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François Remigi, la fin d'un secret pop


Il est des secrets pop trop bien gardés. Parce que les médias sont parfois moins curieux. Parce que les artistes n’ont pas les bons attachés de presse. Parce qu’ils font leur musique dans leur coin. Parce qu’ils doutent parfois de leur talent. Chez Faces, nous recevons tous les jours des bouteilles à la mer lancées sur le web par des artistes sans label, sans entourage, qui débutent ou qui ont choisi l’indépendance comme mode de vie.


Nous prenons parfois le temps d’en écouter, pas assez bien entendu. Et bien nous a pris de cliquer sur un mail envoyé par François Remigi il y a de cela quelques années. Coup de cœur immédiat pour une mélodie, « Au milieu », qui démarre en piano voix intense pour finir dans les étoiles, avec une voix de tête peu entendue depuis les années 70.

« J’adore et j’adule Michel Polnareff, sa voix haut perchée, ses arrangements ouverts à tout. Ce qui me touche chez lui, c’est son obstination. Il a déclaré un jour qu’on passait sa vie à arranger deux chanson, l’une triste et l’autre joyeuse. J’aime assez cette idée là. »


Emballés que nous fumes mais pressés par le temps comme toujours (et une pandémie mondiale reculant les rencontres inter-villes), nous n’avons pas donné de suite une suite à ce coup de cœur. Sauf qu’un EP est arrivé quelques mois plus tard, et là, rebelote, palpitations, envie de pleurer sur les arpèges de cordes synthétiques et les pianos mélancoliques, les atmosphères cinématographiques et très lyriques des chansons de François. « J’aime les choses très théâtrales, premier degré, ampoulées. C’est ce que j’aime chez Juliette Armanet. C’est ça qui me touche. On est à une époque ou le second degré et les choses un peu drôles sont légions. Moi j’aime le lyrisme. »


Juliette Armanet, nouvelle reine du revival variété chic de la pop française avec qui François a collaboré quelquefois sur scène, et avec qui il partage un goût certain pour la mélodie catchy, accrocheuse et les chansons à plus de deux accords : « J’ai juste joué sur quelques dates avec Juliette, en remplacement de son clavier qui allait avoir un enfant. Je l’ai rencontré quand je jouais avec Barbagallo au Chantier des Francos. On s’est bien entendu, on a sympathisé, et on s’était dit qu’on aimerait bien jouer ensemble. Et quand l’occasion s’est présentée, on l’a fait. »


Parce que François Remigi, c’est aussi un bon camarade, éminent membre de la scène toulousaine qui a vu éclore depuis quelques années nombre d’artistes pop à l’avant garde de la musique française : Aquaserge, Barbagallo, François Club ou Laure Briard pour qui François Remigi a d’ailleurs composé le mini tube « Sur la piste de danse », chef d’œuvre de mélancolie pop. « Avec tous ces gens là, on a des goûts en commun, et on travaille ensemble. »


Mais ce qui le différencie de la scène pop indie, c’est ce goût immodéré de la mélodie, au premier degré, sur laquelle on peut finalement tout remettre en question : « Mes influences sont clairement dans la variété française, Polnareff, Alain Chamfort. Je travaille toujours sur les mélodies en premier, et après je m’amuse à arranger les chansons. Ce qui me plaît dans les synthétiseurs, c’est que je me fais toujours surprendre par les sons. Je n’utilise que des vieilles machines analogiques, du coup le son se réinvente tout le temps. Ça me permet de travailler une matière sonore. ».


Une matière sonore que François Remigi met également au service des images, bien que ses chansons aient déjà en germe une atmosphère visuelle plus que présente. « J’ai la chance de travailler avec Catherine Aïra qui me laisse faire absolument ce que je veux sur les films. Elle aime ce que je fais et me fait confiance. Les BO, c’est ma passion. J’essaie d’ailleurs de mettre dans mes chansons des arrangements très cinématographiques. Ma grosse influence, comme tout le monde en France, c’est bien sûr François De Roubaix. Mais j’aime aussi Vladimir Cosma que je trouve fabuleux. ». Parce qu’on peut trouver effectivement que « Destinée » chantée par Guy Marchand est une excellente chanson, même si son usage en a été détournée par la comédie. « Le secret c’est vraiment d’être sincère. C’est ce qui est interessant. On peut chanter des chansons d’amour premier degré. ». Quand le tout est emballé dans des arrangements d’une précision folle avec une voix ample et originale, cela ne peut que toucher le cœur des fans de pop, au sens premier du terme.


Sans flagornerie aucune, mais avec un immense respect pour son travail, nous avons été incroyablement touchés par les chansons de François Remigi, par ses mélodies limpides, ses textes romantiques à la limite du gothique, et par sa personnalité attachante. Si tant est que Faces Zine ait une mission, ce serait de vous donner envie d’aller découvrir ces artistes majestueux qui méritent souvent plus que l‘underground qu’ils n’ont souvent pas choisis. Allez écouter « La Juditha », « Au milieu », « Fuir », et on en reparle.

"Au milieu" EP disponible. Lien Bandcamp

Interview et photos Nicolas Vidal

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