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NOUS ÉTIONS UNE ARMÉE, DÉCHARGE POP

  • Photo du rédacteur: Faces Zine
    Faces Zine
  • 9 déc. 2025
  • 8 min de lecture


Nous étions une Armée. Un programme qui pourrait sonner comme un manifeste peu engageant. Alors qu’il est justement question d’engagement sur le premier album de Léo et Rémi, armée composée de deux amis férus de post rock et de son, et dont la volonté de faire plier l’ennemi imaginaire par leurs chansons est un programme plus alléchant que le retour du service militaire en France. On veut bien former corps avec eux tant les textes subtils et l’interprétation fiévreuse de ceux-ci (tant dans la production que dans l’écriture) apparaissent comme une stratégie oblique qui ne nous laisse pas de répit. Il suffit d’écouter de bout en bout leurs premier album, « Mais le ciel est sublime » pour avoir eu l’impression d’être passé dans un char d’assault d’émotions et de rafales de sentiments. Il y a l’urgence de la jeunesse, les références pointues, ne pas prendre le bidasse auditeur pour un débile, afin de former cette fameuse armée qui s’agrandit de plus en plus et qui a vu le duo passer de la Maroquinerie à l’Olympia (en première parte de Jeanne Cherhal) avant une Cigale dans pile un an. Ne vous fiez pas au camouflage teinté de Fauve de cette armée en devenir, mais laissez-vous envahir par cette douce mélancolie parfois pop, et filez en rang les voir sur scène. Vous vous engagerez sur le champs. Rencontre pointue avec Léo, moitié de l’armée, un lundi matin d’hiver ensoleillé.


Comment avez-vous décidé de travailler ensemble avec Rémi?

Léo : On s’est rencontré pendant nos études de son et nous avons eu un coup de foudre amical autour de la musique, autour de groupes que je pensais être le seul à connaître dans ma Bourgogne un peu perdu. Rémi connaissait les groupes dont je pensais lui apprendre l’existence, et lui à l’inverse m’a fait découvrir beaucoup de musique. On s’est rejoints sur des groupes de post rock, des projets un peu Lo-fi, Emo, instrumentaux, qu’il connaissait et qui m’ont parlé. Très vite, je lui ai fait écouter les morceaux que je faisais, et il m’a fait des retours. Il m’a aidé à les mixer. Au moment où j’ai commencé à écrire en français et à lui faire écouter des choses, on a fini de morceaux ensemble, et je lui ai proposé de faire un groupe de rock avec moi. Il m’a dit oui. Je pense d’ailleurs que s’il n’avait pas répondu positivement, je n’aurais pas fait de scène. Ce n’était pas le projet à la base alors que désormais tout prend sens sur scène autour du projet.


Pourquoi « Nous étions une armée » ? Vous n’êtes que deux au départ, donc c’est une petite armée. Est-ce que tu portes en toi plusieurs personnalités ?

Léo : Pour moi, effectivement cela pouvait dire ça. C’était au départ un projet solo. Je voulais raconter cette solitude mais de manière détournée. J’aime bien les jeux de paradoxe dans les textes quand on dit quelque chose qui veut dire son contraire. Utiliser le nous, c’était le critère de base de mon écriture. Nous étions une armée, ça veut dire je suis seul. Mais il y a la possibilité qu’on fasse partie d’une armée un jour ou l’autre.


Est-ce qu’il y avait cette idée de parler des conflits réels en utilisant le lexique militaire au premier degré ? Moi j’ai pensé que vous évoquiez une somme d’individualités, comme sur les réseaux sociaux.

Léo : Le mot armée pour moi, c’est aussi lié aux communautés de fans sur les réseaux sociaux, à ceux qui suivent. Quand j’étais enfant, il y avait des groupes Facebook qui s’appelaient les « One Direction Army », « My Chemical Romance Army »… Je trouvais ça très beau qu’un groupe de musique constitue une armée fraternelle de gens qui ne connaissent pas mais qui semblent appartenir à la même communauté. Juste avec de la musique. Humblement, on espère que l’armée en question sera composée de gens qui nous écoutent.


