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Malik Djoudi, roi de Troie


Cette année a vu le retour gracieux d’un chanteur qui a définitivement changé de catégorie. Éternel espoir pop jusqu’à la sortie de son deuxième album « Tempéraments » après le bien nommé « Un », Malik Djoudi est désormais un chanteur respecté qui chante avec Katerine et Adjani. Délaissant quelque peu (mais pas tout à fait) sa pop synthétique pour un groove chaleureux et des mélopées soul qu’on n’attendait pas chez lui, Malik Djoudi a touché notre point sensible et a accompagné notre fin d’année avec les sublimes « Vertiges » et « Douleur ». Cela valait bien une rencontre avec des mots lancés comme des balles qu’il a bien voulu attraper pour nous.


Organique

Le mot organique éveille chez moi les sentiments, la profondeur. Ça évoque aussi les organes, et ce sont des points sensibles. Et dans les organes on peut retrouver de l’orgasme. Au niveau musical, c’est vrai que j’ai passé 3/4 ans à jouer avec l’électronique, en tournée, à faire des disques très électroniques, et là, j’avais envie de m’entourer de musiciens, d’avoir des corps autour de moi, de me sentir porté par les instruments. Ça m’a amené à cette décision, et quand Renaud Létang (réalisateur de l’album) m’a contacté pour qu’on travaille ensemble, vu qu’il a un talent fou pour les prises acoustiques, de batterie, d’instruments, ça m’a conforté d’aller dans cette direction.


New Wave

Ça m’évoque l’Angleterre, le froid, mais l’organique aussi, le minimalisme, le noir. Le sombre et le beau. Je ne suis pas sûr de venir de là en revanche sur le plan musical. Si je dois venir de quelque part, ce serait plutôt de la mélodie, de l’émotion. Du point de vue de la « nouvelle » scène française, je suis ravi d’être associé à des artistes comme Juliette Armanet, Fishbach, Cléa Vincent… Je pense faire partie d’une certaine pop française. Après, toutes ces personnes ont des univers assez différents et je ne me sens pas appartenir à une famille, sinon celle de la pop française. Je pourrais me sentir proche de gens comme Christophe, Sébastien Tellier, ou Flavien Berger. Mais quand je compose, je n’écoute pas de musique pour ne pas trop m’inspirer. J’écoute la radio, je m’inspire de la vie et je vais chercher ma musique dans l’émotion. Parfois, on écrit à mon sujet que je me ballade, que je suis un peu à côté des autres. Et j’ai autant de plaisir à être à côté qu’avec les autres.


Douleur

Je ne compose pas dans la douleur. Parfois quand ça ne vient pas c’est un peu douloureux et ça m’est arrivé sur cet album, notamment à cause de la période qu’on a vécu et qui m’a assommé. J’ai vraiment eu peur de ne plus pouvoir exercer mon métier et ça m’a un peu paralysé face à l’inspiration. Mais j’avais l’objectif de faire cet album donc ça m’a tenu droit et donné de la confiance. Mais parfois, j’aime bien raviver des émotions, de la tristesse, des souvenirs très joyeux. Mais sur cet album, il y a eu un moment ou j’ai eu de grosses douleurs physiques, et composer cet album m’a permis d’oublier ces douleurs. Faire de la musique, c’est être dans un état second. Quand je compose, je ne pense plus à rien et je compose seul, dans mon studio. Mais c’est l’endroit où je me sens le moins seul. C’est un antidépresseur peut être. Et puis il y a cet endroit qu’est la scène qui est un endroit assez fou où je me sens à ma place. Heureusement que j’ai la musique car je ne sais pas où je serais sans elle. Ce serait très douloureux. J’ai fait de la musique dès mon plus jeune âge, j’ai toujours chanté, je voulais vraiment faire ce métier. Et j’ai cette chance d’avoir des capacités pour le faire, pour chanter. C’est incroyable et ça procure des émotions dingues dans le corps, dans la tête. Et merci la vie d’avoir ça.


