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Requin Chagrin, passion pop !


Il y a quelque chose de très réjouissant avec la musique de Requin Chagrin, c’est qu’elle flatte nos instincts teenager. On ne peut pas écouter une chanson de son nouvel album, “Bye Bye baby” sans avoir envie de l’écouter 10 fois d’affilée, comme dans nos jeunes années. Des mélodies imparables (“Bye Bye baby”, “Fou”, “Déjà-vu”...), une production Dream Pop absolument parfaite, et une authenticité geek toujours présente, 7 ans après son premier album. Car Marion est une authentique sorcière du son, une bricoleuse de mélodies parfaites qui a une bienveillance envers la musique des autres assez rare dans le microcosme pop. On a donc eu envie de la tester avec un blind test, histoire de voir si on avait bien compris ses influences…


Indochine / Tant de poussière

“Ah Indochine ! C’est laquelle ? C’est une vieille chanson ! C’est une intro spéciale, non ? Ah c’est “Tant de poussière” ! Le temps que ça arrive au cerveau. Ça fait longtemps que je n’ai pas écouté ce titre. C’est un super album “Le baiser”, avec “Punishment Park” entre autres. J’avais repris “Les plus mauvaises nuits” qui figure aussi sur ce disque. J’adore la mélodie de ce titre, elle est très jolie. Et je me suis dis que ça pourrait être cool pour une reprise, la réarranger un peu pour voir ce que ça pouvait donner, et c’était cool à faire. Indochine est très lié à mon parcours musical puisque Nicola Sirkis produit mes disques. Mais c’est vrai que dans ma musique, je suis plus proche de la première période d’Indochine. C’est ce que j’ai écouté enfant, de “L’aventurier” à l’album “Le Baiser”. Les synthés, les guitares de Dominique Nicolas sont super. C’est un super son. Je ne sais pas quels effets il utilisait. Nicolas me dit qu’il y avait un space écho, et j’en ai un maintenant dont je m’en suis servi beaucoup. Il y a dans ses guitares toutes les choses que j’aime bien.

Mon rapport à la musique d’Indochine n’a pas changé bien que je travaille aujourd’hui avec Nicola. C’est rare d’avoir l’opportunité de discuter avec des gens qu’on a beaucoup écouté. J’adore ça car en plus je peux apprendre les choses techniques, les effets qu’ils ont utilisé dans telle chanson, etc… Quand on se parle, je suis toujours un peu intimidée dans les premières secondes, ça me surprend toujours de voir écrit “Nicola” quand mon téléphone sonne, mais ça se passe très bien. Il est hyper bienveillant et passionné.”


Beach House / Space Song

“Très bon synthé sur l’intro. Ah c’est Beach House ! Très belle cette chanson. J’ai réussi à trouver sur le bon coin le synthé qu’ils utilisent, et il est super ce petit clavier. Je l’ai beaucoup utilisé sur le titre “Fou”. Je ne joue pas très bien du clavier donc je vais très vite à l’essentiel, et avec ce son, ça a vite donné une chanson. Beach House, je les ai redécouvert il n’y a pas longtemps. C’est vraiment très beau et j’aimerais beaucoup les voir en live. Ils ont la classe. C’est un peu le groupe référence en matière de Dream Pop. Quand j’ai pensé au nouvel album, je me suis demandé comment j’allais le faire, avec quelles machines, quelle méthode. Moi je suis très attachée à tout ce qui est enregistreur ancien. Jusqu’à présent, j’enregistrais sur un enregistreur cassette, et là, je suis passée sur bandes. Et de suite, j’ai eu envie de me pencher un peu plus sur les claviers que sur les guitares, pour amener d’autres mélodies, une nouvelle façon de composer. J’aime bien changer d’instrument, changer de rythmiques...J’ai joué quasiment tous les instruments sur le disque, avec l’apport de Gaël Etienne en studio. Mais fondamentalement, il y a un fil conducteur sur mes albums. Sur le premier, tout était brut. je n’avais jamais fait de chansons à guitare. Je faisais un peu d’électro pour rigoler, et puis de la batterie pour plein de groupes. Mais j’ai eu envie au contact de ces groupes de faire des chansons à la guitare, avec de la réverb. J’ai acheté un enregistreur cassette, et ça a été très cool à faire. Il n’y avait que 4 pistes. Mais c’était cool de faire des chansons de 3 minutes, avec un riff.”

Lana Del Rey / Shades of cool

“Je vois pas. Ah Lana Del Rey ! Ce n’est pas une artiste que j’écoute beaucoup, à part son premier album. C’est une chanson récente ? J’ai écouté à ses débuts quand elle a cartonné. On avait tous pris une petite claque quand c’est sorti. Mais j’ai peu écouté le reste. J’avais adoré le côté rêve américain un peu triste. Elle est assez étonnante cette fille. Elle a des mélodies assez classes.”


MGMT / Me and Michael

“Ah MGMT ! J’adore ! Cet album, “Little Dark Edge” est incroyable. Ils ont vraiment fait des tubes. Le titre “In the afternoon” qu’ils ont sorti après est dingue, un truc un peu pop médiévale, mais avec une mélodie démente. J’adore ce genre de production : des sons eighties, avec de belles guitares, des belles réverb, un truc très moderne mais pas trop. J’ai toujours eu l’envie un peu secrète de faire de l’Italo Disco. Je me suis acheté un synthé parfait pour ça, une boîte à rythme, j’ai presque tout pour le faire. Ce courant, c’est drôle. Ce sont des tubes immédiats, avec des supers claviers. Il y a même des tutos sur youtube où des producteurs expliquent ce qu’il faut utiliser, les sons qu’ils choisissent… Même leurs démos sonnent mortelles.”