Dans tes textes, il y a une forme de résistance qui s traduit aussi dans la musique, avec beaucoup de ruptures dans les chansons, des choses syncopées, avec des pièges de sons pour l’auditeur… Est-ce que c’était conscient ?

Léo : Je ne pense pas qu’on fasse de la musique qui s’écoute en faisant autre chose. C’est pas un fond sonore. C’est vrai qu’on impose ça. Moi j’aime bien, en tant qu’auditeur, d’être happé. Et c’est la musique que j’ai envie de faire. Il y a beaucoup de ruptures, de fausses trappes. La musique, ça peut être une matière instantanée qui nous plaît, mais le travail d’un musicien, c’est de construire dans la durée. Et le travail de structuration, c’est le plus dur et le plus intéressant à mon avis. J’ai envie de raconter quelque chose dans le temps, et les ruptures dont tu parles, c’est de la structure. On fait en sorte que l’attention de l’auditeur soit renouvelée.


Dans tes textes, tu parles de toi, un d’un toi étendu, d’un jeune homme d’aujourd’hui avec ses doutes. Tu parlais de la durée mais ce premier disque fige en quelque sorte ton toi d’aujourd’hui. Est-ce que c’est quelque chose dont tu as conscience ?

Léo : Il y a un titre sur le disque qui s’appelle « Le poignard dans le coeur » qui parle du processus d’écriture, de cette idée romantique qu’écrire c’st se mettre un poignard dans le coeur et mettre son coeur sur la table, mais la phrase la plus importante pour moi, c’est « plus tard j’écrirai des chansons pour le reste du monde mais pour le moment j’écris pour toi » , et ça vient d’une idée de Deleuze qui dit que quand on écrit, on écrit pour les lecteurs mais aussi à leur place. Cette chanson parle de ça. Je pense à des personnes précises, mais je pense qu’on a la prétention d’écrire pour l’humanité toute entière et pour donner une parole qui pourrait ne jamais être entendu. Donc oui j’écris de manière très personnelle, mais le « Je » n’est jamais moi. C’est aussi plein d’autres personnes à qui je pense en écrivant. Je n’ai pas envie de raconter une petite expérience individuelle.


« Mais le ciel est sublime », votre premier album, démarre par une chanson qui raconte tes origines bourguignonnes, provinciales, comme d’un « Territoire perdu ». Cette chanson m’a beaucoup touché car comme la majorité des parisiens, on vient d’un petit village, d’une petite ville. Est-ce que cela dit quelque chose le fait de s’extraire d’un territoire, quel qu’il soit ?

Léo : Carrément. Je suis très inspiré par Gilles Deleuze. C’est un philosophe créateur de concepts, et il y a de l’inspiration qui vient de manière de parler et de penser. Et il parlait de Proust qui faisait que quand on tombait amoureux d’une personne, on tombait amoureux des paysages qu’on voyait, des odeurs, des mondes que l’autre a en soi. « Territoire Perdu » vient un peu de là, de cette idée qu’on est la somme des territoires qu’on a habité. Il y a une autre chanson sur le disque qui s’appelle « Chez moi » et qui parle du retour dans un endroit qui était chez nous et qu’on ne reconnait plus, et par extension qu’on ne se reconnaît plus nous même. C’est quelque chose qui me parle. Après, on en a offert aussi une version un peu politique car le territoire perdu, c’est un terme qui a été inventé par l’extrême droite pour stigmatiser les quartier populaires. C’est presque un terme raciste. On avait envie de se le ré approprier et d’en faire un motif de fierté.



L’album est construit, avec une narration précise qui commence donc par « Territoire perdu », et qui déroule une chronologie construite, renforcé par le fait que les textes sont dits et non chantés au sens strict du terme. Est-ce que tu es intéressé par le fait de raconter des histoires ? Par le cinéma par exemple ?

Léo : Peut être que tu as eu cette impression aussi car il n’y a jamais de silences dans l’album. Dans tous les morceaux, il y a des ambiances, et il n’y a aucun silence numérique.


On a aussi parfois l’impression que musicalement, les morceaux sont la suite des précédents, même si ce n’est pas vraiment le cas. On sent une matière sonore très cohérente.

