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5 Moments POP : Lio

  • Photo du rédacteur: Faces Zine
    Faces Zine
  • 25 nov. 2025
  • 8 min de lecture

Sélectionner 5 moments pop dans la carrière musicale de Lio, c’est vraiment pinailler à l’intérieur d’une carrière pléthorique en la matière. Si France Gall fut la matrice de la chanteuses pop moderne, Lio en est la version la plus aboutie depuis l’inaugural “Banana Split” en 79. Incarnation punk et sexy à ses débuts lolitesque, Lio a vite su choisir et imposer des collaborations et des associations pop - Daho, Jacno, les Sparks, Alain Chamfort, John Cale, Jacques Duval, Jay Alanski - qui l’ont consacrée reine des pommes et de la pop sans aucune concurrente sérieuse dans ce domaine. Au milieu des années 80 et de la “Pop Model” mania, elle était la seule à pervertir de l’intérieur par son attitude féministe et espiègle, un top 50 parfois ringard. Elle a, jusqu’au milieu des années 2000, enregistré des albums souvent audacieux, parfois ratés, mais toujours pop. Icône populaire toujours un peu à la marge, elle reste finalement plutôt punk dans son refus des compromis. La nouvelle vague pop féminine l’a érigée en Madonne (comme l’avaient imaginée Pierre & Gilles), et ce n’est que justice. A l’heure où sort « Geoid Party in the Sky », un nouvel album riche en plumes féminines (Corinne, Hoshi, Louane, Sophie Ellis-Bextor entre autres), retour sur 5 moments pop forcément subjectifs pour clamer tout notre amour et notre admiration à la reine de la pop made in France !



Banana Split / Amoureux Solitaires

Cela ne sert à rien de tourner autour du pot pop, les deux titres inauguraux de la carrière de Vanda Maria Ribeiro Furtado Tavares de Vasconcelos, plus connue sous le nom de Lio, sont nos deux chansons préférées au monde, et osons le dire, deux des meilleurs titres pop de tous les temps. Ces deux mélodies sont tombées dans nos oreilles a l’âge de 4 ans pour ne jamais s’en déloger. Grande sœur délurée et espiègle, Lio a incarné la chanteuse pour enfant la plus subversive des années 80 naissantes et la Lolita pop punk à son paroxysme. Moins innocente qu’une France Gall chantant « les sucettes », Lio a quand même vu le revers de la médaille misogyne s’incarner dans ses débuts de chanteuse mais a aussi forgé son image de femme de caractère qui ne s’en laisse pas compter grâce à un univers BD bien senti et une répartie du tonnerre. Musicalement, Lio fut l’une des seules en 1979/80 à imposer sa pop synthétique au grand public, d’abord avec « Banana Split » et sa chantilly couleur Bubble Gum (adorée de Beth Dito et adaptée en anglais par les Sparks, rien de moins), puis avec « Amoureux Solitaires », mélodie chipée aux Punk Stinky Toys d’Elli et Jacno pour en faire la ritournelle la plus belle et la plus mélancolique du dancefloor. Lio rassemblait en deux chansons parfaites la quintessence de sa carrière à venir, oscillant entre la pop la plus pointue des années 80 - dont l’album « Pop Model » sera quelques années plus tard l’apogée de la Lio Mania - et une mélancolie latine et ultra touchante qui s’incarnera dans quelques unes de ses plus belles chansons, de « L’autre joue » à « Dîtes au Prince charmant ». Lio fait d’ailleurs aujourd’hui référence à ces deux titres inauguraux dans son dernier album, dans la chanson « Fille à Mère » concoctée avec Corinne qui commence par un « Et toi » dé référence et une opposition Banana Split/Pêche Melba qui appuie sur le combat féministe pour lequel la chanteuse lutte depuis très longtemps, mais également sur le titre « Amoureuse solo » écrit par Louane, touchante inversion du masculin vers le féminin qui assume vouloir se plaire et s’aimer en dehors du regard de l’autre. Icône pop moderne pour toujours, Lio aura finalement traversé les années sans perdre une once de crédibilité pop, grâce à un dessert que sert l’abominable homme des neiges. Et ce n’est pas rien finalement.


