5 MOMENTS POP : ERIC ROHMER
- Faces Zine

- 18 juil. 2025
- 4 min de lecture

Eric Rohmer était-il un cinéaste pop ? A priori, ses marivaudages, ses contes d’été, son genou de Claire ou les histoires d’Astrée et Céladon n’obéissent pas à un format pop. A part un film avec la chanteuse sixties Zouzou, il a rarement ajouté des ingrédients pop à son cinéma bavard et quasi anti-naturaliste. Sauf une fois, en 1984, avec « Les nuits de la pleine lune », ses soirées parisiennes, son égérie eighties et Elli et Jacno. Ce seul film a suffit à encapsuler une génération de pop boys and girls à Paris qui continuent d’irriguer des projets lui rendant hommage, à commencer par un nouvel EP, « Sous le signe d’Eric Rohmer » sous la houlette du musicien Alexis Campart, ou Lafayette, Donald Pierre et Jo Wedin entre autres, donnent de la voix pour faire vivre à travers 4 chansons, l’univers suranné du cinéaste. Il était donc temps de pointer 5 moments pop Rohmériens, qui de près ou de loin, ont influencé la musique made in France.
Arielle Dombasle
Eric Rohmer n’a pas fait que faire chanter Arielle Dombasle (sur la chanson "je ne sais pas avec qui" dans le film "le beau mariage), il l’a révélé au monde pop ! Avant de devenir une égérie populaire à travers la télévision et des disques oscillant entre variété latine, prestations survoltées pour les JO et créatrice de vidéos ésotériques pour Instagram, Arielle a joué dans quelques films majeurs du cinéaste, de « Pauline à la plage » en passant par « Perceval Le gallois » ou « L’arbre, le maire et la médiathèque ». Jamais mieux filmée que par le cinéaste, les films de Rohmer avec Arielle Dombasle ont mis en avant le phrasé très particulier de l’actrice, son physique de blonde évanescente et intellectuelle, et surtout révélé une personnalité hors normes et passionnante qui a par la suite inspiré de grands artistes pop (Katerine et Gonzales entre autres) sur des albums réussis et aventureux. Le grand écart pop qu’elle a imposé en passant des Grosses têtes au rock rugueux des albums avec le regretté Nicolas Ker prouve, s’il en était besoin, que l’actrice rohmérienne devenue chanteuse, n’a rien perdu de sa fantaisie initiale et de son intelligence artistique.
Les Nuits de la Pleine Lune
Acmé pop de la filmographie de Rohmer, « Les nuits de la pleine lune » conte l’histoire de Louise, une jeune femme de son époque (1984) qui s’ennuie dans sa banlieue parisienne et décide de retrouver son petit nid parisien et une forme de liberté toute rohmerienne, faite de culpabilité et de badinage amoureux, en dansant dans des fêtes chics sur la pop synthétique d’Elli et Jacno. C’est d’ailleurs grâce au duo que le film se pare de culture pop, leurs ritournelles s’accordant très bien à la manière de danser de Pascale Ogier, actrice principale du film, et au jeu maniéré de Fabrice Luchini qui démarrait dans le cinéma. Les chansons d’Elli et Jacno sont devenues cultes au fil du temps, et ont inspiré de nombreux musiciens d’ici. La chanson - et le film du même nom - ont acquis au fil du temps une aura pop et intemporelle, reprise par de nombreux groupes et musicien.ne.s, notamment Laure Briard il y a quelques temps.
Sous le signe d’Eric Rohmer
Au moins, le titre est clair, le cinéaste devient la figure tutélaire d’un EP véritablement pop qui voit quelques figures de la pop indépendante actuelle, s’emparer du mythe Rohmer pour présenter 4 titres, dont « Les nuits de la pleine lune » repris ici par Jo Wedin et Donald Pierre et « Je ne sais pas avec qui » repris par Marielle Marchand et entendu dans « Le beau mariage », film méconnu du cinéaste. Ces deux reprises sont accompagnés de deux duos inédits entre Lafayette (qu’on est ravi de réentendre) et Dorothée de Koon, et un autre entre Alizar et Jo Wedin, le tout sous la houlette du musicien Alexis Campart qui a composé et arrangé les titres de cet EP entre musique et cinéma. La chanteuse Jo Wedin, dont le timbre sucré nous rappelle qu’elle est une grande chanteuse pop, aurait fait une héroïne Rohmerienne parfaite, et ces 4 titres synthétiques sous influence Elli et Jacno prolongent le mythe du cinéaste pop, qui raconte l’été et ses états d’âme sous le soleil romantique des amours de vacances.
La Collectionneuse / Charlotte Gainsbourg
L’ajout de cette chanson ne fait pas directement référence au cinéaste, et on ignore quelles étaient les influences de Charlotte Gainsbourg au moment d’enregistrer ce titre avec Beck sur son album « IRM », mais le titre de la chanson nous rappelle celui du film de Rohmer, et suffit pour nous à en faire un hommage au cinéaste. Le titre en anglais, donne à entendre la voix de Charlotte sur un riff de piano planant et une batterie sèche, et clot l’album en majesté avec Charlotte Gainsbourg récitant des vers d’Appolinaire sur des nappes de cordes. Cette fin de chanson aurait pu être un gimmick Rohmérien : une actrice qui chante, de la poésie, des maux d’amour, point.
« Eric Rohmer est mort » / Clio
Clio est une chanteuse française dont la discrétion apparente et la voix enchanteresse sont un secret de moins en moins bien gardé chez les amateurs de chanteuses pop. Autrice de plusieurs albums dont la mélancolie et la légèreté côtoient des chansons déchirantes ( « Là je suis saoule » sur son dernier album en date), Clio a sur son premier album, rendu le plus bel hommage en chanson au réalisateur de « Ma nuit chez Maud ». Implacable comme une chanson pop, les mots de la chanteuse Clio résument à eux seuls les sentiments qui nous ont étreints à la mort du cinéaste :
« Éric Rohmer est mort / Et moi j'en veux encore / Des parcs parisiens où l'on se tient la main / Des balades au bord de la mer, de la voix de Marie Rivière ». Probablement le meilleur hommage pop que l’on pouvait lui faire.
Nicolas Vidal



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