Marc Desse / Paris je t’aime

“Marc Desse ! Je suis meilleure sur Marc que sur Lana Del Rey ! C’est Gaël Etienne qui m’a fait écouter les démos en premier puisqu'il a réalisé cet album (qui sort en juin), et que j’ai réécouté il y a peu. Il y a vraiment des chansons hyper chouettes. En plus, Marc est le dernier artiste que j’ai vu en concert avant le confinement. J’ai hâte de voir la suite. Et puis on partage le même collaborateur. Le projet Requin Chagrin est né avec le premier disque que j’ai vraiment fait toute seule, avec quelques musiciens additionnels. J’ai fait “Sémaphore”, le deuxième avec Adrien Pallot qui m’a aidé à produire et mixer. Et là, Nicola (Sirkis) voulait que je produise l’album, que je le réalise. J’avais une semaine de studio à ICP en Belgique, mais pour préparer ça j’avais besoin d’avoir Gaël avec moi, qui joue très bien des claviers, pour avoir une oreille extérieure, un appui, quelqu’un de confiance. On a répété les titres une semaine ensemble, et c’était très cool. A ICP, on a eu un accueil génial. On a bien rigolé, et on a surtout très bien travaillé.”

Katel / Rosechou

“C’est une chanson récente ? Je ne connais pas. C’est très sixties. Ah c’est Katel ? Je n’avais pas encore entendu le morceau. Ah j’aime bien la petite fuzz derrière. L’instru fait très sixties mais la voix très actuelle. Ça me fait penser à la reprise de France Gall par April March. C’est cool. On ne s’est jamais rencontré, mais je sais qu’elle a créé le label FRACA!!!

Il n’y a pas beaucoup de femmes réalisatrices de disques : Keren Ann, Emilie Simon… Moi j’ai eu une approche de geek avant de faire mes chansons. C’est vraiment l’appareil qui m’a poussé à faire un album. C’était un peu bricolé, pas très académique, et j’ai trouvé ça hyper cool à faire. C’est un peu comme une quête la production. J’adore être musicienne, jouer pour d’autres artistes, bien que je le fasse peu. Mais pour ma musique, j’adore me prendre la tête, chercher des trucs. C’est vraiment un apprentissage. J’ai l’impression que j’apprends avec chaque album, et j’ai encore plein de choses à découvrir. Mon rêve serait d’avoir un studio, et j’aimerais bien travailler pour d’autres artistes, proposer mes services et me mettre au service des autres. J’adore enregistrer, tester, trier, arranger, éditer les pistes. Tu te concentres sur l’essentiel, et tu analyses ce que tu as fait.”


Julee Cruise / The Nightingale

“Belle reverb ! C’est années 80 ? C’est américain ? Je connais cette voix mais je ne pourrais pas dire qui c’est. C’est Julee Cruise ? Je ne la connais pas. (Julee Cruise est connue pour avoir chanté le générique de Twin Peaks, la série de David Lynch.) C’est beau en tout cas ce titre ! C’est de la dream pop, avec un côté un peu sixties. J’aime bien. J’irais découvrir le reste. Je suis contente de découvrir ça.”


Cocteau Twins / Sugar Hicup.

“Ce sont les Cocteau Twins. Je les ai redécouvert par un ami qui trouvait que ma chanson “Soleil Blanc” avait un cousinage avec leur musique. Du coup je me suis repenché sur leurs albums, et j’ai pris une claque. Et il y a deux ans, en faisant un footing aux Buttes Chaumont, je les ai écouté, en courant doucement du coup, et j’ai réalisé l’ampleur de leurs chansons. Et celle-ci en particulier. J’aime beaucoup ce genre de production.”

The Cure / The Funeral party

“Je connais ça. Faut que le titre revienne. ah ce sont les Cure. Ah c’est beau. Je les ai découverts bêtement par un best of, “Staring at the sea”. Et je les ai vu à Rock en Seine il y a quelques années, et j’étais impressionnée par l'événement en soi, mais aussi par le monde, leurs fans habillés comme eux, et par cette communion. Ils enchaînaient les titres, sans parler, mais le niveau de jeu était incroyable. On était un peu épuisé à la fin, mais c’est un super souvenir de festival.”


Elli et Jacno / Anne cherchait l’amour

“Ah Jacno ! Ça on reconnait direct. Quand c’est plus pop, c’est plus facile ! Je l’ai découvert l’année où il est mort. Et je pense que je l’ai découvert par Indochine qui a repris “Je t’aime tant”. A l’époque, j’écoutais la radio le mouv’, et ils avaient fait un hommage à Jacno qui m’a permis de mieux découvrir sa musique. Et j’ai trouvé ça trop bien. Ça correspond à mon arrivée à Paris, c’est ma bande son. Je saoulais mes potes avec lui car j’écoutais beaucoup sa musique. Et puis j’ai découvert son passé punk. Moi, les groupes dans lesquels je jouais il y a 10 ans, qui étaient plus garage, m’ont fait découvrir des choses punk, et des groupes plus sixties. Moi finalement, j’écoutais des choses plus pop, comme Jacno, ou comme les groupes d’adolescence, et ce que mon frère m’avait fait découvrir comme les Cure. Quand j’ai un peu analysé tout ça et que j’ai eu envie de créer mes propres chansons, j’avais envie de quelque chose de plus doux, de plus new wave, mélangés à des sons garage, et à un enregistrement très cassette. C’était mon petit défi de faire ça. Et ça m’a permis de faire plein de choses que je n'imaginais pas du tout.”

Photos et Interview : Nicolas Vidal