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Fred Franchitti, Astonvilla al dente.

  • Photo du rédacteur: Faces Zine
    Faces Zine
  • 19 nov. 2025
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 déc. 2025



Nombre d’artistes aujourd’hui sont à la fois producteurs, musiciens, chargés de projet, directeurs artistiques de leurs propres carrières. Par nécessité économique bien entendu, parfois par choix, pour préserver une forme de liberté artistique. Mais quelques uns poussent le curseur un peu plus loin en créant une structure commerciale, un label. C’est le cas de Bertrand Burgalat avec Tricatel, de Marc Collin avec Kwaidan, et aujourd’hui de Fred Franchitti avec Delco Music. Son patronyme seul ne vous dira peut être rien, mais le nom de son groupe probablement. Fred a fondé Astonvilla avec Hocine Hallaf au milan des années 90, et le groupe a sorti son premier album éponyme en 1996. Suivront 6 albums jusqu’au dernier sorti, « Superpectives », une victoire de la musique en 2002, des tournées, des concerts, et une expérience de la production dés 2014 et leur album « Joy Machine ». Aujourd’hui de retour sur scène pour défendre « Superspectives », avec un passage par Paris à La Machine du Moulin Rouge le 13 décembre, nous nous sommes posés avec Fred pour parler de sa carrière et de ce nouveau chapitre qui s’ouvre, de transmission, de cuisine et bien entendu de musique…


Comment s’est faite la transition entre ton métier d’artiste, de chanteur d’Astonvilla et celui de directeur artistique et producteur ?

J’ai l’impression que c’est une continuité, une suite logique. Mais je ne l’avais pas imaginé. Quand ça m’est tombé dessus, ce n’était pas l’idée première. Je recherchais juste un soutien financier pour produire un album d’Astonvilla. Il y avait eu 10 ans de pause entre « Joy Machine » et « Superspectives, et j’avais le sentiment qu’on avait fait un très bel album, et j’avais envie qu’il sorte dans de bonnes conditions. Il se trouve que j’ai rencontré un mec génial, qui, après lui avoir demandé de produire l’album, est revenu sur sa décision et m’a dit qu’il avait plutôt envie de monter un label avec moi. Il voulait se lancer dans une aventure sur plusieurs années, en finançant un label que je je dirigerais. Donc être musicien, chanteur d’Astonvilla, et devenir directeur artistique, c’était presque une suite logique. Mais ce n’était pas une envie de ma part, au départ.


Ce n’est pas tout à fait la même chose de se mettre au service d’autres artistes et d’être le directeur artistique de son propre projet. Comment décides-tu de travailler avec un artiste plutôt qu’un autre?

C’est la rencontre, le feeling, la musique. Et bien sûr l’humain, l’émotion. C’est au gré des rencontres. Chez Delco, il n’y a pas vraiment de ligne éditoriale, mais finalement, cela en est une de ne pas en avoir.


Aston Villa est un groupe de rock. On aurait pu penser que Delco irait dans cette veine là…

Le groupe a servi de cobaye au label. Il nous a permis de travailler sur un projet que l’on connaissait bien, et avec lequel on a pu tester notre capacité à gérer un projet en dehors de la musique. Nos exigences artistiques, notre expertise, en plus des expériences de chaque personne qui travaille pour le label, nous a montré que c’était finalement possible de le faire. C’était schizophrénique, mais très formateur, et pas inintéressant comme exercice, car à ce moment-là, il y avait l’euphorie de faire un nouvel album, l’euphorie de la création d’un label et d’une nouvelle aventure qui t’emmène plus loin que le côté chanteur du groupe d’Astonvilla. Je m’imagine assez mal sur scène dans 15 ans, bien que je ne ressente plus ce sentiment de compétition ou ce genre de considération. Je ne sais pas si j’aurais encore le désir d’être chanteur. Je ne sais pas si j’aurais envie de porter des chansons qui existent depuis 30 ans. Mais je prends quand même du plaisir à être sur scène en ce moment.


Comment est née l’aventure d’Astonvilla ?

