Les Inséparables Piou Piou, Braqueurs de Bonheur !
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Faire de la musique en couple a toujours été une activité que les artistes d’ici ont largement pratiqué. Soit dans une forme pop comme Elli et Jacno ou Niagara. Rock comme les Rita Mitsouko. Ou variété comme Stone et Charden. Les inséparables Piou Piou se rangent indéniablement du côté pop de la force avec un premier album très réussi qui chante une légèreté romantique bienvenue sur des chansons pop plus proches de Katerine et Mikado que de Peter et Sloane. Sans mièvrerie mais avec une certaine idée du second degré, les inséparables Piou Piou nous narrent leur rencontre et leur quotidien sous des fleurs multicolores et des nappes synthétiques. On pourrait être chez Demy ou les frères Farrely, on ne sait jamais vraiment. Rencontre avec Piou 1, alias Louis Piscine qu’on avait découvert en solo en 2017 avec un premier EP, et Piou 2, Solène Azoulay, vidéaste et réalisatrice de clips pour Clea Vincent ou Velours entre autres, devenue chanteuse pour l’occasion. Rencontre sur la rencontre des inséparables Piou Piou pour leur premier album « Braqueurs de bonheur ».
Votre premier album est votre premier projet en duo. Comment vous êtes-vous partagé les rôles ?
Louis : on a écrit cet album avec une envie forte de faire des chansons parce que on avait envie de parler de notre histoire d'amour. Et vu qu'on était en plein dedans, c'est-à-dire notre rencontre, le mariage, l'achat de notre maison… C’était essentiel pour nous de parler de ça maintenant. On ne pouvait pas le faire plus tard. On l'a écrit ensemble. Moi je produis et Solène fait les clips.
Vous aviez tous les deux une carrière en solo avant de faire ce disque, Louis dans la musique et Solène en tant que vidéaste. Vous avez eu envie de travailler ensemble dès que vous vous êtes rencontrés ?
Solène : Oui tout de suite. On s’est rencontré aux 3 baudets par l’entremise de Cléa Vincent. Louis cherchait quelqu'un pour réaliser des vidéos. Il avait une idée, c'était qu'on le filme 24 heures sur 24.
Louis: J’étais inspiré par « Michel Muller, le film ». Je trouvais ça très drôle et je voulais m'inspirer un peu de ça mais faire quelque chose un peu plus YouTube. Mais j'avais pas assez de sous pour payer Solène. Elle était très chère à l'époque !
Solène : C’est l’interview Clash ! Finalement, je t’ai filmé pas mal ! Mais du coup, on est tombé amoureux donc ça a donné tout de suite lieu à des envies de faire des trucs ensemble. Moi à l'époque j'étais sur un film et je cherchais quelqu'un pour faire la musique de mon film donc ça tombait plutôt bien. Il se trouve qu'on a très vite travaillé ensemble, donc finalement le film a pris une autre tournure, c'est-à-dire que Louis a co-écrit le film avec moi, on a cherché les plans ensemble, même si sur le le terrain c'est moi qui aie réalisé. On l'a produit tous les deux donc ça a été vraiment quelque chose à deux. Et ça a été notre première expérience de boulot ensemble. En fait la vérité c'est qu'on est tellement inséparables qu’on a continué.
On aime trop ça faire des choses ensemble.
Quels sont justement les avantages à travailler en couple mis à part le fait que ça vous permet de passer du temps ensemble ?
Solène : Moi je trouve ça plutôt chouette. Après c'est vrai qu'il n'y a pas de frontières donc on en parle tout le temps. C’est un truc à l'infini, il n'y a pas d'horaire de travail. Après on est très complémentaire avec Louis quand même. On n'a pas les mêmes qualités. On est un peu comme une petite société. Moi je suis au bureau, parfois au studio, puis on s'échange des trucs en AirDrop et puis en fait, tout va très très vite.
Louis : C’est un peu le le kiff d'avoir cette petite entreprise et de jouer avec tous les aléas, mais on joue à faire évoluer notre musique et grandir étapes par étapes, ce qui du coup rend le processus long. Mais c'est vraiment un kiff de faire ça ensemble. Même s'il y a bien évidemment des bas, des moments difficiles. C’est un métier on se prend beaucoup de refus, de choses un peu dans la gueule, mais c'est pas grave pour nous, ça nous atteint pas en fait parce qu'on est un petit peu indestructibles, et on est tellement solidaire et tellement « main dans la main ». On regarde dans la même direction.
Il y a dans l'histoire de la pop française, beaucoup de duos qui ont été des couples, de Stone et Charden à Elli et Jacno pour faire court. Vers quel couple vous tendriez ? Votre musique m’a beaucoup fait penser à un groupe des années 80 qui s'appelle Mikado.
