top of page
Posts Récents

Marlon Magnée, Etoile Noire Pop

  • il y a 1 jour
  • 9 min de lecture


Est-ce que s’appeler Marlon ou Marilyn induit une forme inconsciente de starification ? Après tout, les prénoms charrient avec eux un imaginaire, et s’appeler Jean-Claude n’a pas la même connotation que de s’appeler James. Est-t'on prédisposé à être dans la lumière avec le prénom d’un mythe du cinéma, beau comme un Dieu qui plus est ? Au rayon French Pop, Marlon Magnée est entré dans la lumière en étant le co-leader du groupe La Femme avec Sacha Goth, combo à géométrie variable qui, depuis « Sur la planche » sorti en 2013, a gravi les échelons de la pop indé jusqu’à un magnifique Accor Arena en novembre dernier, scellant pour le moment une pause pop pour les membres du groupe. Et c’est donc avec un premier album solo prénommé « DarkStar » que Marlon Magnée nous revient aujourd’hui. Rencontre.


Ton premier album solo qui s'appelle Dark Star. Est-ce que t'as l'impression d'être l'étoile noire de la pop française ?

Je l'ai pas appelé comme ça pour cette raison, mais je trouvais ça drôle de s'imaginer ça de manière inconsciente. Surtout après la longue expérience de La Femme qui était un projet de groupe. Là je suis seul à faire les choses, il faut que je sois un peu plus au taquet, à fond, car je ne peux pas me reposer sur les autres. Il faut que je sois un peu plus discipliné.


Est-ce que dans la création pure ça a changé quelque chose pour toi ?

Un petit peu, mais pas vraiment non plus parce que on était quand même habitués à travailler séparément avec Sacha. Chacun travaillait ses morceaux, et on décidait ensemble lesquels allaient se retrouver dans les albums et on les terminait ensemble. C'est juste qu’en solo, il faut sortir beaucoup plus de chansons là où avant, pour les albums, on travaillait chacun sur 7 ou 8 morceaux.


Dans La Femme, vous avez souvent eu des invités chanteuses. Toi tu chantais parfois, mais c’était un peu mouvant.

Oui, alors que là, c’est moi qui suis devant tout le temps. Et c'est vrai qu’il faut que je fasse un un peu plus attention à ma voix parce qu’avec la Femme, je chantais six chansons pour un concert et maintenant, je me retrouve à faire 16, 17, 18 morceaux. Donc bien sûr, il va falloir que je fasse un peu plus attention à ça.


En terme de production pure, est-ce que travailler sans La femme a changé beaucoup de choses ?

Pour l’écriture non. J’ai invité Sacha à travailler sur un morceau. Ensuite j’ai co-produit l’album avec Renaud Letang. Mais ce n’était pas vraiment prémédité de faire un album solo. On a eu envie de faire une petite pause avec Sacha et il fallait que je rebondisse.


Vous aviez un rythme de travail assez soutenu avec La Femme. Ces dernières années, vous avez sorti un album tous les ans, puis les tournées.

Ouais le rythme était assez intense. Moi j’aimais bien ça. Mais je pense que le rythme idéal, c’est de faire un disque tous les deux ans. Mais si je peux trouver un équilibre et arriver à produire assez pour faire un album par an, je trouve ça bien aussi.


Musicalement, « Darkstar » est un peu dans la continuité de La Femme, mais pas tout à fait non plus. Quelles étaient tes envies pour ce disque ?

Je me suis un peu tout permis. Je ne me suis pas mis de barrières, je me suis pas dit « tiens, il faut que ça soit différent de la femme ». Je me suis juste dit qu’il fallait que je fasse un bon album. J’ai vraiment bossé pour faire un bon album, c'était ça mon but premier.


C’est quoi un bon album pour toi ?

Ce sont de super mélodies, que tous les morceaux soient bien et qu'on puisse réécouter l'album sans en avoir marre. Et essayer d'avoir les textes les mieux possibles.


Qu'est-ce qui t'a inspiré justement pour cet album ? Quand vous faisiez les textes pour les albums de la femme, c'était pas forcément le « Je » qui primait, il y avait des choses peut-être un peu plus ouvertes en fonction des interprètes qui allaient chanter ?

En fait je n’ai rien changé. Je ne me suis pas tellement pris la tête, en tout cas je n’ai pas cherché à être différent. Je voulais juste avoir de bons textes. Pour moi, ce sont des morceaux qui auraient pu figurer dans un album de La Femme. C’est juste un changement d'étiquette avec mon nom sur la pochette, et un projet axé sur une voix masculine.