Amour toujours

Le deuxième album officiel de la chanteuse (l’album « suite sixtine » étant plutôt un Best Of d’adaptations en anglais par les Sparks agrémentés de singles irrésistibles comme « Sage comme une image » ou de « Teenager », la face B du «Banana Split ») s’intitule « Amour Toujours » et, avec les années, à trouvé une place à part dans la discographie de Lio. Moins synthétique et plus fleur bleue, l’album se pare de chansons moins immédiatement BD. Ici, pas de référence à Speedy Gonzalez ou à la Panthère Rose, mais des titres où l’émotion affleure et qui prouvent que Lio est une très grande interprète des sentiments ambivalents, sans perdre la force sucrée de sa pop originelle (« La reine des pommes », « J’aime un fantôme »…). Jouant la carte du romantisme populaire parisien - la pochette est signée Robert Doisneau - Lio affichait une mélancolie nouvelle pour l’époque qui sera balayée par le raz de marée « Pop Model » 3 ans plus tard. Ici elle reprend Alain Chamfort, fait des allitérations en M sur « Motus à La Muette » et mine de rien, nous offre une chanson qui deviendra culte plus tard avec le premier film de Valerie Donzelli, « La reine des pommes ». Ce disque a également permis d’ouvrir un imaginaire plus intellectuel autour de la figure de la popstar, avec le cinéma qui ne tarde pas à s’intéresser à l’intensité de la jeune femme, et surtout pas n’importe quel.le cinéastes.


Golden Eighties de Chantal Ackerman

Comme un pied de nez aux attentes marketing des industries culturelles, l’un des premiers films ou joue Lio est une comédie musicale…où la chanteuse ne chante pas. Symbole d’une forme de radicalité cinématographique, Chantal Ackerman est désormais reconnue comme l’une des cinéastes et artistes majeures du 20ème siècle grâce a des films comme « Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles  » et des écrits et expositions unanimement saluées. Considérée déjà à l’époque comme une cinéaste intellectuelle, elle n’hésite pas à aller chercher Lio, une chanteuse de variété populaire, mais belge, comme elle et symbole de la jeune fille moderne eighties. Ce film coloré et désenchanté compte également dans sa distribution Delphine Seyrig, actrice, réalisatrice et militante féministe, et Aurore Clément dont les choix de cinéastes forcent le respect. Lio, étrangement, joue de son image de jeune femme de son temps mais insuffle à son personnage une mélancolie légère et un sens du rythme. Le film très coloré ne fait pas forcément l’unanimité à l’époque, les cahiers du cinéma écrivant au sujet du film que «  Chantal m’aurait choisie parce que je représentais le vide et le néant des années 1980. » comme le rappelait Lio dans une interview à Télérama. Elle ajoute également dans cette même interview que l’idée de ne pas chanter dans le film fut la sienne : « À l’origine, dans le scénario, j’étais censée chanter. Puis je me suis dit : c’est exactement là que l’on m’attend ! J’ai donc demandé à Chantal si les chansons pouvaient être interprétées par les autres personnages. Elle a tout de suite accepté. ».

Lio a ensuite fait une Carrere d’actrice plus qu’honorable en travaillant essentiellement avec des cinéastes féminines : Catherine Breillat, Quatel Quillevéré, Jeanne Labrune, Diane Kurys, Marion Vernoux, Aline Isserman, Yolande Moreau… Des choix qui se retrouvent aujourd’hui dans son dernier album où pour la première fois, elle s’entoure de plumes féminines pour des chansons engagées, personnelles, à contre courant de la poursuite du jeunisme ambiant généralement à l’ouvrage chez les chanteuses pop qui ont continué leur carrière. On peut avoir les cheveux gris et toujours aimer les mini jupes. La légèreté se cogne aux sujets profonds, mais ce n’est pas pour ça qu’on ne peut pas danser dessus.


Seules les filles pleurent, Marie France, et la Madonne de Pierre et Gilles.

Comment évoquer Lio sans parler de sa collaboration pop au long cours avec les artistes Pierre et Gilles ? Le duo d’artistes a immortalisé toute ce que la scène pop et queer eighties (et celle qui suivit) pouvait offrir de mieux. De Madonna à Sylvie Vartan, en passant par Kylie Minogue, Arielle Dombasle, Juliette Armanet ou Ophélie Winter, pour ne citer que des chanteuse, toutes ont succombé aux tableaux qui brillent de Pierre et Gilles. Mais deux chanteuses ont été les modèles fétiches des artistes : Marie France et Lio. Elles ont partagé également leurs auteurs/compositeurs, à savoir Jay Alanski et Jacques Duval, et ont incarné la flamboyance pop à son paroxysme, l’une du côté pile de la célébrité, l’autre du côté face underground.

