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PICOT, PRESQUE POP

  • il y a 9 heures
  • 8 min de lecture


Il fut un temps ou être pop était un gage de succès dans la musique. Des années 60 aux années 90, on était pop et on était branchés, on était populaires et pointus, on était mélodiques et succesful. Aujourd’hui où la culture est pré-mâchée et la musique doit-être la plus innocente possible, être pop est finalement un acte de résistance culturelle, et de nombreuses nouvelles forces sont entrés dans la lutte depuis une dizaine d’années, de Cléa Vincent à Juliette Armanet. Mais les garçons ne sont pas en reste, et d’Edouard Bielle à Von Felt, nombreux sont les prétendants au titre de Pop Boy du futur, et cela nous réjouit. Picot fait partie de notre short-list des éminents compositeurs dont la musique  est encore un secret trop bien gardé. Son premier album en solo, « Presque Pop » est un condensé de titres efficaces (« Manège », « poster »), de guitares et de choeurs alertes (« Le pas ») et de comptines pop (« piou ») qui font la synthèse entre Katerine et Voulzy.

Rencontre autour de la pop, des Beatles, et du concept de variété avec Picot et ses chansons troussées comme des diamants mélodiques et mélancoliques.


Ton album s'appelle « Presque Pop ». Te considères-tu comme un artiste presque pop ?

Oui, c’est un peu ça en fait.  Pendant tout le processus de l'album, Julien du label Vietnam a essayé de me faire travailler un peu différemment. Moi j'ai tendance à faire de la musique très

instrumentale, avec beaucoup de variations harmoniques. Et en fait l'objectif de ce disque, c'était de faire un pas vers la pop. Est-ce que je pouvais arriver à garder ce qui fait mon identité, mais rentrer un peu plus dans un standard ? Et je pense que j'y suis arrivé, mais à moitié. Donc voilà, c'est pour ça qu'à la fin, on est arrivé sur ce titre qu’on trouvait marrant.


Quelle serait ta définition de la pop ?

Je dirais que c'est la combinaison d'une efficacité mélodique avec une lisibilité harmonique, c'est-à-dire des enchaînements qui sont accessibles à tous, mais avec des fulgurances mélodiques. C’est ce qui fait sa force, mais c’est aussi son défaut, car des fois, la musique pop peut paraître un peu formatée, un peu convenue. Mais c'est comme en images, c’est une grammaire qu’il faut maîtriser,  mais il faut être capable aussi d'en sortir un peu pour donner des choses intéressantes. C’est une affaire de contrastes.


La pop a beaucoup évolué, on va dire depuis les années 60 qui est l'avènement du genre, en tout cas où elle a explosé. Aujourd’hui, elle va des musiques urbaines à Katy Perry pour aller vite. Ta pop lorgne plutôt sur celle des Beatles qui a été la matrice de tout ce qui découlé après…

Oui clairement. C’est vrai que la pop contemporaine est quand même très influencée par les Beatles, et vu que l'œuvre des Beatles est hyper riche, on peut y piocher différents styles. Il y a même des gens qui disent que « Shelter Skelter » serait le premier morceau de métal. Ça se discute, mais en tout cas, c'est sûr que ça a été une influence majeure pour moi.


Pour quelles raisons ?

Le choc esthétique quand j'avais 13 / 14 ans et que j'ai découvert ça.

En fait, c'est surtout  un choc esthétique qui perdure, c'est-à-dire que je continue de découvrir des choses. Avec mon groupe de copains musiciens, il y a toujours un moment dans la soirée, on va en parler, se dire « celle-là tu la connais elle est pas si mal même si elle est dringo ». C'est presque un fétichisme au bout d'un moment. Mais c'est une œuvre très très riche…


… Qui a été conçue en peu de temps finalement.

Oui c'est vrai, c'est 10 ans. Il n'y a pas plusieurs décennies de carrière, mais en même temps, entre le début vraiment très pop, avec des mélodies faciles, des textes très simples, quelque chose de très très accessible qui va aller vers quelque chose de beaucoup plus complexe après.



