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Pierre Lapointe, le barde francophone

November 19, 2019

 

Pierre Lapointe a sorti le 18 octobre son nouvel album, "Pour déjouer l'ennui", tout en douceur et voix feutrée. Chez Faces, nous aimions l'auteur de "La forêt des mal aimés" sans connaître parfaitement son parcours tout en dualité.  Extrêmement populaire au Québec, Pierre Lapointe est juré dans The Voice tout en produisant de manière prolifique des albums très personnels et  poétiques. Artiste visuel et visionnaire, il produit des spectacles et des images avec la fine fleur des artistes contemporains tout en gardant son identité francophone. "Pour déjouer l’ennui est un album à contre temps, à contre courant presque, qui voit la douceur des rythmes latins triompher sur l'urbanité ambiante, les guitares créoles accompagner des vers stylisés. Accompagné par Albin De la Simone à la réalisation, l'album voit triompher la suavité du canadien et la chaleur des instruments à bois, les chœurs sensibles et le spleen charmeur, et font de cet album une pierre à part dans la carrière du chanteur. Rencontre à Paris avec un ardent défenseur de la langue francophone, que vous pouvez également retrouver dans l'exposition "La fabrique des idoles" de Pierre & Gilles à la Philharmonie de Paris à partir du 20 Novembre.

 

Pour déjouer l’ennui

“ C’est une chanson que j’ai co-écrite avec Hubert Lenoir et son frère Julien Chiasson il y a 4 ans. J’étais très impressionné la première fois que je l’ai vu sur scène, et je leur ai proposé d’écrire cette chanson avec moi. On s’est retrouvé à Québec, après un de mes spectacles, dans ma chambre d'hôtel. Ils sont arrivés avec l’ébauche de la chanson et on a retravaillé ensemble. Je leur ai dit que je voulais la garder pour un disque, mais je ne savais pas encore lequel. Et finalement c’est devenu le titre de cet album. C’est un titre qui évoque quelque chose d’intéressant par rapport à tout ce que je dis sur ce disque : l’ennui de l’amoureux qui est plus là, l’ennui de la vie… Il y a quelque chose de doux. Quand on s’ennuie, c’est calme. La création, les relations humaines, c’est aussi pour déjouer l’ennui. Depuis mon adolescence, j’ai la maladie de l’ennui. Je tombe vite dans un état où je m’ennuie. Même dans les relations humaines, ce qui est parfois compliqué. C’est pour ça que je travaille autant, que je crée autant de projets en même temps. J’ai commencé à sentir moins l’ennui le jour où j’ai accepté mon rythme, que j’ai fait 3 disques en même temps, 2 spectacles en même temps… Avant je m’arrêtais entre les projets car j’avais peur de saouler les gens, peur que ce soit trop. Mais c’est mon rythme.”

Albin De La Simone

“ C’est un très grand ami à moi. On s’est rencontré au début des années 2000. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour ce qu’il faisait. On est extrêmement proches dans nos goûts aussi. Que ce soit la musique, les choix artistiques qu’on fait, les amis aussi. Albin a une famille d’amis à Montréal hallucinante. Je travaillais en même temps sur “la science du coeur”, Les Beaux sans-coeur et cet album. J’ai écrit très vite toutes les chansons sans me soucier du style ou de la chronologie. Mais pour la famille de chansons qui allait devenir “Pour déjouer l’ennui”, je lui ai demandé s’il voulait réaliser le disque. On avait aussi écrit des chansons ensemble. Et il a dit oui. Il est venu à Montréal pour l’enregistrer avec les amis, toute la bande. On était hyper heureux. Sur cet album, j’ai demandé à ce qu’on ne mette pas de piano. Je voulais uniquement des guitares. Albin, il est comme moi, il fait des tournées très peu amplifiées. On arrêtait pas de dire aux musiciens de jouer moins fort. Il y a peu de percussions. Je voulais faire un album entre le Buena Vista Social Club, Cesaria Evora et Françoise Hardy. On a écouté beaucoup de musique des Antilles, Manno Charlemagne, qui est un peu le Maxime Le Forestier haïtien. Sa chanson “Lamayot” est bouleversante. Si tu ne pleures pas en écoutant cette chanson, c’est que tu n’as pas de coeur. Quand je suis tombé sur ses chansons, ça a été un choc. Le créole et le portugais sont les deux plus belles langues chantées de l’humanité. C’est tout en rondeur. Donc j’ai demandé à Albin d’aller vers cette énergie là. Ça reste de la chanson française, mais la tendresse et la douceur sur des mélodies rassurantes, c'est ce que je voulais faire.”

