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LAURE BRIARD, SENTIMENT POP

  • il y a 1 jour
  • 8 min de lecture


En 2013, sortait sur le label Tricatel, le premier projet de Laure Briard qui s’intitulait Laure Briard chante la France. Titre paradoxal tant la suite de la carrière de la chanteuse a plutôt brillé ailleurs, au Brésil ou en Australie, mais est resté un secret un peu trop bien gardé de la France Pop. Pourtant, la toulousaine en est déjà à son cinquième album, et aucune fautes de goût dans son parcours et dans son mélange de pop sixties, de bossa dans la langue de Caetano Veloso, et de chanson rock. Son cinquième album, « Voyage Mental » qui sort chez Midnight Special Records, nous mène cette fois vers les rives plus folk de sa discographie, et vers une introspection pop légèrement plus mélancolique qui sied parfaitement à la voix plus affirmée de la chanteuse. Nous avons rencontré Laure Briard à plusieurs reprises, et nous sommes heureux de continuer la discussion avec cette chanteuse que nous affectionnons particulièrement chez faces Zine. Rencontre un lundi matin pas encore caniculaire, sous une ombrelle pop pour parler de sa carrière, de ce nouveau voyage mélodique et d’amitiés musicales…


« Voyage Mental » est déjà ton cinquième album. Cela commence à ressembler à une carrière 5 disques.

Oui c’est vrai. Je me disais qu’il allait arriver beaucoup plus tard en fait, après ma grossesse et tous les chamboulements… Mais finalement il est venu assez vite.


Tu mènes une carrière plutôt internationale, entre tes projets au Brésil et tes albums où tu chantes toujours en plusieurs langues qui t’ont ouvert à des tournées un peu partout dans le monde.

Oui, heureusement et malheureusement j’ai envie de dire. Je trouve ça toujours aussi fou d’avoir plus de promo et de concerts à l’étranger qu’en France. Mais pourquoi pas.


C’est probablement ton style musical qui induit ça non ?

Oui, je comprends, et c’est cool aussi. Mais c’est étonnant.


Sur cet album, pas de brésilien en revanche.

Non, quand je chante en portugais, c’est vraiment dans l’idée d’aller au Brésil, de travailler avec des musiciens là-bas. Je ne suis pas bilingue, c’est vraiment dans cette optique que je le fais.


Quelle était ton idée principale avec ce nouveau disque ? J’ai l’impression - mais peut être que je me trompe - que cet album condense toutes les idées que tu as réalisées avec tes précédents disques : un soupçon de pop sixties, une folk lumineuse…

Ah oui ? Ecoute non, ce n’était pas l’idée principale mais ça doit sûrement infuser si tu l’as ressenti. L’idée première, c’est que je voulais un album qui sonne moins arrangé, plus folk, avec des guitares plus acoustiques. Moi j’adore les gros arrangements, les trompettes, les cordes. Et là, j’avais envie de tenter quelque chose de plus épuré. Je me suis fait une playlist de chansons qui m’évoquaient ça. J’avais cette idée de Bongo et de Congas comme dans certains morceaux des Zombies. Et quand j’ai réuni les musiciens, je leur ai dit que je tendais à ça. Ils avaient tous les références, donc on a travaillé dans cette idée là.


Quand j’évoquais l’idée de « best of » de tes précédents disques, c’est qu’il reste quelques arrangements sixties, avec effectivement plus de folk, mais aussi des pianos qui rappellent ceux de ton précédent album, des chansons un peu à la Carole King.

Oui oui, de toute manière, c’est tellement une influence pour moi et pour les musiciens avec qui je travaille, que c’est là. Mais je voulais tester quelque chose d’un peu différent.


Il y a une forme de douceur dès le début de l’album avec ta voix qui parait plus droite, avec des notes plus tenues. Est-ce que c’est venu dans cette idée de changement et dans les compositions ? Ton timbre m’a semblé justement un petit peu différent.