Louis : Ben Mikado apparement, même si on ne les connait pas. Mais nous allons aller les découvrir. On ne s’est pas projeté dans un couple. Humainement, peut être les Rita Mitsouko qui avaient l’air d’être dans une forme de fusion, mais ce n’était pas conscient.
Solène : Notre plus grande influence artistique et humaine reste Philippe Katerine. Il y a aussi Gotainer.
Katerine, c’est vraiment l’artiste préféré des artistes. Quasiment tout le monde le cite dans ses influences. Qu’est ce qui vous plaît chez lui ?
Solène : J’ai eu la chance de pouvoir le filmer parce que j'avais réalisé un clip pour Velours qui était son bassiste à l'époque, et Philippe avait gentiment accepté de jouer dans le clip. Donc j'ai pu le voir comme ça, quelques heures, évoluer sur le plateau et humainement, c’est tout ce qu'on aime. Même la musique, c'est cette liberté totale, cette joie d'être encore un gosse. Il a cette joie pure d'être là et de faire des choses avec des gens. Cela m'inspire beaucoup. Après c'est plus que musical, c'est un univers total. Il est comme le Michel Gondry de la pop française, et Gondry est une grande influence pour moi aussi. Mais Katerine c'est plus une influence globale d'un artiste qu'une influence musicale pure et dure.
Le style de votre album tend vraiment vers la synthpop. Vous avez cité Gotainer, mais on pense aussi à Lio. Vous avez des chansons volontairement légères, même si on peut y sentir une forme de profondeur.
Solène : Louis a une facilité à trouver des mélodies « tubesques ». Il y a cette envie de plaire aux autres et d’être dans un côté très populaire. Il y a une vraie envie sincère de fédération et qui peut expliquer aussi ce côté très léger, très joyeux et très festif parce que ça fédère aussi.
Louis : C'est un rêve. Si tu fais un concert où tout le monde boit du champagne, c'est génial parce que tout le monde est joyeux, tout le monde est amour et on se croit à un mariage. En ce moment, c'est plus difficile, on va dire avec le contexte. Mais on a le droit de respirer, on a le droit aussi d'arrêter d'avoir peur, on a le droit de garder de la joie. C’est important. On n'a pas le droit de se laisser embarquer par tout ce qu'on nous annonce tous les jours.
Solène : Le bonheur, c'est un choix aussi. C’est ce qu'on voulait aussi dire avec cet album et c'est pour ça qu'on l'a appelé « braqueur de bonheur ». Il nous arrive des trucs nazes comme À tout le monde mais on décide quand même tous les jours de se dire que on va aller choper le positif. Il y a un truc vraiment actif dans le braquage, de dire « bah c'est pas grave, je vais le prendre ». De manière générale, souvent quand on se rappelle des souvenirs, le cerveau naturellement trie et garde les bons souvenirs.
Ce qui m’a plu dans votre disque au delà des chanson que j’aime beaucoup, c’est l’absence de cynisme que vous y mettez. Trop de légèreté pourrait avoir quelque chose de cynique qu’on ne ressent pas du tout.
Solène : On aurait pu, mais tout est très sincère.
Louis : On est plus sur de la béatitude, dans quelque chose de plus joyeux intérieurement aussi. Les chansons plaisent aux enfants, ça plaît aux parents. Et moi je suis heureux de savoir qu’il y a les enfants qui écoutent et qui chantent les titres. Ça ça me remplit de joie. C'est pas un album pour les enfants, mais c'est vrai que ça nous arrive souvent de faire des concerts sous une forme un peu intergénérationnelle, des goûters concerts ou des fêtes, en tout cas qui mélangent vraiment plusieurs générations et ça c'est un vrai kiff de voir que les gamins kiffent, que les grands-mères kiffent, que les parents kiffent, qu'ensemble on peut passer un moment.
Comme sur votre chanson « Burger de l'amour » où justement, plein de gens peuvent s'y reconnaître parce que maintenant tout le monde va au resto bouffer des burgers. Ça marche parce qu’effectivement c'est réel, mais ça passe aussi par le filtre de la pop et de la légèreté assumée. Est-ce que toi Louis, dans tes mélodies, c’est quelque chose que tu recherches ? C’est à dire d'avoir justement des vraies mélodies avec des suites d'accords qui sont pas forcément très évidentes, mais qui sont très faciles à retenir.
