AUDE JUNCKER : INFAILLIBLE MELANCOLIE
- Faces Zine

- 6 sept. 2025
- 5 min de lecture

Qu’est ce qu’une belle voix ? Comment la définir ? Sur quels critères ? La croyance populaire voudrait qu’une voix puissante qui monte dans les octaves soit le mètre étalon de la performance valable et validée. Mais une autre voix plus singulière est généralement admise dans la pop française : suave, sucrée, charmeuse, lolitesque… Birkin, Paradis, Adjani ou Charlotte, ont eu via Gainsbourg les honneurs d’une soi disant faiblesse faite force, et ont permis à nombre de chanteuses pop françaises de trouver leur singularité sans hausser le ton. Entre cris et chuchotements, Aude Juncker continue de paver la route pop de ses chansons fébriles et mélancoliques et de son timbre unique, délicat et doux. Après un premier EP en 2015, Aude Juncker revient 10 ans après, la voix intacte, avec un recueil de 5 chansons concoctées avec Marcelo Giuliani, et prouve une fois de plus que « L’infaillible » sens d’une mélodie et d’un texte aura toujours plus de force qu’un hurlement stérile. Rencontre avec Aude à la terrasse d’un café parisien pour parler de ses chansons, de minimalisme et du temps qui passe, sans transition et sans début…
Tes chansons sont assez épurées..
C’est vrai. Dans mes chansons, j’aime bien entendre chaque chose, que rien ne soit caché. Mais c’est la même chose chez moi : j’aime bien savoir ou est chaque chose. Donc j’aime bien quand il n’y a rien.
Comment s’est déroulé la composition de cet EP ? Tu as travaillé avec Marcelo Giuliani qui a travaillé notamment avec Etienne Daho et Lou Doillon.
J’ai composé les chansons de l’EP et Marcelo a travaillé sur mes titres, sur les arrangements et la réalisation.
Comment as-tu créé cet EP ? Il s’est écoulé 10 ans depuis la sortie de ton précédent projet.
Oui, et cela fait 10 ans que je travaille sur celui-ci. J’ai mis du temps à me rendre compte de ce que je savais pas faire. Après le premier EP, j’ ai essayé de faire des arrangements toute seule et je n’ai pas réussi à faire des choix. Je n’ai pas ce talent et j’ai mis du temps à m’en rendre compte. Cela prend du temps de tester ses limites et je me suis rendu compte que j’avais besoin d’aide pour la composition est les arrangements, pour les améliorer. Une fois que tu le sais, tu es plus tranquille. Moi je n’ai jamais rien en tête quand j’écris ou que je compose. J’ai une vague idée de ce que je veux dire, mais je n’ai pas de directions. Certains artistes ont des plans en tête, moi pas. Quand ce n’est pas ta façon de faire, il vaut mieux être cadré sinon tu te perds.
Quelles-sont les différences que tu as remarqué entre tes deux projets ? Comment ta manière de faire des chansons a-t-elle évolué ?
Il y a plus de mélodies. Le premier EP était très épuré avec des vrais instruments. C’est quelque chose à quoi je teins les vrais instruments. Je trouve que ça se sent et que ça s’entend tout de suite. J’aime le grain que cela provoque. Ce n’est pas n jugement sur les autres artistes car j’écoute vraiment de tout, mais pour mes projets, j’ai besoin de sentir cela. J’adore les années 60/70 et j’adore la chaleur. C’est ma préférence à moi.

Comment es-tu venue à la musique ? Tu es également comédienne me semble t’il ?
Oui. J’ai commencé à chanter à l’âge de 13 ans. J’ai fait partie d’une comédie musicale à 16 ans, pendant 3/4 ans. J’ai commencé à écrire des chansons à la même époque. J’étais très jeune. Mais c’est la troupe avec qui je travaillais qui m’a amené à jouer.
Est-ce que tu te sens comme une comédienne quand tu interprètes tes chansons ?
C’est marrant que tu poses cette question. J’ai pris des cours de comédie pendant 4 ans, et ça m’a un peu perdu. J’ai essayé d’interpréter mes chansons, d’y donner une patte, ce qu’on me disait de faire. Je me suis évertuée à la chercher en vain pendant ces années alors que c’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas. Aujourd’hui je chante simplement ce que j’ai écris. Si je fais confiance à cela, je n’ai pas besoin de faire plus, ni de rajouter des choses. Ça peut marcher par ailleurs. Il y a des artistes qui font cela très bien, mais avec moi ça ne marchait pas.
Aujourd’hui grâce aux réseaux sociaux, on peut se mettre en scène, alors que pendant longtemps, le rôle d’égérie découverte par un grand compositeur prévalait. Qu’en penses-tu ?
Je pense que c’est toujours le cas aujourd’hui. Les maisons de disque font ça. Les directeurs de casting aussi. Tout le monde cherche le petit truc en plus. Mais cela ne se travaille pas. La société nous pousse à trouver une singularité alors que globalement, on est à peu près tous fait de la même manière. Sauf qu’il y a quelque chose qui nous pousse à montrer sa singularité à tout prix alors que nous ne sommes pas tous des extra-terrestres.
Qu’est ce qui t’inspire pour écrire des chansons ?
Je voulais parler du fait de pouvoir dépasser l’idéalisation en amour, d’une image de cet état ou l’on idéalise et ou l’on souffre. Je suis parti de cela, et j’ai déroulé comme un journal intime.
Il y a quelque chose effectivement de très intime et de feutré dans ta manière de chanter.
Je suis comme ça. En toute sincérité, je n’ai jamais trouvé que ma voix avait quelque chose de spécial. Elle était jolie, mais elle ne se distinguait pas d’une Vanessa Paradis par exemple. Elle était jolie mais pas unique. C’est pour ça que j’ai voulu la sculpter pour y trouver quelque chose de spécial. Mais non. A un moment donné j’étais dans un moment de défaite, et c’est là que j’ai rencontré Marcello. Et il m’a poussé finalement à me présenter comme j’étais. Les gens aimeront où pas, mais il n’y avait pas besoin d’en faire plus.
Tu parlais des années 60, il y a un côté sixties dans ta musique, quelque part entre Françoise Hardy et Margot Guryan. Quelles sont tes influences ?
Je n’ai pas vraiment de références car j’écoute vraiment de tout. J’adore les mélodies en revanche. Quand j’ai rencontré Marcello, j’écoutais beaucoup Tamino que j’adore. Il y a une sobriété musicale que j’adore. Et sa voix m’hypnotise. J’ai plus de références concernant les textes. J’adore Bertrand Belin par exemple. Je trouve aussi que Juliette Armanet est l’une des meilleures parolières qui existe en France. Parce qu’elle y met du fond et que la forme me parle. Ce sont un peu des lumières par rapport à la qualité et cela me force à m’améliorer.
Est-ce que tu as envie de passer au format album après deux EP ?
Moi j’aimerais déjà faire des concerts. Faire tourner les chansons. J’avance au jour le jour. A mon niveau, il faut que je fasse connaître ma musique et je pense que ce sera plus avec les concerts que je vais rencontrer un public. Je ne fais pas des chansons très radiophoniques donc j’ai envie d’aller les chercher par la scène.
Interview et photos Nicolas Vidal

EP L’infaillible disponible chez Kwaidan
En concert le 21 Octobre aux 3 Baudets à Paris



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