Je chante dans différentes tonalités, je joue un peu plus avec ma voix, je chante de manière moins monocorde. Et puis je l’ai travaillé. J’ai pris des cours de chant, et c’est peut être efficace. Il y a une chanson comme « Miroir » dur le disque, qui est très aiguë et qu’on voulait garder comme ça. Hedi Bensallem, qui l’a composé, y tenait vraiment. C’était compliqué mais intéressant. La chanson « Rocking Chair » que j’ai faite avec Gaetan Nonchalant, est à contrario très basse.


C’est la première fois que tu travailles avec Gaetan Nonchalant. Vous avez fait 5 titres ensemble. Comment s’est faite la rencontre ?

On se connaissait un peu de loin, mais on s’est rencontré à un de mes concerts. Il est venu me voir plusieurs fois. On a également des amis en commun. On a discuté et j’aimais beaucoup ce qu’il dégageait, sa douceur, sa gentillesse. On avait des goûts en commun. Je fonctionne beaucoup au feeling, et je lui ai proposé un jour d’essayer des choses ensemble.


Qu’est ce qui te donne envie de collaborer avec quelqu’un? C’est avant tout l’aspect humain ?

Oui. Avec un peu de talent quand même. Mais c’est hyper important pour moi de sentir des affinités. On enregistre au studio Nocturne, qui est à la campagne. On y passe plusieurs jours tous ensemble, comme dans une colonie de vacances, et il faut s’entendre, qu’il y ait un feeling avec toute l’équipe et que je me sente en confiance. Je trouve ça hyper important. Je choisi des gens avec qui ça va le faire.


Au final, tu as presque un fonctionnement de groupe ?

Carrément. C’est moi qui porte le projet, mais c’est bien partagé quand même. Sur ce disque, avec ma grossesse et le post partum, ça a été parfois compliqué au niveau de l’énergie, de l’inspiration, et heureusement que j’ai été très aidée par les gens avec qui je travaille.


C’est vrai que de loin, vu que tu tournes à l’étranger, au Brésil, on pourrait avoir l’idée que tu pars en Van jouer partout, avec une forme de liberté artistique. Après avoir eu des enfants, est-ce que tu as eu du mal à adapter ta manière de faire de la musique ?

Oui bien sûr, c’est une manière de faire moins libre. Mais c’est toujours prévu. Ce sera fait différemment, mais je vais continuer. Cela ne m’a posé de problèmes de m’adapter à ça. C’est juste qu’il fallait ajuster des choses. Après, c’est vrai que j’ai beaucoup écrit pendant mes voyages. Là, c’était plus un travail d’introspection. Je ne travaillais que dans un lieu. Cela m’a un peu déstabilisée. Mais au final, ça a roulé car je travaille en équipe.


Dans la musique indé actuelle, la norme est depuis quelques années une forme de chanson électropop, par goût esthétique mais aussi parfois par manque de moyens. Toi, tu es full acoustique depuis toujours en fait.

Oui. Je ne conçois pas la musique autrement. Et c’est vrai que depuis le covid, organiser des tournées c’est super dur, d’où le fait qu’il y a beaucoup d’artistes seuls avec leur ordinateur et un clavier. C’est peut être plus rentable, mais je n’ai pas du tout envie de faire ça. Pour moi, partir en tournée, c’est vraiment partir à plusieurs, partager la scène. Et pour les enregistrements, c’est pareil. C’est trop bien de jouer live. C’est tout un travail qui colle avec l’esthétique de ce que je fais. Malheureusement, c’est vrai que l’économie de la musique ne va pas trop dans ce sens là. C’est assez frustrant.



D’un point de vue esthétique en revanche, tu as repris deux groupes synthpop sur différents projets : « Les nuits de la pleine lune » d’Elli et Jacno, et « Naufrage en hiver » de Mikado. Pourquoi ces choix ? J’imagine que même si tu ne fais pas ce style de musique, c’est une musique que tu peux aimer.

