BLOWSOM, LES PASSANTES, ET LA POP !
- Faces Zine

- 5 déc. 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 6 déc. 2025

On peut être un chanteur à pipe et moustache et avoir chanté « Les Passantes » en 1972, en faire un monument de la chanson française repris par Iggy Pop et Benjamin Biolay, mais on peut aussi être un chanteur de 2025, être inspiré par d’autres passantes, et en faire un autre classique, plus pop, plus dans l’air du temps. Mais on sait pas encore ce que deviendront « Les passantes » de Blowsom dans 40 ans. En tout cas, nous, en 2025, on est déjà accros aux popsongs de Blowsom et de sa nonchalance romantique. Après un premier album sorti l’an dernier, ce nouvel EP reprend le fil de ses lettres/chansons souvent adressées à la gente féminine, mais avec suffisamment de nappes synthétiques pour plaire aux fans d’un nouveau genre de rock. A l’instar d’un Arthur Fu Bandini ou d’un Martin Luminet, Blowsom fait partie d’une nouvelle génération de songwriters sensibles à l’air du monde autant qu’aux sursauts de leur coeur de rocker. Rencontre avec le chanteur pour parler de son parcours, de production et de French Touch.
Tu sors un nouvel EP, « Les Passantes », après un premier album sorti l’année dernière, « OK Romance » dans lequel tu chantais en anglais. Pourquoi ce changement ?
Oui, c’est mon premier projet entièrement en français. C’est une nouvelle étape très excitante. A la fin de l’année dernière, quand je me suis mis à réécrire des chansons dans mon studio, j’ai eu comme une espèce de lassitude de l’anglais, de faire un peu toujours les mêmes choses. Et à ce moment-là, les mots en français sortaient plus facilement sur mes mélodies. J’avais déjà écrit en français, mais c’était plus dilué, et moins une habitude. Vu que c’était spontané, je me suis concentré sur ce qui arrivait et c’était en français. J’ai terminé plusieurs morceaux, j’en ai sorti un, et j’ai attendu de voir si cela me plaisait de les jouer en concert. Et ce qui me plaisait le plus, c’était les morceaux en français.
Pourquoi étais-tu parti sur des chanson en anglais au départ ? A cause de tes influences, de ce que tu écoutais ?
Oui complètement. J’ai grandi avec des parents qui écoutaient surtout de la musique anglophone, tous les groupes des années 60 aux années 90. Je suis aussi parti en Angleterre étudier la musique assez jeune, donc j’ai eu envie d’aller à la découverte de ce pays là qui a une culture musicale hyper riche et importante. Donc c’était très naturel pour moi. Ça a duré assez longtemps mais je crois que j’en ai vu un peu les limites. J’ai entendu tellement de projets anglophones aboutis, très forts en terme de paroles, que je me suis demandé si j’étais légitime à continuer à écrire en anglais. Même si je le parle très bien, je ne maîtrise pas toutes les subtilités. Mais je n’exclue pas d’y revenir.
Ce qu’il y a de commun entre ton premier album et ces nouvelles chansons, c’est que tu as gardé le côté journal intime, réel ou fantasmé. Est-ce que c’est une forme à laquelle tu as pensé en écrivant tes chansons, en anglais ou en français ?
Complètement. Mon premier album s’appelait « Ok Romance » et il parlait d’une histoire d’amour, d’une fille qui s’appelle Nancy et qui un personnage fictif et que l’on retrouve au fil de l’album. Je parle de choses personnelles mais aussi inventées, de ce qu’on me racontait. En français, je trouve ça plus intimidant d’en parler car il y a une forme de pudeur très présente. Cela me demande une ouverture plus grande.
Musicalement, tu fais de la musique pop mais avec une partie légèrement urbaine dans ton flow. Est-ce que le Hip Hop a pu être une influence pour toi ?
De base, je n’ai pas tellement cette culture. J’étais dans le rock et très fermé d’esprit, ce qui est souvent lié à la jeunesse. La musique française, de manière générale, je trouvais ça assez ringard car je connaissais peu de choses. J’ai pris des claques avec elle plus tard, et certaines en rap. Aujourd’hui cela m’influence énormément et j’en écoute un peu plus. Le Rap change aussi. De nombreux rappeurs se mettent à chanter et à faire de bonnes mélodies et c’est d’autant plus proche de ce avec quoi j’ai grandi. J’adore ça.
Cela fait quelques années que le rock a moins d’influence dans la musique, mais en même temps il reste un côté rock dans ta musique, comme si les synthés avaient un peu remplacé les guitares, un peu comme chez Sam Sauvage. Est-ce que c’est une nouvelle manière de faire du rock sans guitare ?
Il y a de nouveaux groupes qui émergent aux USA et en Angleterre comme Wet Leg que j’adore, mais c’est vrai qu’en France, un petit peu moins. Le rock français n’est pas mis en valeur en ce moment. Mais je crois que les gens aiment toujours le rock et vont continuer à aller piocher dans ce mouvement. Moi, j’ai vraiment grandi avec la guitare et ces inspirations là. C’est vrai qu’il y a aussi beaucoup de synthés dans ma musique mais je continue à m’abreuver à la source du rock.
Je pensais à un artiste comme The Dare qui a une image et un esprit très rock alors que sa musique est très synthétique.
J’adore ce qu’il fait. C’est vrai que c’est un personnage très rock, dans sa manière de chanter, son attitude, sa silhouette Saint Laurent. C’est un artiste que j’aime beaucoup mais c’est vrai qu’il n’y a pas de guitare dans sa musique. C’est plutôt la mythologie du rock à laquelle il fait appel.