Le premier album est sorti en 1996. Mais avant de sortir ce premier album, on a mis 10 ans à le concocter. J’ai rencontré Hocine, mon binôme, au lycée. On  a fait de la musique ensemble, on s’est cherchés. Mais on était constant, et on a fait ça tous les jours. De 10 heures à 18h, sans déroger. On savait que ce serait un sport de haut niveau. Et qu’il fallait être discipliné sans avoir la garantie d’un résultat. Mais du coup, cela a payé. C’est aussi ce que j’ai envie de donner aux artistes avec qui je travaille. La transmission de son expérience, c’est très gratifiant. Dans les 10 dernières années où je n’ai pas fait de disque avec Aston Villa et avant de faire ce nouvel album, j’ai vécu d’autres aventures, notamment de l’accompagnement d’artistes émergeants dans le sud en région PACA, dans des dispositifs d’accompagnement de carrière. Je faisais aussi du coaching scénique, et j’adore ça. J’aimais participer à ça, et ne plus être dans la lumière.


Tu as vraiment cette chose en toi, liée à la transmission.

Oui. J’aime le partage. Ça doit être ma mission. C’est mon sacerdoce. Sans être péremptoire, j’éprouve beaucoup de plaisir à partager cela.


Aujourd’hui, la plupart des artistes savent ce qu’ils veulent faire. Il n’y a parfois qu’à polir un peu pour trouver la bonne manière d’y arriver.

Oui, exactement. Parfois, c’est juste arriver à leur faire gagner du temps. Quand on débute une carrière, on se concentre sur des choses qui finalement n’ont pas beaucoup d’importance. Elles sembles importantes, mais elles sont insignifiantes. Moi, j’aime bien transmettre ça aussi. Tout simplement parce que j’en ai fait l’expérience.


Tu parlais des 10 ans qui se sont écoulés entre les deux albums d’Aston Villa. Je crois que dans ce laps de temps, tu as fait complètement autre chose, de la cuisine je crois. Qu’est-ce qui a provoqué ce changement ? Est-ce que c’était un ras-le-bol de la musique, du business de la musique?

Oui. Après 20 ans, j’en ai eu marre d’enchaîner les tournées après les disques. Et puis, pour être honnête, cela marchait moins bien. On était devenu un vieux groupe. Mon manque d’envie commençait à se voir sur scène. Je n’étais pas bien, je faisais la gueule. Comme j’ai du mal à cacher mes émotions, je n’avais pas envie de les partager. En tout cas, celle-là. Quand tu as un public qui a réservé sa soirée, qui a fait des kilomètres pour venir te voir, qui paye, c’est un gros manque de respect de ne pas tout donner. Donc j’ai préféré arrêter. Moi, je n’ai pas de problème à m’effacer. Rester dans l’ombre.


La lumière, ce n’est pas ce que tu recherchais en devenant chanteur ?

Je l’avais trouvé, j’étais rassasié. J’avais été comblé, car Astonvilla avait quand même eu une belle carrière. 1300 concerts, six albums, une victoire de la musique, franchement il y a pire. J’avais aussi envie de vivre d’autres choses. De réaliser d’autres rêves. Ce qui est génial, c’est de rêver d’une chose, et de la réaliser.


La cuisine, c’est quelque chose qui t’avait aussi attiré ?

J’ai grandi dans une cuisine avec des femmes, ma grand-mère, des tantes, ma mère. Et c’est quelque chose que j’avais au fond de moi. C’est sûrement mon côté méditerranéen, rital, qui aime réunir des gens, et qui parle à ses aliments, qui parle aux pâtes, qui parle à ses légumes quand il cuisine. C’est très sérieux la cuisine. Et comme je ne fais pas les choses à moitié, et que je mets beaucoup d’amour dans ce que je fais, j’ai eu envie de mettre cet amour dans un plat de pâtes.


Tu as ouvert un restaurant ?

Oui, exactement. Je me suis formé d’abord, en tant que commis. J’ai recommencé au tout début. Et puis tu rencontres des gens. Au bout de trois ans, quelqu’un m’a proposé de devenir son associé pour ouvrir un restaurant. Et j’ai dit oui. Et 15 jours après avoir eu les clés du restaurant, le COVID est tombé. Mauvais timing. On a tenu un an et demi, et cela s’est arrêté. Mais comme les choses sont bien faites dans la vie, la musique est revenue à ce moment là.


Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de réécrire un album ?

Avant de penser à un album, j’ai pensé à des chansons. On a travaillé car je voulais voir si on pouvait toujours travailler ensemble et faire de bonnes chansons. Parce que faire des chansons pour faire des chansons, cela ne m’intéresse pas. J’avais envie d’être surpris, de me surprendre moi-même. Et dès le début, on a senti qu’on était en train de faire quelque chose de différent, avec la même signature vocale, textuelle, mais différemment. On travaille ensemble depuis 20 ans, Greg à la batterie, Tony à la guitare. Et Aurelien qui nous accompagne à la basse depuis l’avant-dernier album.


Est-ce que tu as compris pourquoi les derniers albums d’Astonvilla avaient moins bien marché que les précédents ?

Ça n’a pas marché parce qu’il n’y avait pas de moyens. On était en indépendant total. On avait trouvé quelques sous pour le faire. Mais il n’y a pas eu de visibilité. Les prescripteurs de musique avaient changé, et ceux qui avaient soutenu Astonvilla ne l’ont pas fait. Ni eux, ni le public ne s’y sont reconnus. J’avais changé également beaucoup de choses. J’avais décidé de mettre la voix plus en avant. Je n’avais plus envie de guitares en avant, j’avais envie de mettre la basse et la voix en avant. Et ça n’a pas plu. Les chansons étaient aussi peut-être un peu moins bonnes. Je veux bien le reconnaître. Mais ce sont des choses qui nous sautent aux oreilles à posteriori. Sur le moment, on était tout excités de faire ces changements.


Est-ce que tu ressens la même excitation artistique en tant que producteur des autres désormais, qui a moins la main sur la production artistique des autres ?

C’est vrai que quand tu commences à faire de la musique à 14 ans, tu le fais pour rencontrer les autres, qu’ils viennent à toi. En tant que producteur, cela reste de l’ordre de la rencontre, mais artistique. Ce qui m’excite, c’est de rencontrer un univers, c’est de rencontrer des personnages, des personnalités, des caractères.


Il y a beaucoup d’artistes qui sont devenus producteurs, directeurs de labels. Je pense à toi, à Marc Colin, à Bertrand Burgalat. Qu’est-ce que vous avez de plus en tant que patrons de label ?

Je pense que personne n’a voulu de nous à un moment, de nos projets, et que cela a plutôt été une nécessité. Il a fallu se débrouiller tout seul. Je pense que nous avons en commun une forme de détermination, une envie, qui est très forte. C’est une aventure humaine. En ce qui me concerne, c’est l’amour de la musique et des artistes.


Aujourd’hui, il y a un facteur qui est très important pour les artistes, c’est l’image. Est-ce que tu serais prêt à incarner ton label, en devenir l’image première ?

Oui, complètement. Je n’y ai pas vraiment réfléchi. Mais la question commence à se poser au sein de l’équipe. Il faut juste réfléchir à comment le faire. Aujourd’hui, le label est structuré, il est prêt à accueillir de plus grands artistes. S’il faut que je montre ma tête pour le représenter, être dans des commissions, je le ferai avec joie. Cela participe à mettre en lumière les artistes du label. Mais aussi continuer à faire des collaborations extérieures. Il y a plein d’artistes avec qui j’aimerais travailler. J’aimerais bien faire un duo avec Loane Coste. J’aimerais travailler avec Lescop que j’aime beaucoup. Il y a plein d’artistes que j’ai envie de rencontrer aujourd’hui. Le label est un outil qui me permet ça aujourd’hui. Peut-être que cela me décomplexe. J’ai longtemps eu ce complexe d’être dans un carcan rock, chanteur d’Astonvilla. J’ai toujours eu une forme de pudeur, de timidité à aller vers des univers différents. On peut s’enfermer soi-même dans une image parfois. Il faut arriver à atteindre une forme de liberté, dans nos principes à la con, et de savoir quoi en faire. Et rendre la vie la plus belle possible.



Interview et photos Nicolas Vidal.


Superspectives, album disponible.

En tournée en France et en concert à Paris, à La Machine du Moulin Rouge le 13 Décembre.

 
 
 

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