Lio a tété tantôt une Madonne à la larme facile, une Peste Of en mini robe et panier de fruits, une poupée de cire dans les herbes hautes, une femme toréador… Autant d’archétypes que la figure de Lio a incarné avec la puissance que l’on lui connait. Car c’est ça la force de Lio artiste, interprète. Celle d’incarner tout en gardant sa personnalité. Celle qui n’a jamais renié les bananes et les mini jupes tout en étant en avance sur le temps de la société pour dénoncer les injonctions au féminin, de la grossesse sur scène aux violences conjugales. Ce qui lui permet aujourd’hui de passer pour une lanceuse d’alerte qu’elle était et qui force l’admiration d’une nouvelle génération de chanteuses, d’artistes, de femmes. Même si elle en a payé le prix.


Les matins de Paris

Entre 1996 et 2006, Lio n’a sorti aucun album de chansons originales, mais a chanté Prévert, sur scène et sur disque. En 2006, elle sort l’album « Dîtes au Prince charmant » concocté avec Doriand et Peter Von Poehl, sur lequel on trouve un texte écrit par Marie Darieussecq dont Lio a joué le texte « Le Bébé » au théâtre quelques temps auparavant, et qui titre vers le versant mélancolique d’interprète de Lio. Mais en 2007, elle revient sur le devant de la scène pop avec un duo chanté avec Teki Latex, chanteur du groupe de Hip Hop TTC qui remet au goût du jour les sons eighties qui commençaient à revenir timidement dans la pop d’ici. Le titre hyper efficace et très réussi permet à Lio de revenir avec une chanson hyper pop qui prouve une fois de plus que la reine de la pop, c’est elle. Référence musicale explicite au « Tétéou » qu’elle chanta avec Jacky jadis, le titre se paie même le luxe d’être diffusé sur NRJ et devient un mini tube indé. Il faudra néanmoins attendre 15 ans de plus avant d’entendre Lio défendre un projet pop avec un album (malgré une parenthèse réussie avec le groupe Phantom en 2009), le très réussi  « Geoid Party in the Sky » qui sort ces jour-ci et qui prouve une fois de plus, le flair de la chanteuse pour s’entourer de plumes qui lui ont écrit du sur-mesure. Vive la pop et vive Lio !



Bonus : Over the rainbow avec Vanessa Paradis.

Tout au long de sa carrière, Lio a été aussi une star de la télévision française et belge. Que ce soit pour la promotion de ses chansons ou en tant qu’invitée ou jurée sur des émissions. Au début de sa carrière en 1979, l’un des moyens pour promouvoir sa musique était évidemment la télévision, qui faisait ou défaisait des carrières. Le côté gouailleur, frontal et franc de la chanteuse a été l’un de ses meilleurs atouts. Son franc-parler, on le voit aujourd’hui avec les vidéos de ses prises de position sur des sujets aussi clivants que l’homosexualité, la sexualité féminine, la grossesse, et bien sûr sa prise de position contre Cantat dans le meurtre de Marie Trintignant chez Ardison, ont forgé et contribué a faire de Lio une personnalité populaire et incandescente. Elle n’a pas hésité à devenir jurée pour Nouvelle Star, ou la version belge de Drag race, confortant son statut d’icône pop sans renier ses convictions, ni à participer à de nombreux talk shows, pour vivre mais aussi mine de rien pour (r)éveiller les consciences sur des sujets très importants.

Mais avant cela, il y avait les émissions de variété paillettes où Lio faisait des merveilles avec sa légèreté pop en bandoulière, et des duos qui sont devenus cultes pour les teenagers queers amateurs des chanteuses pop. Le premier eut lieu sur un plateau de Maritie et Gilbert Carpentier (producteurs de shows de variété dans les années 70/80) ou elle joue aux Ronettes avec France Gall sur le magnifique « Be my Baby », comme une transmission de flambeau, et peu de temps après avec Vanessa Paradis. Et quoi de mieux que « Over the Rainbow », chanson issue du magicien d’Oz, pour réunir ces deux timbres à la modernité parfaite. Le faste Hollywoodien incarné par une ex ado survoltée et une teenager presque femme. Deux icônes pop dont les carrières n’ont cessé d’influencer les futures princesses pop de France et d’ailleurs. Il existe également une photo prise dans un studio de radio ou les deux chanteuses sont rejointes par Héléna Noguerra, et qui rappelle la fameuse photo du trio Ferré, Brassens et Brel version Ok podium, mais qui pour tout amateur de pop sucrée constitue un talisman bien plus précieux.


Texte et collage : Nicolas Vidal

 
 
 

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