Parallèlement, tu as aussi produit l’album de Sam Quealy, « Jawbeaker ».

La c’était un peu différent. J’ai travaillé avec une artiste et, à la fin, c’est quand même elle qui doit avoir le mot final. Donc là où des fois, j'ai imposé vachement ma vision parce que c'était mon projet, il fallait savoir un peu se mettre en retrait.

Mais je l'ai fait parce que j'étais face à une artiste qui pour moi est exceptionnelle, et l'une des meilleures du monde aujourd’hui. A la base c'était pas un choix de carrière que je voulais faire que de devenir producteur parce que ça prend du temps. Même si on aide l'autre à réaliser son rêve, on s'oublie un peu au passage. Cela m’est un peu tombé dessus parce que j'étais face à une super artiste. Ce aurait été con de ne pas le faire.


Est-ce que tu aurais envie de le faire pour d'autres artistes ou pas vraiment ?

Ça dépend du projet. Si on me payait énormément, cela aurait du sens même si l’artiste est moins bien car cela me permettrait de produire d’autres artistes que j’aime et que je trouve cool. Sinon;, il faudrait que ce soit pour un.e artiste que je trouve exceptionnel.le.



Vous aviez créé votre label avec La Femme me semble-t-il. Du coup vous étiez déjà dans une forme d’indépendance que tu continues avec « Darkstar ». Créer son propre label, c’est ce que beaucoup d’artistes doivent faire aujourd’hui.

Je me suis posé la question de signer avec un label. Et puis finalement, je me suis dit que j'avais travaillé toute ma vie pour avoir ce label, qu’on a une bonne équipe etc… Donc il faut mieux en profiter. J’en suis à un stade où ça faisait sens. Il y a un tout petit peu plus de stress et de travail, mais pas grand-chose parce qu’en fait, même à l'époque, même dans nos anciens contrats, on checkait tout et on faisait tout de A à Z, même la moindre pub, le moindre truc, on faisait vraiment tout nous mêmes. C’est un peu la même chose en vrai. Mais je pense que c'est pas une vérité en soi. Il y a des gens qui ne sont pas faits pour ça. C'est quand même beaucoup de travail en plus de l’artistique. Donc il faut avoir l'esprit un peu en adéquation avec ça. Et ça peut être compliqué des fois pour certaines personnes. Mais pour ceux qui savent où ils veulent aller et qui sont indépendants, oui, je les encourage à le faire.


Avec La Femme, vous êtes arrivé à un moment donné où il y avait une sorte de renouveau de la pop française et du rock français avec des groupes comme Mustang ou Aline. Quelle est ta vision de cette scène par rapport à aujourd'hui où la plupart de ces groupes n'existent plus ? Pour vous, ça a été crescendo jusqu’à un Accor Arena en novembre dernier.

Je pense que le chemin est dur et qu’il y a beaucoup d'éléments qui font qu'un groupe marche ou ne marche pas. Chaque groupe a sa propre histoire et je pense que c'est compliqué quand même d'en parler là, comme ça. Je pense qu'avant tout, il faut s'accrocher ne pas abandonner, continuer à fournir du travail exemplaire, précis, constant. Savoir aussi se démarquer avec les styles, se réinventer constamment, ce qu'on a toujours fait avec les albums. On n’est jamais resté dans un style. Ça a toujours changé. Il y a des groupes qui sont piégés dans un label. Le label ne réédite pas le vinyle alors qu'il y a une demande. Des choses comme ça. Je pense que pour nous, ça a été une force finalement d'être indépendant parce qu’on pouvait vraiment assouvir notre vision à 100 pour cent. Mais après c'est compliqué.


Musicalement comme tu dis, vous avez abordé des styles différents avec La Femme. Sur « Darkstar », tu es dans une forme de continuité rock, mais du rock à synthé. Presque sans guitare, ou en tout cas avec peu.  Est-ce que ça fait sens pour toi ?

Je ne sais pas si ça fait sens. Mais c’est vrai que je fais partie de cette mouvance rock à Synthé. Quand on a créé La Femme, on n’avait qu'une seule guitare dans le groupe et il y avait plein de morceaux où la guitare jouait pas.


Les synthés sont devenus les nouvelles guitares dans la pop et le rock. Est-ce que le rock est toujours un style de musique qui t’intéresse et qui t’inspire ?