Léo : C’est quelque chose que j’adore faire. Il y a toujours un fond sonore qui lie les chansons. L’ordre des morceaux, c’est très important pour moi. Quand on a trouvé l’ordre et qu’on a écouté les chansons du début à la fin, alors que l’album n’était pas complètement fini, il y avait un truc magique. On s’est dit qu’on tenait l’album, même si les prises de voix n’étaient pas def, c’était une évidence. Pour moi, tout le travail d’un album, c’est d’arriver à sculpter cette trame, même si ce n’est pas un concept album.


Visuellement, cette idée est renforcée par votre clip de la chanson « Heureux comme un roi » où tu es sur une scène de théâtre. Tu aimes l’idée de la performance ?

Léo : Justement, ce clip a été inspiré par une scène de « Mullholand Drive » de David Lynch, sur l’illusion de l’émotion. Tous est toujours illusion dans l’art mais cela ne nous empêche pas d’être ému. Tu me parlais du jeu, j’aime que sur scène, tout soit très incarné. Cette chanson là me paraissait comme la plus pop et la plus joyeuse de l’album, et il me semblait impossible de la clipper autrement, avec cette sensation entre le vrai et le faux de la fin du clip, de l’illusion justement où l’on se pose des questions.


En France, il y a cette tradition des actrices qui chantent dans la pop. Est-ce que tu te sentirais comme un acteur qui chante, qui privilégie l’émotion, l’incarnation ? En France, quand on parle sur de la musique, on pense à Fauve ou Grand Corps Malade. Mais le disque m’a plutôt fait penser à cette tradition là.

Léo : C’est marrant parce que je suis acteur depuis peu de temps. Et c’est le groupe qui m’a amené au théâtre. Du coup, je me sens plutôt comme un musicien qui joue car je n’ai pas de formation théâtrale. Mais pour moi, le mot « Comédien », est un peu sali. C’est comme le mot « poésie ». Je ne veux pas dire que j’en fais parce qu’on s’en fait une image fausse. Je pense souvent à la phrase d’Antonin Artaud, qui rapproche le théâtre d’une forme plus musicale ou d’une transe liée à la danse plutôt que de la psychologie. Il parle aussi de libérer le langage, il parlait de « L’acteur qui doit bruler sur les planches comme un supplicié sur son bûcher ». Je sans vraiment ça sur scène, qu’on est à la frontière d’un effondrement. J’aime sentir ça et je cherche ça à chaque concert. Donc oui, je me sens acteur dans cette définition là.


Finalement, c’est une véritable recherche d’acteur que tu mènes, en plus de celle du musicien. C’est déjà difficile d’avoir accès à ses émotions en tant que comédien, mais là tu ajoutes la dimension musicale et rythmique de la musique. Tu avais ça en toi ?

Léo : On a fait beaucoup de concerts et de premières parties, et on travaille vraiment à chaque concert, à 3 avec notre ingénieur du son qui est là depuis le début. Il est pianiste donc il vient jouer avec nous aussi sur scène quelques titres. Mais au fond, je suis toujours en train d’apprendre comment dire un texte, comment l’incarner, comment bouger, comment me tenir sur scène. J’apprends en faisant. C’est peut être plus long que d’être dirigé, mais en même temps, c’est moins dangereux car on n’est pas abîmé par autre chose que son propre regard.


Comment s’envisage la suite de Nous étions une Armée ? Vous venez de sortir votre votre premier album donc c’est très prématuré de poser cette question…

Léo : On enchaine des concerts, des premières parties, une Cigale qui arrive en 2026… Les concerts parisiens, c’est toujours particulier. La différence avec les premières parties, c’est qu’on n’est pas la découverte du soir. Les gens viennent pour nous, certain.e.s connaissent les chansons, du coup ce sont des moments très bizarres, un autre exercice. Sinon pour la suite, je n’ai ni écrit ni composé quoi que ce soit. J’ai hâte de m’y remettre. De repartir de rien et de voir ce qui va venir. L’album, il est un peu comme une apparition. Je ne pensais pas qu’on serait capable d’en faire un. Moi je suis très attaché au format EP, à quelque chose de condensé. Je ne pensais être capable de structurer 13 titres, à cause de la durée. Mais j’en suis très content.



Interview et photos Nicolas Vidal

« Mais le ciel est sublime », album disponible

 
 
 

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