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FELIX ANTONIO AND THE SEA

il y a 5 heures
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Rencontré aux Francofolies de La Rochelle, où il était sélectionné dans le Chantier des Francos, Felix Antonio a fait le chemin inverse de la plupart de ses contemporains : de la dream pop anglophone héritée de son père aux balades folk chantées guitare-voix, il a renoncé aux machines pour retrouver, sur scène, la fragilité d'un simple souffle. À la veille de son deuxième EP qui vient de sortir, « Felix Antonio and the sea », et d'un premier album annoncé pour 2027, le chanteur normand raconte comment il a appris à assumer la douceur de sa voix et à en faire une philosophie.


Il y a quelques semaines, sur une petite scène acoustique, Felix Antonio a vécu ce qu'il appelle lui-même un déclic. Plus de séquences, plus de backing track calé au tempo près : juste sa guitare et sa voix, livrées sans filet. « J'étais à poil », résume-t-il, encore surpris par l'intensité du souvenir. Ce soir-là, il a compris quelque chose qu'il pressentait depuis longtemps sans oser se l'avouer tout à fait : que sa musique n'avait besoin de rien d'autre que d'elle-même pour exister.

Depuis, il a décidé de « tout bazarder ». Fini les arrangements millimétrés, les transitions travaillées au cordeau entre les morceaux : place à une folk épurée, presque austère, où chaque chanson doit pouvoir tenir debout au piano-voix ou à la guitare-voix, sans artifice. « Je préfère avoir une chanson qui sonne avec pas grand-chose, confie-t-il. Il faut vraiment que ça soit déjà très beau. » Un choix qu'il ne réduit pas à une simple option esthétique, mais qu'il érige presque en manifeste : « Je pense qu'en fait, choisir de faire de la folk aujourd'hui, c'est presque pour dire qu'on "refuse" la course au progrès technologique. » Il cite volontiers des artistes anglo-saxons comme James Peña ou Tom Rosenthal, ces musiciens qui montent sur scène sans autre bagage que leur instrument, quitte à ce que le résultat soit « pas aussi parfait techniquement qu'en studio ». Pour Felix Antonio, cette imperfection assumée n'est pas un défaut à corriger mais la preuve d'une sincérité qu'aucune production léchée ne saurait égaler.

Cette exigence de dépouillement s'accompagne d'un projet très concret : la sortie de son deuxième EP, « Felix Antonio and the sea », le premier conçu avec son label In Fine. En parallèle, il avance sur son premier album — « deux tiers fini », précise-t-il — dont la sortie est visée pour 2027. Un calendrier chargé, mais qui n'empêche pas l'artiste de continuer, en filigrane, à interroger ce qu'il a envie de raconter : « Un storytelling, trouver vraiment ce que j'ai envie de raconter profondément, même une philosophie, en fait. »


Rien, pourtant, ne prédestinait Felix Antonio à cette épure. Tout commence par un groupe, Silk Skin Lovers, fondé avec un ami anglais rencontré lors d'un échange scolaire entre Caen et Londres. Les deux adolescents se découvrent les mêmes influences. The Cure, The Smiths, tout un pan de la new wave anglaise que Felix tient de son père. Ils bâtissent ensemble une esthétique dream pop et indie pop, très marquée, très anglophone. L'écriture, alors, procède par collages : « J'étais beaucoup plus dans la poésie abstraite, on va dire. Un peu comme de l'impressionnisme, avec des mots qui sont juste beaux et qui créent des images un peu bizarres, un peu oniriques. »


Mais au fil du temps, quelque chose se dérobe. « J'ai ressenti le besoin d'exprimer autre chose, quelque chose de plus personnel, plus intime », explique-t-il. En 2023, il franchit le pas et sort son premier single en solo, puis un EP au titre programmatique, Simpler Times  où « revenir à des temps plus simples, revenir à une sincérité que j'avais un peu perdue ». Débarqué à Paris sans réseau ni contact - « je viens de Normandie, je ne connaissais absolument personne » - il organise une release party comme on lance une bouteille à la mer, multipliant les mails à des labels et des tourneurs. Une seule réponse arrive, mais c'est la bonne : celle du label In Fine, séduit par ce qu'il entend. Cinq mois de discussions plus tard, le contrat est signé, suivi d'une année entière consacrée à l'écriture : vingt-cinq chansons couchées sur le papier, un rythme que l'artiste n'avait « jamais » connu jusque-là.


