LE ROCK À BILLIE
- il y a 3 jours
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Le talent est-il héréditaire ? Est-ce qu’un environnement familial, culturel, économique donne t’il une certaine avance aux artistes issus de dynasties culturelles ? Le sujet est épineux et entre les récalcitrants allergiques aux privilèges et les les bénis oui oui qui ne voient pas où est le problème, il y a bien entendu un juste milieu à trouver sans faire le procès des artistes en herbe qui finalement essaient de se dépatouiller avec tout ça. Billie est l’un des nouveaux visages pop à suivre, et pas seulement parce qu’elle est issue d’une dynastie artistique à la française (la famille Chédid). Car oui, Billie a du talent et une présence scénique indéniable. Autrice de deux premiers EP sortis ces deux dernières années (A ce que les autres pensent de moi et j’avance, deux titres qui donnent le ton), elle a plutôt choisi la voie rock de Mathieu, son père, mais sans se cacher derrière un personnage. Au contraire, son naturel et sa personnalité solaire lui permettent de sortir du lot trop formaté de ce qu’on attend d’une jeune artiste. Son énergie communicative et des chansons en clair obscur nous ont donné envie d’en savoir un peu plus sur elle. Rencontre au lendemain de son concert aux Francofolies de La Rochelle, ou avant Piche, elle a conquis un public qui ne la connaissait pas et qui en redemandait. Actuellement en tournée, elle fera une halte par Paris, d’abord à Rock en Seine, puis à la Gaité Lyrique fin novembre.
Est-ce que tu es la nouvelle Madonna comme tu l’as déclaré sur scène lors de ton concert des Francofolies ?
Je me le souhaite. En tout cas je l’espère.
Mais par rapport à la musique que tu fais, est-ce que tu ne serais pas la nouvelle Beth Dito ?
En fait je suis moi. Je suis trop contente en fait. Il y a des concerts ou tu te sens trop star. Et hier soir, c’était le cas !
Souvent, quand les artistes débutent, ils ne sont pas toujours très à l’aise sur scène avec leur corps.
En fait, c’est aussi en fonction de ce que donne le public. Hier, je partageais l’affiche avec Piche, et il y avait quelque chose, un truc assez cohérent dans l’énergie de son public. Bien qu’on ne fasse pas la même musique, il y a un côté Queer Friendly, un peu alternatif dans nos projets. J’ai eu beaucoup de chance de tomber sur un public qui pouvait être potentiellement réceptif à ce que je fais. Il y a des concerts où je me lâche moins. Je suis encore très sensible au rapport avec le public, à ce qu’on me donne, et ce que je renvoie.
Il y a une énergie dans ta musique, dans le style rock que tu as choisi de faire pour l’instant, que l’on ne voyait plus trop. Toi, où Vera Daisies qui t’accompagne sur scène, est-ce que c’est le retour des filles à guitare ?
J’ai trop de chance qu’elle m’accompagne sur scène en tout cas. J’ai cette volonté d’avoir un truc d’explosion. Plus je vais avancer, plus je vais peut être réussir à modérer les moments. Je donne beaucoup d’un coup parfois et j’ai du mal à doser. Mais ça va venir avec l’expérience, avec mes nouveaux morceaux. Faire ces deux premiers EP dans cette énergie c’était super, et ça m’a permis de tester plein de choses. Même dans ma trajectoire psychologique. C’est comme si aujourd’hui, je m’étais trouvée. Ça a pris un peu de temps, mais j’ai l’impression que je suis sur le bon chemin artistique.
Qu’est ce qui t’attire dans le format rock ?
Je sais pas. Je n’y ai même pas réfléchi. Il n’y a pas eu un concept où on s’est posé la question. Je travaille avec la même équipe depuis le début , à savoir mon amoureux Zacharie Berdugo et Clément mon meilleur ami qui a un groupe qui s’appelle Kids Return, et ça s’est fait naturellement. Mais je découvre en ce moment le fait de travailler avec d’autres producteurs qui ne sont pas mes amis, et ça resserre l’entonnoir. J’arrive vraiment de plus en plus à me cibler, à trouver le son de ma voix. Mais ça demande du temps. Quand tu débutes, tu galères à trouver ta patte, et puis ça évolue tout le temps.
