes trucs et donc j'ai toujours adorĂ© la chanson populaire. Mon rĂȘve, c'est vraiment de passer sur Radio Nostalgie un jour. J'espĂšre que ça arrivera. Mais je suis aussi une personne sophistiquĂ©e, qui Ă©crit des trucs assez symbolistes, un peu complexes. J’aime beaucoup la littĂ©rature et mon Ă©crivain prĂ©fĂ©rĂ©, c'est Marguerite Yourcenar. C’est quelqu’un qui manie la plĂ»me, qui est une grande intellectuelle. Colette aussi, qui pour moi est le style incarnĂ©. Donc ce n’est pas une Ă©criture simple. J’aime bien que les choses soient un peu critiques. Il y a un groupe Facebook qui s’appelle « les Chanteuses Ă©chevelĂ©es » qui m’a comparĂ© aux actrices qui chantent, quand elles en ont le temps et l’envie, et cette comparaison m’a beaucoup plu. Car c’est exactement ça.



Le cĂŽtĂ© sophistiquĂ© de tes chansons s’incarne aussi beaucoup dans ta voix. Dans ta maniĂšre de chanter. Tu ne minaudes pas, mais tu n’es pas non plus dans une Ă©conomie de moyens. Il y a quelque choses d’assez libre et sans fausse retenue en mĂȘme temps.

La maniĂšre de chanter, c’est difficile Ă  trouver car c’est ce qui fait la caractĂ©ristique d’une chanteuse. C'est ce que je n’avais pas du tout trouvĂ© sur mon premier album par exemple, qui pour moi est un peu en demi-teinte. On ne sait pas qui est lĂ  en fait. C’était un album plutĂŽt de compositrice, tout est bien, c'est propre, avec des arrangements ciselĂ©s, des cuivres, des cordes, mais la voix c'est juste plat. Il n'y a aucune aspĂ©ritĂ©s, c'est comme si ce n’était pas incarnĂ©. C’est pour ça que lĂ , j’ai fait appel Ă  Fred parce que je sais qu'il a travaillĂ© avec beaucoup de chanteuses et il sait comment travailler avec nous, en nous laissant de l’espace. J’avais besoin de ce regard et qu’il m’aide Ă  trouver ma voix. J’avais besoin d’une vraie direction dans le chant. On a tous plein de voix en nous, mais il n’y en a qu’une qui est juste. Il y a des chanteuses qui trouvent leur voix trĂšs vite. Par exemple, Vanessa Paradis est l’une des chanteuses qui chante le plus juste au monde. MĂȘme si sa voix n’est pas puissante, elle a un filet de voix qui perce le spectre. Elle occupe un endroit, dans les mĂ©diums, qui est le bon, et du coup elle n’est pas Ă©crasĂ©e par les autres instruments. Alors que moi, j’ai une voix un peu alto, et je suis sur le mĂȘme spectre que les guitares par exemple. Donc il fallait trouver aussi la bonne maniĂšre de mixer la voix. On a fait cet album Ă  trois avec Jean-Marc Pelatan qui a captĂ© le truc. Mais dans la variĂ©tĂ© ce qui est important, ce sont toutes les inflexions de voix. Les gens vont se souvenir de la façon dont MylĂšne Farmer a prononcĂ© certaines syllabes par exemple. C’est d'une telle finesse, toutes les inflexions, la durĂ©e des notes oĂč tu respires
 Ce sont peut-ĂȘtre des banalitĂ©s, mais c'est un travail et c'est lĂ  oĂč ça rejoint le travail de comĂ©dien, je trouve.


Ce qui m’accroche le plus quand j’écoute une chanson, c’est la mĂ©lodie. Et je trouve qu’un texte ne peut fonctionner qu’avec une bonne mĂ©lodie. Tu as des mĂ©lodies trĂšs efficaces dans ton EP qui ont parfois un petit cĂŽtĂ© fantastique.

Je fonctionne de la mĂȘme maniĂšre effectivement. Mais c’est trĂšs personnel. Il y a plein d’artistes qui Ă©crivent d’abord un texte et qui cherchent une mĂ©lodie. Comme Dylan. Mais bon, Dylan c’est presque plus un poĂšte. Ou un Chantre. Sur l’album, il y a une chanson qui s’appelle « Amour Charnel » et qui pour moi est trĂšs variĂ©tĂ© italienne eighties, et c’est le sujet de la chanson, en gros la phase maniaque amoureuse, qui m’a donnĂ© envie de faire le titre de cette maniĂšre, trĂšs UP, trĂšs « Madame est servie ». Le titre qui me tient le plus Ă  coeur sur le disque, c’est « Mes soeurs ». Parce qu'elle est vraiment un peu mystĂ©rieuse et inquiĂ©tante, enfin j'espĂšre. Je ne comprends pas moi mĂȘme mes paroles. C’est peut-ĂȘtre quelques sons de synthĂ© mais aussi le cĂŽtĂ© symboliste des textes qui donnent cet aspect un peu fantastique je pense. Et puis j’ai Ă©tĂ© inspirĂ©e aussi par Goldfrapp sur le titre « Souviens-toi ». Il y a un cĂŽtĂ© un peu planant, un peu ocĂ©anique.


On parlait de chanson populaire, quelles ont Ă©tĂ© tes influences pour l’EP ?

Jeanette en premier lieu. Surtout l’album qu’elle a fait avec AndrĂ© Popp, « Todo es Nuevo ». Je trouve que Fred, c’est un peu le AndrĂ© Popp d’aujourd’hui. J’adore sa voix, le doublage des voix dans la prod, et sa justesse, sa simplicitĂ©. Il y a de l’autre cotĂ© du spectre Nico, dont j’adore la voix hiĂ©ratique. Et puis ma chouchoute pour toujours, pour l'Ă©ternitĂ©, c'est l'album d’Isabelle Adjani. Tout cet album, sa maniĂšre de chanter sur « D’un Taxiphone » et les « Allo » qui ne s’arrĂȘtent plus. J’adore les actrices qui chantent. Mon pĂȘchĂ© mignon, c’est « Aviateur » de VĂ©ronique Jeannot.


En ces temps clivĂ©s et clivants, est-ce que faire de la pop ou de la variĂ©tĂ© lĂ©gĂšre, ce n’est finalement pas plus subversif que de s’indigner de tout en chanson ?

Je ne peux pas dire le contraire. Mon engagement, ce n’est jamais de parler de politique, mais ailleurs, dans l’éducation, et dans le fait de faire des chansons qui parlent de la vie. Et puis je n’ai pas envie d’ouvrir ma gueule pour parler de choses que je ne maĂźtrise pas. C’est vrai que je ne mets rien de politique sur mes rĂ©seaux. Je n’ai pas non plus envie de m’excuser de ne faire que des choses qui me concernent moi. J’adore apprendre de nouveaux instruments par exemple. Et c’est un savoir qui peut se transmettre.


Est-ce qu’un album va suivre l’EP ?

Pour l’instant, je n’ai fait que 5 titres pour des questions de budget, mais j’espùre bien, oui !


Interview et photos Nicolas Vidal

EP »Mes soeurs » disponible


 
 
 
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