ROMAN AUSEN OÙ L'INNOCENCE POP
- Faces Zine

- 3 déc. 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 déc. 2025

Il arrive qu’une story Instagram d’un chanteur inconnu arrive à nos oreilles. Une ligne de basse eighties, un flow pop soul qui aurait pu être entendu chez Wham!, et le tour était joué, on était cuit. Qui pouvait être le chanteur de ces quelques notes glanées via un algorithme qui nous connait trop bien ? Cliquant comme un seul homme sur le profil du jeune homme, nous allâmes à la découverte de celui-ci sur son profil Spotify pour y découvrir de belles perles white soul. Les musiques noires ont depuis toujours influencé bon nombre d’artistes pop. Dès les années 60, le terme de soul blanche ou de Blue Eyed Soul a fait son apparition pour désigner les chanteurs et musiciens blancs qui faisaient la même musique que leurs homologues noirs. On ne parlait pas encore d’appropriation culturelle mais d’un mélange des genres entre la pop et la soul qui a donné le meilleurs des deux mondes musicaux avec des artistes qui faisaient ce crossover. De Diana Ross à Dusty Springfield, de Michael Jackson à George Michael, de Sade à Lisa Stanfield, De Beyoncé à Jessie Ware. La France ne fut pas en reste et toute une veine funk déferlant sur la new wave fit son apparition au début des années 80 dans les titres de Lio (« Sage comme une image »), de Niagara (« Je dois m’en aller » ) où dans certains titres d’Etienne Daho et de Vanessa Paradis (son 3ème album avec Lenny Kravitz). Plus tard, le RN’B façon Ophelie Winter inonda les charts et s’est depuis transformé dans le fourre tout des musiques urbaines actuelles.
Roman Ausen est un chanteur français qui vient de sortir un album scindé en deux, les biens nommés « Night Tracks I et II », et nous a séduit par son approche toute référencée de faire des chansons pop comme George Michael, la voix suave et le sourire tout en dents du bonheur en plus. Impossible de résister à l’appel de la basse qui est l’élément central de ses productions et à ses mélodies imparables qui font de certains titres (« Soft Play », « After Midnight », « Blue Velvet », entre autres) les parfaits antidotes à une certaine morosité ambiante. Rencontre avec Roman pour découvrir qui se cache derrière les riffs funk de sa musique.
Tu viens de sortir ton deuxième EP, « Night Tracks », dont le premier volume était sorti il y quelques temps. Pourquoi avoir choisi de sortir tes chansons en deux temps plutôt que directement un album ?
Les chansons qui composent ces deux EP sont des chansons un peu anciennes que j’avais envie de sortir, bien que je sois déjà en train de préparer un nouveau projet assez différent. Mais vu que je me lançais sans rien connaître, je me suis dit qu’il était plus simple de sortir deux formats courts et des chansons régulièrement pour essayer de faire connaître ma musique. Mais maintenant, j’ai envie de passer au véritable format album.
Ces deux EP sont très soul blanche. Qu’est ce qui t’inspire dans ce style là ?
C’est le Groove de la basse. Je ne suis pas bassiste au départ, mais le fait d’avoir l’instrument dans les mains m’a énormément plu. Je suis parti vraiment de la section rythmique pour produire ces chansons, et la guitare qui est mon instrument de base a été le dernier que j’ai fait rentrer dans les chansons. Cet attachement au Groove était vraiment ce que je voulais mettre en avant pour la solidité des chansons.
C’est toi qui joue de la basse sur les titres ?
Oui je joue tous les instruments sauf le saxophone.
Je n’aime pas le mot « Groovy », mais est-ce que c’était ton envie principale au départ ? Était-ce juste une manière d’arranger tes chansons ?
Oui je n’aime pas ce mot non plus, mais c’est le seul que j’ai trouvé pour définir mon style. Moi je viens plutôt de l’Indie rock au départ. Mais en arrivant à Paris, je suis allé dans une école de musique qui m’a beaucoup ouvert à ce style de musique. J’ai trouvé intéressant d’ajouter ce son là à la musique que je faisait et que j’écoutais. Et puis j’ai complètement délaissé le rock que j’écoutais pour vraiment entrer dans ce style là. Ce sont aussi des morceaux que j’ai fait quand je suis arrivé à Paris, à 17 ans, et ce son correspond aussi à la fête que je faisais beaucoup, les sorties… J’avais envie de retranscrire le son que j’écoutais quand je sortais et qu’il y ait l’énergie de la danse dans ma musique.
Le premier nom qui me soit venu à l’esprit quand j’ai découvert tes chansons, c’est George Michael. C’est l’un des compositeurs qui ai fait un véritable crossover réussi entre la soul et la pop, mais sans s’approprier de manière ostentatoire ce style.
C’est vraiment l’une de mes influences. Mon père écoutait beaucoup Bowie, les Stones, et ma mère Michael Jackson et George Michael. Du coup, inconsciemment à ce moment là, j’ai eu envie d’y faire référence.