Dans les années 90/2000, il y a eu une émergence de groupes féminins et de chanteuses avec une personnalité forte qui faisaient du rock et qui essayaient de s’imposer dans un milieu qui était assez machiste. C’est un peu moins le cas aujourd’hui mais est-ce que cela fait toujours sens pour toi ? `
Carrément ! Quand je vois toute mes copines chanteuses, ou les artistes féminines que je respecte, je trouve que le mot Rock veut plus dire "Etre Libre". On a cette chance d’être dans une génération qui mélange tellement les univers, les styles, que c’est dur de définir les projets. Je pense que le rock aujourd’hui se définit par une forme de lâcher prise, un truc un peu énervé qui dit "je vous emmerde". Par exemple, je pense à Miki qui ne fait pas une musique rock, mais elle s’assume et ça, c'est rock pour moi.
Tu fais partie d’une dynastie artistique. Est-ce que tu as eu envie de te rebeller contre ça ? De trouver ta place en allant vers ce genre de musique ?
Honnêtement pas vraiment. J’ai beaucoup de chance car on est une famille hyper soudée. Mais on se laisse de la place. On me reproche souvent d’être trop secrète parce que je fais les trucs dans mon coin, je montre peu de choses avant que ce ne soit terminé. Mais j’ai une chance folle d’avoir ce patrimoine culturel. Avoir une famille qui connaisse ce milieu, ça engendre des choses évidemment positives vu la complexité de celui-ci. C’est déjà dur en ayant des gens autour de soi qui le connaissent, alors quand tu découvres tout ça seul, c’est dur. Il faut être sacrément solide.
C’est devenu un sujet de société en soi. Est-ce que cela pollue ta création artistique ? Est-ce que tu y penses ? Ce sont des questions légitimes par ailleurs.
En fait quand je me mets vraiment dans la création, je coupe tout. Après franchement, il y a des moments où c’est dur, mais on fait un métier génial, on va pas se plaindre en plus. Je me sens tellement chanceuse de faire ce métier, même si j’ai du mal à me dire que c’en est un. Je trouve ça trop beau de me dire que je peux accompagner des gens dans leur vie. Mais c’est vrai que comme dans tous les métiers il y a une part plus sombre, et il y en a une vraie dans le milieu de la musique et on en parle de plus en plus ce qui est très important. Ce métier, c’est une charge mentale constante. Tu ne coupes jamais vraiment parce que ton travail, c’est toi.
Plus largement, on voit bien que les violences sexuelles où même le sexisme ordinaire touchent les femmes de l’industrie. Est-ce que ce n’est pas le sujet le plus sensible, plutôt que la curiosité des médias ?
Oui, même si les mentalités commencent à changer. Sur la route, on est majoritairement des meufs et je suis majoritairement entourée de femmes sur mon projet et je vois l’évolution. Même si c’est toujours un peu là. Tu vas toujours avoir un ingé son qui va remettre en question tes idées, qui va insister plus qu’avec un mec. On connaît notre taf nous aussi, et on sait ce qu’on veut. Mais c’est un truc inconscient qui est là depuis tellement longtemps. Il faut parler deux fois plus fort, s’affirmer. Mais en vrai, notre génération de meufs qui évoluent dans ce milieu, de Miki à Marguerite en passant par Yoa, Vera Daisies ou Louison, on est beaucoup plus bienveillantes les unes avec les autres. On est ensemble quoi. Et c’est très important.
Tu reprends Kate Bush sur scène. Elle est l’exemple de la créatrice totale qui a consacré sa vie à son oeuvre, qui est devenue sa propre productrice et qui fait ce qu’elle veut, quand elle le veut. Est-ce que c’est une trajectoire qui t’inspire ?
Honnêtement, je ne crois pas. Bon je suis jeune, j'ai une carrière microscopique pour l’instant, mais j’aime bien la régularité, j’aime bien "faire", je n’ai pas envie d’attendre. Je suis plus dans l’idée d’étendre le plus possible et de vivre des choses avec les gens.
Qu’est ce qui t’inspire pour écrire des chansons ?
Je pars souvent de choses personnelles, de vécus dont je suis témoin. Mais c’est toujours par mes sensations. Pour l’instant en tout cas.
Qu’est ce que tu prépares pour la suite ? Un album ?
Pour l’instant je fais des chansons. Je teste des choses. J’ai envie d’avoir de nouvelles collaborations. Donc pour l’instant, ce sont plutôt des concerts. Ma première tournée, qui finira à la Gaité Lyrique le 27 novembre.
Tu as enregistré un duo avec Adrien Gallo, est-ce qu’il y a des artistes avec qui tu aimerais collaborer ?
Oui, il y en a plein. Pour l’instant, c’est un petit peu en suspens, mais il y a des choses qui vont arriver. J’adore ce principe. Adrien, c’est un super copain donc ça s’est fait de manière très simple. C’est bien de le faire naturellement aussi.

Interview et photos : Nicolas Vidal
Billie, en concert à la Gaité Lyrique à Paris le 27 Novembre

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