Si le style a changé, quelque chose, dit-il, demeure : « Je pense que la douceur, elle, reste, quoi qu'il arrive. Une forme de mélancolie aussi, ça c'est indéniable. » Ce qui a en revanche radicalement évolué, c'est la méthode. Fini le temps où la musique précédait les mots ; Felix Antonio écrit désormais une chanson dans son intégralité avant de l'enregistrer, dans une logique revendiquée de songwriter, où le texte débarrassé des « fioritures », va « droit à l'essentiel ».


Au centre de cette démarche, la voix, qu'il a longtemps eu du mal à assumer pleinement. « Moi, j'ai toujours un peu manqué de confiance en moi et en ma voix, ma capacité de chanter, ma légitimité en tant que chanteur », reconnaît-il, avant d'ajouter, non sans ironie, que des ingénieurs du son lui ont répété qu'il ne chantait « pas assez fort ». Il trouve dans le chanteur Sufjan Stevens un modèle d'émancipation : « C'est quelqu'un qui a vraiment su assumer la douceur de sa voix, et je trouve ça très fort. » Une semaine de résidence artistique au Chantier des Francos et un travail vocal mené avec la coach Carole Masseport achèvent de le convaincre : routines avant de monter sur scène, exploration des résonances dans le corps, apprentissage de l'écoute de soi. « Elle m'a beaucoup apporté », glisse-t-il avec une gratitude visible.


Mais l'obsession la plus intime de Felix Antonio tient peut-être ailleurs, dans le refus du contrôle absolu. « J'aime bien quand je ne contrôle pas tout exactement », dit-il, évoquant ces vibratos inattendus, ces petits « accidents » vocaux qui surgissent sur scène et qu'il choisit désormais de chérir plutôt que de corriger. « C'est souvent que ça vient d'une émotion, et ça ancre par la suite. » L'imperfection, chez lui, n'est pas subie. Elle est recherchée comme la trace d'un vivant que la technique ne saurait simuler.


Reste une dernière frontière, celle des langues, que Felix Antonio explore avec la curiosité d'un collectionneur. S'il chante en anglais, c'est « une question d'esthétique » plutôt que de pudeur, assure-t-il : « J'aime comment l'anglais sonne. » Il n'en scrute pas moins avec attention la scène folk francophone, citant Pomme ou November Ultra, dont il admire la liberté de circuler entre les langues « sans se fixer de limites ». Et il rêve désormais d'un ailleurs plus intime encore : le portugais, langue de sa famille et du fado, cette musique dont il dit, avec un sourire dans la voix, qu'« on ne peut pas faire plus mélancolique »« J'aimerais beaucoup faire un hommage à mes racines en portugais », confie-t-il, avant d'avouer avoir déjà tenté, récemment, sa première chanson en français, avec un accueil qui l'a « pas mal motivé à explorer un peu plus la langue ».


De cette multiplicité de langues et d'influences, de ce va-et-vient entre pudeur et mise à nu, Felix Antonio semble tirer une conviction simple, presque désarmante : que la beauté n'a pas besoin d'artifice pour se faire entendre. « Si tu arrives à capter les gens avec juste ta voix, dit-il, ça veut dire que c'est bon, c'est réussi. » Le reste, la production, les arrangements, les langues qu'il n'a pas encore essayées ne sont jamais qu'un supplément d'âme. Car pour lui, une certitude demeure, presque une ligne de conduite : « Le reste peut venir par-dessus, mais cela ne doit jamais remplacer l'émotion. »



Interview et Photos : Nicolas Vidal

 
 
 

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