 

Paris vs Montréal

“ Dans ma tête, c’est complémentaire. On peut faire des choses à Montréal qu’on ne pourrait jamais faire à Paris. C’est très snob à Paris. Si quelqu’un t’aime, l’autre à côté va pas t’aimer pour pas faire comme l’autre. A Montréal, c’est beaucoup plus positif, un peu comme aux Etats-Unis. Mais dans mes familles d’ami.e.s, de collaborateurs, que ce soit à paris où à Montréal, je ne vois pas de différences. Mais l’organisation sociale est différente. On parle la même langue, mais pas le même langage. les rapports humains sont plus faciles au Québec. En revanche au Québec, le niveau culturel est plus bas. Si tu parles un langage plus soutenu où si tu as l’air trop sûr de toi, ce qui était mon cas et le cas de Xavier Dolan, tu te fais traiter de snob, on dit que tu es hautain… Maintenant ça va, ça fait 20 ans que je fais ce métier, les gens ont compris qui j’étais. Mais ça a été compliqué au début. J’ai été coach à The Voice. Cette année là, ma participante a gagné au même moment où j’étais porte parole du musée national des beaux arts du Québec. Je me suis retrouvé au même moment sur les deux fronts, dans les magazines hyper populaires et dans le milieu de l’art contemporain. A Paris, ce serait difficile d’être sur les deux fronts. Chez nous, personne ne se sent offusqué par ça, et trouve ça intéressant. En France, tu es un peu plus jugé. Je fais toujours la blague dans les soirées mondaines :”Alors dis moi ce que tu fais que je te juges.” Dans la jungle parisienne, tu as toujours besoin d’une carte de visite, sinon on ne te regarde pas. C’est très étrange. Mais c’est fascinant. Aujourd’hui je trouve ça amusant, mais plus jeune, ça m’aurait influencé. Mais les deux villes se complètent pour moi.”

Chanson francophone

“ C’est vrai qu’on parle toujours de chanson française, mais ce qu’il s’est passé au Québec a été très important, ce qu’il se passe dans les autres pays francophones aussi. Par chance, il y a des échanges entre pays francophones, et cela nourrit tout le monde. Le gouvernement québécois stimule énormément l’exportation en France. C’est plus facile pour nous de venir chanter en France ou en Belgique que d’aller aux Etats-Unis, ou au Canada anglophone. Je suis content car en ce moment, il y a plusieurs personnes importantes de la chanson francophone qui sortent des albums en même temps. Au lieu de me sentir menacé, je trouve que c’est une bonne chose ! Ça va peut être ramener la chanson francophone au goût du jour. Déjà, le mot chanson m’évoque des ruines grecques, parce que tout tombe ! Mais ça me fait plaisir quand la chanson francophone prend un tournant urbain. Quand Stromae est arrivé, je me suis dit que la chanson de qualité pouvait déborder. A l’époque, les labels français voulaient de l’anglais alors que la culture française s’exportait dans tous les domaines. Et là, les belges sont arrivés en se disant pourquoi faire de l’anglais. Et ça a marché. Ensuite, le problème, c'est que tout le monde a voulu de l’urbain. Heureusement, Clara Luciani a mis un peu d’ordre. Juliette Armanet aussi. Mais ça a été dur. Dans ma tête, une scène saine, c’est comme une alimentations saine : il faut de tout. Au Québec aussi ça bouge un peu plus. Sur l’album, il y a un duo avec Clara Luciani, j’ai chanté avec Pomme aussi récemment. Ce qui est intéressant chez un artiste, c’est sa singularité. On est la somme de toutes les influences qu’on a eu. Pour moi, c’est trop réducteur et impossible de réduire ça à la culture française. Surtout en art. Je suis un extra terrestre au Québec, tout comme Ariane Moffatt peut l’être.”

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

“ A une certaine époque, Luc Plamondon m’a beaucoup influencé. Aussi parce que j’ai écouté beaucoup Diane Dufresne qui m’a beaucoup influencé pour la scène. Robert Charlebois aussi, dans le concept. Aujourd’hui, j’ai envie de dire que ce sont mes collaborateurs qui m’influencent. J’ai travaillé avec Matali Crasset dont le travail n’a aucun rapport avec le mien, elle fait des objets, mais de l’avoir avec moi sur scène, elle m’a transformé. Philippe Braud aussi avec qui j’ai fait beaucoup de disques. Mais s’il faut en citer une, je dirais Barbara. J’ai copié mon souffle sur le sien. Je l’ai tellement chanté que j’ai appris sans m’en rendre compte. Tout le monde a une relation intime avec son travail. Mais ça m’ennuie, car j’en ai une moi-même avec elle. C’est toute la base de mon travail. Gainsbourg aussi. Je l’écoute plus beaucoup car je l’ai trop écouté, mais son côté esthète, construction d’images m’a beaucoup marqué. Si je devais citer un disque, ce serait un de Chico Buarque. C’est un album qui me nettoie quand je vais pas bien. Comme “Juliette des esprits” de Fellini. C’est beau, les décors, les costumes… Tout est magnifique la musique de Nino Rotta est folle. Je ne pourrais pas citer de livres, car je ne suis pas littéraire du tout. Je fonctionne beaucoup par les images. C’est au théâtre que j’ai découvert la littérature. Michel Tremblay est l’un des premiers qui m’a marqué. Comme Molière. Pour moi c’est de la musique. Voir un spectacle en Alexandrin, ça m’a fait penser à de la musique. les grands auteurs, ce sont des musiciens.”

 Nouvel album disponible / En concert le 30 Mars à Paris aux Folies Bergères

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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