Je pense que ça dépend des périodes. Moi en tout cas, je suis tombé dans ce trip là de faire du rock sans guitare depuis longtemps. Et ça fait suffisamment de temps que je le fais pour pouvoir maintenant me ré-intéresser à la guitare. Après, ce n’est pas c'est pas une vérité en soi, je pense que ce sont des cycles. Moi j'ai démarré par le piano. Et j'ai fait de la guitare quand j'avais 13 ans. Mais en terme de ventes, le rock ne marche plus. J’aurais bien aimé savoir rapper mais quand je vous la scène d’aujourd’hui, ça ne me parle pas. Je suis content d'évoluer dans ce que je fais, mais c'est vrai que c'est beaucoup plus dur parce que c'est plus le style numéro un. Mais la pop est finalement devenue hybride. Même les rappeurs d’aujourd'hui qui sont numéro un, les trois quarts c'est de la pop aussi.


Qu'est-ce que t'écoutes en ce moment?

Sam Quealy


Et à part les projets sur lesquels tu as travaillé, est-ce qu'en a d'autres ?

Pas trop. The Space Lady, j'aime bien. C'est une vieille artiste des années 70, ils ont réédité leur catalogue.


Ton album est majoritairement en français, mais il y a quand même des titres en anglais. Vous avez beaucoup tourné aux États-Unis. Est-ce que t'aimerais justement partir avec tes chansons et continuer ce que vous avez fait avec la Femme ?

C’est mon rêve le plus cher. C’est un peu ce qui m'a rendu triste en faisant la pause, c'est que j'espérais pouvoir regoûter à ça. Donc là je m'efforce d’y arriver, c'est pas encore gagné, mais c'est exactement ce que je vise et ce que j'espère quoi.


Qu’est ce qu’il y a de différent à tourner dans le monde entier ?

C’est beaucoup plus cool parce que déjà on se sent comme un ambassadeur, il y a moins de routine. En France, très vite quand on fait tout le temps les mêmes salles, ça peut-être un peu toujours la même chose. Et donc là c'est un peu plus cool. Et puis on se sent fier, on découvre d'autres cultures, d'autres pays. C'est aussi avoir quelque part des vacances payées où tu travailles à quelque chose que tu aimes, et ça c'est quand même assez cool. C'est un mode de vie.


Vous aviez fait un album en espagnol avec La femme, là tu chantes en anglais et en français, comment choisi-tu la langue qui va accompagner la chanson ?

En anglais, ce sont des morceaux que j'ai écrits vraiment naturellement quand j'étais aux États-Unis. Il y en a un qui date de 2012, j'étais avec ma petite copine américaine de l'époque. Pour l’espagnol, Sacha a vécu en Espagne, et on allait beaucoup en Amérique latine, au Mexique, donc voilà les trucs sont venus un peu comme ça quoi.


Vous avez terminé à l’Accor Arena comme je l'ai dit tout à l'heure. Qu'est-ce que ça vous a procuré comme sensation ?

Ah c'était génial. Moi j'avais l'impression d'être chez moi. On fait ce métier là depuis longtemps, on grossit de catégorie et donc ça fait plaisir. Tu passes un peu dans une autre catégorie où tu fais des scènes énormes donc en fait même si des fois ça peut être impersonnel, le fait qu'il y ait 15 000 fans concentrés au même endroit à chanter les morceau, ça provoque aussi des sensations qui sont quand même assez ouf. Même dans les conditions. Tu n’es qu'avec des pros, tu as le meilleur matos, enfin tu vois c'est assez cool. Et nous, comme on n'a pas trop fait de ce genre de scène-là de 15 000 personnes, c'est plaisant. Après bien sûr que quand tu fais 10 ans de ça, il y a un moment où tu es content de temps en temps de faire un Trianon, un Olympia pour rigoler et voilà, mais nous on n'en est pas encore là, on veut encore aller plus loin.


Pour ce disque, tu vas faire de la scène, Le Trianon à Paris d’ailleurs en novembre. Est-ce que tu vas être avec autant de monde qu’avec La Femme ?

Non, je pense pas. L'idée, c'est justement aussi de prendre le contre-pied, faire un break. J’ai fait 16 ans avec des musiciens donc là je voulais voir un peu ce que ça faisait de tourner tout seul. Il y aura peut-être quelques invités mais globalement je serai tout seul.



Interview et photos Nicolas Vidal


Marlon Magnée / Darkstar / Album disponible


 
 
 

Commentaires


  • Instagram - Black Circle
  • Facebook - Black Circle

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir les nouvelles publications. Faces s'engage à ne jamais transmettre votre adresse mail à des fins promotionnelles.

bottom of page