"PARADISSIME" / GALERIE DE L'INSTANT
- Faces Zine

- 13 déc. 2025
- 4 min de lecture

© Paolo Roversi © Bruce Weber © Ellen Von Unwerth / Galerie de l'Instant
Dans le monde de l’art, il n’y a eu pendant longtemps que les rôles de créateur et de muse. Pendant de nombreuses années, seuls les créateurs étaient considérés comme les artistes démiurges qui faisaient oeuvre. Mais force est de constater que dans l’histoire de l’art, notamment en photographie, certaines muses, de par leurs choix esthétiques et leurs collaborations avec certains artistes, ont créé une oeuvre. C’est le cas d’Isabelle Huppert où de Charlotte Rampling qui sont devenues des figures emblématiques, transcendant leur rôle d'actrice pour devenir des collaboratrices artistiques en utilisant leur présence et leur charisme pour inspirer des œuvres qui vont bien au-delà du simple portrait. Leur collaboration avec des photographes a transformé leur image en art, et de Helmut Newton à Robert Doisneau, en passant par Nan Goldin ou Juergen Teller, on ne compte plus les photographes importants qui ont collaboré avec elles.
Sans crier gare et depuis son adolescence, Vanessa Paradis est elle aussi une véritable collaboratrice pour de nombreux photographes, et grâce à l’exposition « Paradissime », actuellement à la Galerie de l’Instant à Paris, nous pouvons vérifier que son oeil aguerri lui a fait choisir de sublimes collaborations que l’on retrouve aujourd’hui réunies grâce à Julia Gragnon. « Je me suis d’abord fait plaisir en créant cette exposition. Il y avait des photos que je connaissais et que j’aimais beaucoup comme celle de Claude Gassian où elle pleure sur scène qui me fait penser à la Piétà. Je l’avais vue en concert à cette époque là et c’est vrai que pour ceux qui l’ont vue, c’était une tournée très émouvante, très belle. Depuis ses débuts à 14 ans, elle est entrée dans nos vies, et fait partie à présent de notre paysage culturel, que ce soit par la musique, le cinéma ou la mode...»
La chanteuse qui, a posé pour Karl Lagerfeld, Jean-Paul Goude, Peter Lindbergh où Hedi Slimane a grandi sous nos yeux et est passée de la lolita teenage à la jeune femme glamour en une petite trentaine d’années médiatiques, et a conservé sa photogénie et sa manière d’habiter un plan photographique. Car le point commun entre la lolita des débuts photographiée par Pierre Terrasson et l’actrice qui rejoue « Les Desaxés » pour Anton Corbjin, c’est cette habileté à incarner les émotions qui saute aux yeux. « Pour moi, les photos de jeunesse prises par Pierre Terrasson, c’était la base de l’exposition. C’était très important. Au départ, j’en voulais 3, finalement il y en a 5. Le choix s’est fait aussi en discutant avec les photographes. Par exemple, avec Frédérique Veysset, il y en a une que je voulais absolument, et puis quand elle est venue au labo avec ses autres négatifs et qu’on a vu les photos, on a décidé d’en mettre plus ! »
L’exposition permet aussi de mesurer que Vanessa Paradis a autant posé pour des photographes masculins que féminins, ce qui aujourd’hui est un paramètre important. « Pour moi, ce n’est pas une question de genre. Ce sont les photos qui m’intéressent. Mais c’est vrai que le regard des femmes photographes sur Vanessa est différent, avec plus d’humour. Les photos d’Ellen Von Unwerth sont dénudées, mais cela reste léger et rigolo. Ce sont des femmes qui montrent leur cul, mais avec un clin d’oeil. Je pense également à Kate Barry qui l’a photographiée dans les années 2000, mi-elfe, mi-danseuse, présentant une facette inattendue et captivante de l’artiste.»
Bien qu’organiser une exposition regroupant tous les photographes qui ont fait oeuvre avec Vanessa Paradis ne soit pas le but de l’exposition, un nom manque dans la sélection, Jean-Baptiste Mondino qui a façonné l’image de Vanessa Paradis au moment de sa mue, avec le clip de « Tandem » ou la pochette de son troisième album avec Lenny Kravitz. « Mondino n’a pas voulu participer parce qu’il n’aime pas regarder en arrière. Il n’y a que le présent qui compte pour lui. Alors qu’il a accompagné nos vies à travers ses photos et ses clips, non seulement pour Vanessa Paradis, mais aussi pour Prince ou Madonna. Il ne veut pas être là-dedans. Après, je respecte ses envies, mais c’est vrai que tout fan de Vanessa est étonné qu’il ne soit pas dans l’expo. Mais c’était interessant d’échanger là-dessus avec lui.»
Avec ou sans Mondino, la sélection de Julia Gragnon fait la part belle à des photos connues, comme les photos qui ont ornées les couvertures des magazines Actuel ou Première, et d'autres moins connues, notamment de différentes séances photos avec Paolo Roversi. « Ce portrait de Vanessa Paradis par Bruce Weber avait fait la couverture d’Actuel à l’époque. Ce n’était pas mon premier choix, mais Bruce Weber y tenait. Je me souvenais aussi très bien d’une séance de Vanessa Paradis avec Paolo Roversi qui a choisi celles qui sont exposées. Je n’avais pas réalisé qu’il avait fait autant de séries avec elle.».
Vanessa Paradis a su inspirer ces artistes par sa présence magnétique et sa polyvalence, devenant une icône non seulement dans la musique et le cinéma, mais aussi dans l'art photographique. Ce que rappelle l’exposition visible jusqu’à fin janvier, avec des clichés de Kate Barry, Ellen Von Unwerth, Bruce Weber, Paolo Roversi, Catherine Cabrol, Frédérique Veysset, Pierre Terrasson, Anton Corbjin, Matthew Brooks, Claude Gassian, Antoine Le Grand...
Nicolas Vidal
Paradissime, Exposition du 15 octobre 2025 au 28 janvier 2026 à la Galerie de l'Instant, Paris



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