Oui, même si j’ai un peu de mal avec la musique des années 80. J’ai appris à découvrir et aimer certaines choses. Elli et Jacno, je trouve ça génial, et dans la chanson de Mikado, il y a quelque chose qui m’a touché, même dans les paroles. Je m’ouvre à ça depuis quelques temps. Et puis reprendre ces chansons me sortait un peu de mon esthétique à moi, et ça me plaisait.


Il y a quelques années, tu avais fait une chanson qui s’appelait « Marin Solitaire ». Est-ce que tu as l'impression d'être une chanteuse solitaire dans le paysage français ?

D’un côté oui. Mais d’un autre coté, non, parce que je vois mes ami.e.s musicien.ne.s qui ont beaucoup de talent, comme Halo Maud, Norma, Sarah Maison, et pour qui c’est compliqué aussi. Après oui, je me sens assez « solitaire » dans le fait d’être un peu puriste dans mon procédé d’enregistrement, dans le live, mais aussi dans mon style. Je ne suis pas la seule à faire ce genre de musique, mais c’est vrai que c’est ma manière de faire les choses. Je n’ai pas envie de me cantonner à un seul style. J’ai envie d’explorer. Après, c’est peut être moins identifiable, mais c’est ce que j’aime faire.


Finalement, la vraie question est de pouvoir émerger dans le flot de musiciens qui sont très très nombreux.

Oui tout à fait. Je n’ai pas la solution, mais j’ai parfois l’impression que c’est un milieu ou l’entre-soi règne. Il faut savoir se placer, se montrer. Ce n’est pas toujours facile à faire.


Il y a beaucoup de ballades sur l’album. Est-ce que le fait d’avoir eu des enfants t’a donné envie de calme et de leur chanter des berceuses ?

Non, ils sont plutôt comptines traditionnelles, en boucle !


Au niveau des textes, tu restes sur une forme poétique, mais tu ne parles pas immédiatement de toi comme le font beaucoup d’artistes. Est-ce que c’est une envie de garder une forme de mystère ?

Non, c’est juste ma manière de faire. Ce n’est absolument pas réfléchi.


Tu gardes toujours une forme de spontanéité ?

Jusqu’à présent oui, mais sur cet album, beaucoup moins justement. J’avais du temps pour faire les chansons, mais je n’avais pas la même disponibilité mentale.


Tu travailles depuis de nombreuses années avec le label Midnight Special Records. Est-ce que c’est important pour toi cette fidélité ?

Carrément. Cela rejoint ce que je disais tout à l’heure sur les musiciens. Midnight, c’est devenu ma famille. Ils m’offrent une liberté incroyable, et ça se passe super bien. Ils me suivent sur quasiment toutes mes idées. J’ai beaucoup de chance de les avoir rencontré, surtout aujourd’hui où sortir un disque est toujours un investissement qui n’est pas forcément rentable. Et on s’entend super bien.


Géographiquement et artistiquement, tu as été identifiée dans une scène toulousaine autour d’Aquaserge notamment. Est-ce que le fait d’avoir été à Paris pour cet album a changé quelque chose pour toi ?

Non, pas du tout. Effectivement sur mon premier disque il y avait Julien Gasc, Eddy Crampe, Benjamin Guibert qui l’avait mixé… Bref des toulousains. Mais c’étaientt avant tous mes amis. Au final, c’est toujours la même histoire.


Quel regard tu portes sur ton parcours ? Cela fait quoi, 15 ans que tu as commencé ?

10 ans depuis mon premier album. Mais j’avais effectivement sorti un premier EP chez Tricatel avant. Je pourrai dire que j’ai quitté un CDI et que je ne le regrette pas, même si la vie d’intermittent est parfois difficile car je suis d’un naturel anxieux, mais franchement, tout ce que je vis et que j’ai vécu, les tournées à l’étranger, c’est dingue. Je ne pensais pas que je vivrais tout ça à travers la musique. Je voulais être comédienne au départ. Donc c’est vrai que c’est assez fou !



Interview et photos : Nicolas Vidal

Album Voyage Mental disponible (Midnight Special Records)

 
 
 

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