Malgré cette grand influence, tu chantes en français et non en anglais.

Je l’ai fait au départ. Mais ça faisait plusieurs années que je me rendais compte que - c’est un détail - même en brocante, j'avais tendance à aller chercher des disques en français, des Pierre Barouh, des Françoise Hardy… J’avais tendance à m'intéresser à des compositeurs français et ça a commencé à résonner un peu différemment en moi. Auparavant, c’était un peu interdit. J’avais un peu un snobisme, je pense. ‘Jétais à fond sur la scène indie pop anglo-saxonne et j'avais tendance à mettre ces choses de côté. En vieillissant, je me suis intéressé plus aux textes aussi. J’ai repensé à des choses que j'écoutais plus jeune aussi. Mes parents écoutaient William Sheller, Christophe. Il y avait aussi Jean-Jacques Goldman, mais c'est moins une influence. Mais ce sont des choses qui ont pris une valeur émotionnelle parce que ce sont des chansons que j'associe à des moments dans ma vie. Et du coup, j'avais envie de faire ce mariage là, entre les influences que j'ai pu avoir dans les groupes dans lesquels j'ai joué et des choses plus chansons. Ça se marie assez naturellement finalement. Ce n’est pas un contraste si improbable que ça.


Les artistes dont tu viens de parler, liste à laquelle je rajouterai Laurent Voulzy, ont vraiment été influencés par la pop anglo-saxonne, mais sont considérés comme des artistes de variété. Aujourd'hui, finalement, les artistes qui font de la pop se rapprochent plus des artistes de variété que des artistes d'Indie-pop anglo-saxons. J’ai pensé que « Presque pop » était en fait un pied de nez qui dirait « je fais de la variété, mais la pop c’est plus chic ».

Peut-être, oui, c’est vrai. Je trouve que le terme variété est vachement péjoratif alors qu'il y a de très bons disques de variété. Je pense que c’est lié au français. Voulzy cite les Beatles et le Beach Boys, et on le sent bien dans sa musique.


Tu as fait de la musique plutôt instrumentale au départ, comment as-tu réussi à te fondre dans le cadre pop ? Est-ce que tu l’as perçu comme une contrainte ou plutôt comme une libération ?

ll y a peut-être des choses que je me serais pas permis dans les groupes avec lesquels je jouais, parce que j’aurais pensé que certaines mélodies seraient un peu too much, un peu trop sucré. Mais là je me suis dit que j'avais un peu passé l'âge de me mettre des contraintes et que finalement, je pouvais essayer. En tout cas, j'essaye de ne pas respecter un cadre de bon goût. Parce que je trouve ça un peu limitant. Donc en fait, finalement, ça a plutôt été une libération et puis de manière générale, c'est un truc que j'aime bien faire que de me mettre des contraintes. Ça m'amusait comme exercice de me dire « ok, je le fais en français, j'essaie de me tenir sur des des durées un peu standards ».


Comment te sens-tu dans cette scène française, plutôt indépendante, qui revendique une certaine filiation avec la variété ?

J’ai l'impression qu'on s'est tous libéré un peu de nos complexes par rapport aux anglo-saxons. il y a un truc peut-être plus spontané. Peut-être moins focus sur la prod aussi. C’est un peu le retour de la chanson, j'ai l'impression. Même si la production, les arrangements, ça reste important, mais j'ai l'impression qu’on commence à être plus sensible à une belle mélodie. Donc ça tend à me plaire. Moi le groupe qui m'a donné envie, en fait c'est Biche. Ce sont eux qui ont fait péter le premier frein dans ma tête, parce que on a des influences très très proches. Quand j'ai vu ce qu'ils avaient réussi à faire avec leur premier disque, je me suis dit que c’était possible. Et le deuxième, je le trouve encore mieux.


