Posts Récents

Les fragments pop d’Élodie Frégé

November 13, 2019

 

Comment gagne t’on ses galons d’icône pop quand on démarre sa carrière dans un télé crochet populaire et décrié ? Probablement en en faisant qu’à sa tête et en allant vers des artistes et des projets plus pointus, à l'instar d’Elodie Frégé qui passe sans sourciller de la musique au cinéma, de Nouvelle Vague à Benjamin Biolay, de Catherine Breillat à Marilyn, de François Ozon à “Amuse Bouches”, et qui trace, mine de rien, un sillon libre emprunt de légèreté pop, de songwriting délicat et de féminité profonde. Au moment où elle s'apprête à interpréter Marilyn sur scène et où elle prête sa plume et sa voix au projet Gemme, rencontre avec Elodie Frégé pour évoquer à travers des noms et des mots, sa carrière toujours en mouvement, fragmentée et dans l’air du temps.

 

Télé Crochets

“ Ça m’évoque des sentiments très contrastés. Si je me plonge dedans, j’ai des souvenirs de quelqu’un qui prend le taureau par les cornes et qui, après les premiers moments, a envie de partir en courant. Je pense très honnêtement que le souvenir de la Star Académy est très lourd pour moi. Ça a tout bouleversé autour de moi, de façon très positive mais aussi de façon très choquante. Ça a bouleversé l’équilibre familial, mon rapport avec les gens proches, et aussi le rapport à moi-même. Je n’étais pas prête, mais il fallait que je le fasse. C’était le seul moyen pour moi de faire ce métier. Je me sentais comme une guerrière, mais mes failles ont repris le dessus dès le début de la compétition. Pour quelqu’un comme moi qui suis très fragile émotionnellement, j’avais envie de tout défoncer, mais je me demandais sans cesse ce que je faisais là. Mais au final, ça m’a aidé. Ça m’a permis de comprendre ce que je ne voulais pas faire, et qu’il fallait que j’écrive, que je compose. Ce sont donc des contrastes hyper violents, extrêmes… Quand je suis passée de l’autre côté avec “Nouvelle Star”, en tant que membre du jury j’aurais pu me faire lyncher. Mais j’avais ma place puisque je connaissais ce qu’allaient vivre les gens. J’avais de l’autodérision, mais aussi de la bienveillance. Je pouvais aider quelqu’un à rire de lui même si jamais c’était râté, et être bienveillante si quelqu’un avait le trac et se confrontait à son auto-sabotage. Je pense que les gens qui osent se présenter dans ce genre de concours, ce sont des gens troubles et troublés par leur talent, leur enthousiasme, mais aussi leur trac, leur peur… Moi je comprends tout ça. Et c’était fabuleux de découvrir des voix, des musiciens. Ça m’a redonné un coup de fouet car ils avaient la foi. Et j’ai retrouvé la mienne.”

 

Marilyn Monroe

“J’ai un lien avec elle, c’est assez fou. Je vais la jouer au théâtre dans une pièce d’Anthony Michineau mise en scène par Guillaume Bouchède. C’est une pièce assez réaliste qui parle de ses rencontres avec son dernier psychanalyste. C’est un challenge monstrueux pour moi. Je vais jouer avec Stéphane Hillel qui est un grand acteur et metteur en scène. Cette femme me prend à la gorge. Je ne me suis jamais trop intéressée à la fille qui fait des moues. Je suis tombée assez jeune sur des écrits, des reportages, et sa façon de vibrer au delà de la façade me parle et me touche. Et puis en lisant “Dernières Séances” et “Blonde” de Carol Joyce Oates, je me rendue compte qu’elle était multiple, et que j’avais des points communs avec elle. On a du mal à mettre toutes nos facettes les unes en face des autres pour s’incarner complètement, s’accepter sans rejeter certaines parties. Le rejet dont elle a fait l’objet enfant s’est répercuté sur sa personnalité, et elle n’a fait que répéter le schéma de se saboter, de se rejeter. J’aurais aimé discuter avec elle. Elle avait très peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas connaître les sujets lors des dîners. Miller avait vu au delà son enveloppe et il avait compris ce que ça recouvrait.” 