Dans les années 80, il y avait toute une scène synthétique mais également une scène qui se revendiquait des musiques afro-américaines. Ta musique fait aussi référence à cette scène eighties. Comment l’as-tu découverte ? Qui furent les artistes qui t’y ont amené ?
Je pense que ce sont des choses que j’ai entendu toute ma vie. Ma mère écoutait aussi beaucoup Sade. Même si ce ne sont pas des artistes que j’ai continué à écouter par la suite, je suis revenu à ces bases là.
Pourquoi l’anglais ?
Quand j’ai commencé à faire de la musique, c’était instrumental. Mais quand j’ai décidé de me mettre à chanter, je me suis naturellement tourné vers l’anglais car toutes mes références sont anglo-saxonnes. J’essaie de m’ouvrir au français ou au portugais à travers la musique brésilienne, mais pour l’instant je ne ressens pas la nécessité de chanter en français. L’anglais est plus naturel pour moi, et je trouve que ça sonne mieux avec le style de musique que je fais. Pour moi la mélodie et les arrangements priment. Quand j’écoute de la musique, cela ne me dérange pas de ne pas comprendre si la mélodie me parle.
Est-ce que tu considères que c’est important malgré tout de dire des choses, même en anglais ? Ou est-ce que c’est accessoire ?
J’ai essayé sur ces morceaux là malgré tout d’avoir un peu de sens même si ce n’est pas de la chanson à texte. J’ai privilégié la mélodie, la topline… Et des textes légers. Mais je pense que c’est aussi ce qui fonctionnait le mieux avec ces chansons. Je voulais vraiment l’énergie de la nuit, ou l’on écoute des chansons sans écouter ce qui est dit, pris par le rythme et l’énergie du morceau. Mais ça tend à évoluer. J’y prête un peu plus d’attention dans mes nouveaux morceaux, sans aller jusqu’à prétendre faire du Dylan ou du Leonard Cohen. Mais en tout cas de trouver un équilibre entre les deux
Comment es-tu venu à la musique ?
Je ne viens pas du tout d’une famille de musiciens. J’ai grandi dans un village à côté de Bourges. Enfant j’ai testé plein de sports mais ce n’était pas fait pour moi. Et je me suis mis à regarder plein de videos vers 10/11 ans pour savoir comment jouer de la guitare mais sans en avoir une. Du coup, quand j’en ai eu une entre mais mains, j’avais quelques rudiments. Puis j’ai pris des cours. En arrivant à Paris, j’ai été dans une école ou j’ai appris le solfège, le chant… Et comme c’était tous les jours et assez intensif, c’est devenu une routine.
Quelle sera la couleur de ton futur album ?
La majorité des titres que j’ai fait pour « Night Tracks » ont été écrits entre mes 18 et mes 21 ans. Je me suis lancé avec ces titres là, tout en me disant presque que j’étais passé à autre chose. J’adore David Bowie et quand on regarde sa discographie, il a fait des albums très différents, donc je me permets d’aller un peu ailleurs avec le futur album. Ce sera un son plus pop sixties/seventies. Il y aura un peu moins de sons soul, même si je fais une petite référence à Marvin Gaye. Mais dans la manière de composer, là je pars sans logiciels, en guitare voix. Et j’arrange ensuite. On verra bien vers ou ça va. Mais il y aura des choses qui resteront comme l’attention à la basse. Et puis dans le futur, j’aimerais bien me mettre au service de la musique des autres. Essayer d’autres contraintes. Comme la musique à l’image.

Interview et photos Nicolas Vidal
EP "NIGHT TRACKS I ET II" DISPONIBLES



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