Quels sont les artistes contemporains que tu écoutes justement ?

j'aime bien Flavien Berger, je trouve que c'est vraiment super. Kcidy aussi, son dernier album est vraiment super. Je trouve que Gaetan Nonchalant a aussi de super morceaux. Il a le petit second degré qui permet de désamorcer certains partis pris de composition. Je trouve aussi que ce que fait Catastrophe dans un style plus Michel berger. Ils assument un côté Too Much que je trouve très dans l’air du temps.



Aujourd'hui, au-delà du style esthétique, ce n’est pas la pop qui cartonne, qui passe beaucoup en radio à part sur France Inter ou FIP.

Comment se sent-on quand on est musicien de devoir se dire qu'il va falloir batailler pour toucher le grand public ?

Je pense que la seule solution, c'est de maintenir l'enthousiasme. De rester à l'initiative, de continuer à faire des choses sincèrement. Ce sont de vrais discussions que j’ai eu avec mon label : comment jouer le jeu des réseaux sans être influenceur ? Ce n’est pas mon truc, ce n’est pas mon job. J’essaie de rester créatif, de garder un aspect visuel ou conceptuel, mais c’est devenu compliqué car on est noyé dans un flux de contenus énorme. Je suis pas sûr que ce genre de musique soit tout à fait dans l'air du temps, même s'il y a des contre-exemples. Les succès de Juliette Armanet et Clara Luciani par exemple, même s’il y a probablement eu des compromis pour toucher plus de monde. Mais je trouve objectivement que les chansons de Juliette Armanet sont des très belles chansons bien arrangées. Il faut s'accrocher et faire des choses avec enthousiasme, c'est la seule solution.


Qu'est-ce qui t'inspire pour créer une chanson justement ? Est-ce que tu pars de la mélodie ?

Souvent, je pars plutôt de l'harmonie, j'ai une progression d'accords qui me plaît ou un arrangement qui me plaît, ça peut-être aussi un pattern de batterie où je me dis « tiens, j'ai jamais essayé ce genre de motif, ça peut-être intéressant à utiliser dans une chanson pop ». En général j'ai pas de méthode fixe. C'est un peu en fonction de ce qui arrive. Après, je crois que j'ai tendance naturellement à faire des choses un peu homogènes quand même. J'ai quand même mes poncifs même si j'essaye de varier les paramètres, ça reste quand même ma musique, j'ai l'impression.


Il y a une forme de mélancolie dans tes chansons, est-ce que c'est quelque chose que tu cultives ou qui vient un peu malgré toi ?

Malgré moi C'est rigolo parce que quand j'ai fait écouter le disque à Alexis de Biche qui m'a aidé un peu pour finir des arrangements, il m'a dit « ah tiens, on ne dirait pas un morceau de toi parce qu'il est franchement majeur ». Et c’est vrai que j'ai tendance à toujours être un peu blue, j’ai toujours ce truc là. Ça fait partie de moi, je pense.


Quel est ton parcours de musicien? Est-ce que tu as appris la musique enfant ?

Oui j'ai commencé vers 10 ans. J'ai pris des cours de guitare pendant longtemps. C'était plutôt des cours de jazz. Ce qui fait que ça m'a vite amené vers l'improvisation, donc je pense que ça m'a aidé beaucoup pour le phrases mélodique. Même pour la notion d'harmonie, même si je suis suis pas hyper fort en théorie, mais en tout cas j'ai des réflexes, je pense, d'écriture. Donc voilà, j’ai fait ça pendant 10 ans, après j'ai eu un groupe de lycée. Ça fait partie de ma vie depuis que je suis gamin. Et oui ça m'a amené à d'autres choses après, notamment l’image. Après j'en ai fait mon métier. Je suis directeur artistique, je fais plutôt de la publicité. il y a souvent des vases communicants entre l'image et le son, comme enlever de la résolution pour gagner du caractère. Changer le point de vue pour pour donner une autre couleur à une image. En fait en musique c'est aussi ça. J’ai des réflexes en images qui m'ont servi en musique. Et inversement. C'est un cercle assez vertueux de faire les deux.



Interview et Photos : Nicolas Vidal

Album « Presque Pop » Disponible

 
 
 

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