Louis : C'est vrai que je suis fasciné par la simplicité. Je ne suis pas quelqu'un qui analyse vraiment mon boulot mais disons que j'emmagasine depuis que je suis tout petit des choses, et c'est vrai que vu que j'ai fait le conservatoire, je faisais quand même des choses plutôt sympa et plutôt chiantes en même temps. Mais j'étais fan des grosses radios, RTL2, Europe 1, Europe 2. Et ces tubes bien faits, cette variété française bien produite avec ces mélodies dingue, j’adore. Si j’entends par hasard Gérald de Palmas par exemple, ça me transporte tout de suite. Je trouve que c'est pas évident de faire quelque chose de simple, ça demande à épurer tout le temps. En fait le cerveau, il va faire un premier jet, un premier bébé, il va essayer d'épurer au max, même si parfois ça peut aussi venir assez rapidement. Il n'y a pas de règles et il n'y a pas de loi. Ça peut se pondre en 10 minutes comme ça peut se pondre en quatre heures. Et je suis fasciné par la mélodie simple qui rentre dans la tête. J'aime bien me faire « prendre » par une bonne mélodie en fait. Je suis client d'en avoir une dans la tête. C’est pas maladif, mais c'est obsessionnel. C'est sûr.
Toute cette veine de chansons très populaires des années 70 80, 90, a été complètement éclipsée par le R'B ou le rap aujourd'hui, qui sont vraiment les nouvelles musiques populaires, et toute la variété un peu mélodique est devenue complètement indé. Il y a plein d’artistes on va dire de Cléa Vincent à Edouard Bielle qui font vraiment de la pure pop mélodique, mais un peu end essoufflâtes des radars populaires, avec une esthétique plus LoFi à laquelle je vous rattacherais.
Louis : C’est complètement le cas. On adore la variété, même si on peut la mélanger à du jazz ou à d’autres styles. Mais ça ne se ressent pas trop dans l'album. J’ai voulu faire des choses qui font chialer dans les accords non plus.
Solène : On très variété dans ce qu’on écoute. En ce moment on adore Miki. Pour nous par exemple, Styleto c’est de la bonne variété qui rentre dans la tête. C’est simple, ça se prend pas la tête, c’est agréable.
Louis : Et puis aussi, même dans l'indé, je suis un peu obsédé par l'artiste Lindstrom que j'adore. J’adore ses prods et j'adore ses drum machines, ses accords, ses ambiances justement un peu froides, mais en même temps il y a quelque chose de très séduisant. Ils sont forts les suédois pour ça.
Solène, comment arrives-tu dans les chansons ? Est-ce que tu imagines déjà les visuels que t’inspirent les musiques de Louis ? Tu es aussi chanteuse, comment t’intègres-tu dans le processus ?
Solène : C’est une bonne question. Il y a des images quand même qui arrivent assez tôt quand on évoque une chanson, quand on commence à écrire et tout. Sans tout de suite penser à un clip parce que tout n'est pas clippé. Le clip arrive vraiment bien plus tard, mais par exemple, là on va sortir un clip pour « marcher sur l'eau ». Et c'est une idée qu'on a eu tout de suite, très tôt, c'était de marcher sur l'eau avec des caddies et un peu la fin du monde et tout ça et donc voilà, c'est une image qui est restée presque trois ans dans ma tête avant de le faire. Et puis oui je chante, mais ça, ça ça a été un vrai challenge pour moi parce que je ne suis pas chanteuse ni musicienne à la base. Et donc par chance, j'ai un super prof.
Louis : J’ai été un peu dur avec toi au début j’avoue.
Solène : C’est vrai. Mais en même temps ça fait progresser donc c'est cool. Et puis voilà, petit à petit, je m'émancipe aussi quand même de Louis et j'arrive à avoir mon propre truc et mon propre jugement.
Louis : Moi j'ai ré-appris à chanter aussi avec Solène, parce que chanter tout seul et chanter tous les deux, c’est différent. Parfois, il faut que je me calme un peu parce que ma voix, elle a tendance à tendance à bouger pas mal, donc il faut que j'arrive à rester plus droit. Mais on a parcouru un beau chemin depuis 3/4 ans.
Sur votre album, vous avez invité un Cupidon de luxe. Comment s’est faite la rencontre avec Micky Green qui chante avec vous ?
Solène : On l'a rencontré par notre manager. C'est une copine de notre manager et ça a été un petit coup de foudre amical, assez fort. Puis on adore Micky, on adore comment elle chante, on adore ses titres et tout. Donc on était super flatté qu'elle accepte Puis tout s'est fait vraiment de manière très cool, on a enregistré sur une péniche, de manière très familiale avec le chien et c'était un super moment en vrai. On a déplacé la carte son, et puis on a bu des bonnes bouteilles de vin blanc. On est fier de porter ce titre avec elle.
Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter pour la sortie de cet album ? l'amour, c'est pas la peine, vous l'avez déjà !
Solène : On va souhaiter que la flèche aille le plus loin possible dans le cœur des gens.
Louis : C’est un bon mot de la fin !

Interview et photos Nicolas Vidal
Album « Braqueurs de bonheur » disponible

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