Voix

Tout à l’heure, je parlais d’état second, et quand je chante je suis dans un état second. J’ai la chance d’avoir plusieurs tessitures de voix. Elles sont à l’intérieur, et quand elles sortent, c’est un autre pan de moi-même. C’est quand même génial de sortir un son de sa voix. C’est quelque chose que j’ai du mal à expliquer. Je ne la travaille pas. Après, je l’ai travaillé en faisant des concerts, mais ma voix, elle est comme un guide. Et j’ai la chance qu’elle soit là même si je fume, et j’espère qu’elle sera toujours là.

Groove

La recherche du groove, c’est très important. Comment on arrive avec peu d'élément - je suis parti de la basse batterie pour ce disque - à faire qu’ils se répondent et qu’on arrive dans une certaine transe. Moi j’aime bien la transe car c’est quelque chose qui se répète, qui peut se jouer des heures et des heures et qui avance et dans lequel on se laisse aller. Le groove dans cet album, c’était la recherche en groupe et de se laisser aller dedans avant de poser la voix et d’autres instruments. Il y a des ruptures sur cet album, il s’arrête et il reprend différemment. La rupture et le silence font partie du groove. C’est quelque chose que j’adore. Pourquoi une basse et une batterie ensemble, ça groove de folie ? J’ai été bercé par Michael Jackson, et le groove pour moi c’est une équation : comment on place les choses et comment elles se répondent. J’écoute beaucoup de choses anglo-saxonnes, beaucoup de hip hop, j’ai beaucoup écouté Franck Ocean et j’adore comprendre comment il a trouvé son groove avec un minimum d’éléments. C’est vraiment un ensemble de choses : la vélocité d’un charley ou d’un kick de batterie peuvent tout changer. Sur cet album, j’ai plutôt des tempos lents mais dansants, et c’était un peu une contrainte que je me suis donné. J’avais envie de rechercher ce groove sur des tempos plus lents.


Duos

J’adore faire des duos car c’est se mettre dans la peau d’un autre. C’est se mettre au service de quelqu’un. C’est employer des mots qui vont bien aux partenaires. C’est essayer de faire un costume sur mesure pour quelqu’un, de penser à l’autre, d’être délicat. C’est le partage.


Isabelle Adjani

Au départ c’est un rêve inaccessible. « Pull Marine », « L’été meurtrier ». J’avais très envie de faire un titre avec elle depuis longtemps. Et puis un jour j’ai lu dans la presse qu’elle écoutait ma musique, et j’ai été très ému. Ce morceau qu’on partage, « Quelques mots », c’est celui qui m’a pris le plus de temps à écrire. Je ne voulais le faire qu’avec elle. Je voulais lui proposer avec un texte fini et que ça lui aille bien, que ce soit délicat comme elle. Très beau cadeau de la vie. L’enregistrement s’est fait en quelques prises, avec une vraie rencontre. On a pris le temps de parler dans le studio, de tout et de rien, des choses de la vie, très naturellement, et c’est un souvenir qui restera gravé.


Bonnes fées

C’est la vie. Je suis conscient de la chance que j’ai. C’est féminin. J’ai été élevé par des femmes qui pour moi sont des fées : ma mère, ma grand-mère, mes tantes. J’ai eu aussi des bonnes fées dans le métier. J’ai de la chance car j’ai un entourage super avec qui on travaille dans l’intégrité. Il y a des gens qui m’aident, qui me guident. Depuis que je suis dans ce métier de la musique, personne ne m’a posé problème. Je pense être en accord avec ce que je suis et ce que je fais, et je m’entoure de personnes superbes. Je pense provoquer de bonnes énergies, et la vie me le donne en retour.


Victoire

Je ne pourrais jamais la crier. J’ai été heureux de pouvoir participer aux victoires de la musique. Ça a mis de la lumière sur ce que je fais et merci pour ça. J’espère y retourner avec ce disque. Je pourrais peut être le dire un jour si j’ai une belle vie de famille.

"Troie" Album disponible. En tournée en 2022.

Interview et photos Nicolas Vidal

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