Je crois que le groupe Phoenix est une référence pour toi.
C’est l’un de mes groupes préférés. En plus ils sont français, on se sent proches d’eux. C’est l’un des groupes phares de la French Touch qui a réussi à s’exporter, donc ça fait un peu rêver. J’habite pas très loin du studio Motorbass où ils ont enregistré. J’ai eu l’occasion d’y rentrer et c’est vrai que c’est un lieu mythique pour moi. Philippe Zdar est aussi une référence. Ce sont des gens qui m’ont beaucoup influencé.
Quels sont les autres artistes qui t’influencent ?
Je cite souvent Kevin Parker de Tame Impala par son côté seul à tout faire dans son Home Studio. C’est un processus qui me ressemble aussi. J’aime être seul avec mes instruments et passer de l’un à l’autre pour créer de la musique. J’aime cette bulle. Lui, c’est face à la mer en Australie, donc c’est encore autre chose. Le fait de s’isoler et d’aller au bout de ce qu’on a en tête, ça me parle.
Est-ce que tu te considères autant producteur que musicien ? Beaucoup de musiciens sont producteurs aujourd’hui, d’abord par souci financier, mais aussi pour garder justement la main sur tous les aspects créatifs de leur musique.
Dans les faits, je suis producteur. Mais je n’ai pas de notions techniques. J’ai appris seul en le faisant. Je ne me suis pas formé pour ça. Il y des choses techniques que je ne connais pas, mais ce que j’aime dans la production, c’est qu’on a la main sur tout. On choisit tout ce que les gens auront dans les oreilles. Je me sens producteur, en toute humilité. Ce qui me fascine le plus, c’est d’écrire des chansons, la composition. Mais la production va avec. J’ai de réflexes de producteur quand je fais un titre. Je peux passer beaucoup de temps sur des sons de batterie, et ça me plait. Je commence aussi à le faire pour d’autres artistes. Mais plutôt pour des copains, ou pour des artistes avec qui j’ai accroché. Je peux avoir un côté égoïste. Quand j’ai écrit quelque chose qui me plaît, j’ai envie de le garder pour mon projet. C’est un réflexe qui n’est pas très bon en tant que producteur car il faut vraiment se mettre au service d’un autre artiste. Je soigne mon égo à ce niveau là. J’y arrive de plus en plus. Quand on écoute les autres, on découvre également d’autres manières de faire. C’est important de se remettre en question, surtout pour quelqu’un comme moi qui travaille très seul dans son coin. C’est très formateur. Mais ce n’est pas encore ma priorité. J’ai envie de me concentrer sur mes chansons.
Tu as sorti plusieurs singles ces derniers mois…
Oui l’EP va être une sorte de compilation de tous ces morceaux-là qui au final sont très cohérents, avec un titre inédit. C’est presque un mini album car il contient quand même 7 titres. Je pense que j’enchainerai avec un album l’année prochaine, en fin d’année je pense. Mais j’adore l’exercice du single et je pense que je vais continuer à en sortir régulièrement. Je trouve que ça permet de créer un focus sur une chanson, avec de l’image, ce qui me plaît bien. Ça permet de mettre en lumière un morceau. Même si j’aime bien l’idée du concept sur un format plus long. Et puis je me teste encore avec le français, donc on verra un peu plus tard avec le storytelling de tout un album.

Interview et photos : Nicolas Vidal
BLOWSOM, EP « Les passantes », sortie le 5 décembre (Panenka / 1901 Records)



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