 

Catherine Breillat

“ Catherine Breillat est la première cinéaste à m’avoir fait tourner. On s’est rencontrées pour le clip de “Je te dis non”, et on a fait 3 clips ensemble depuis. C’est mon agent de l’époque qui me l’avait présentée, et elle a voulu me rencontrer. Elle me regardait comme un animal sauvage. Elle était très impressionnante, dure et très marrante, avec une façon de travailler secouante et violente pour faire sortir la bête. Elle ne voulait pas tourner le clip avec moi tant que je n’avais pas fait des essais avec elle. Elle m’a fait jouer le monologue de “La maman et la putain” de Jean Eustache, et elle voulait me filmer. J'étais assise sur un canapé et je disais le texte. J’avais 22 ans, je sortais de ma cambrousse. Je connaissais le film, mais jouer ce rôle là, à cet âge là, devant cette cinéaste au regard perçant, je ne pensais pas y arriver. Et en finissant la scène, j’étais dans tous mes états, et elle m’a dit que c’était rare qu’une actrice, même confirmée, donne autant. Donc elle a accepté de tourner le clip. Et on en a fait 2 autres ensuite, “Si je reste”, et “La fidélité”. Ça s’est toujours fait un peu comme des petits films. Cette rencontre m’a beaucoup marquée. Et puis elle a eu son AVC au milieu de notre rencontre. Ça m’a lié à elle pour l’éternité. Je ne sais pas comment elle va aujourd’hui, je n’ai plus de nouvelles, mais je pense très souvent à elle.”

 

 

La Ceinture

“ C’est la plus belle chanson qu’on m’ait offerte. Je ne m’en lasse pas. C’est un cadeau. Benjamin Biolay l’a écrite après avoir écouté les chansons que j’écrivais à l’époque et les discussions qu’on a eu ensemble. Il a réalisé ce disque où il y avait des chansons à lui, mais aussi à moi. Au final sur l’album qu’il a réalisé, il y en a plus de ma propre composition, mais  les gens parlent toujours du cadeau que m’a fait Benjamin. Je me sens toujours un peu bête de devoir justifier mon travail, mais c’est tellement important de partager ses mots et sa musique… Benjamin, c’est une très belle rencontre. Je ne sais pas si on retravaillera un jour ensemble en musique, mais j’adorerais. On a aussi tourné dans un film ensemble, “L'art de la fugue” de Brice Cauvin, où il jouait mon beau frère. On a des fibres et des liens communs. C’était magnifique ce projet. J’ai adoré enregistrer cet album chez Dominique Blanc Francart, me découvrir auteur/compositeur avec Benjamin qui m’encourageait. Et puis c’est le moment où je me suis mise à chanter avec ma voix. Avant, j’étais un peu dans l’imitation, je chantais trop haut.”

 

François Ozon 

“François Ozon est le premier cinéaste à m’avoir fait tourner au cinéma. Je crois qu’il m’a vue dans la rue au moment où il cherchait la version jeune de son personnage, Madame Pujol dans “Potiche”, qui était joué par Catherine Deneuve. Il a contacté mon agent pour me faire passer des essais. J’ai improvisé, car ce rôle n’avait pas de texte. Il y avait beaucoup de scènes “Olé Olé”, car c’était une sacrée Gourgandine la Mme Pujol ! C’était un challenge, très chorégraphique. Ça a été une belle rencontre également. J’étais ravie de pouvoir jouer dans ce film à la fois drôle, touchant, féministe.” 

 

Disques

“ Le mot “disque” m’évoque un objet. J’écoute beaucoup de vinyles. C’est un bel objet qui revient à la mode, et j’aimerais qu’on le chérisse, qu’on le choisisse comme moyen d’écouter de la musique et qu’on le considère comme quelque chose de précieux. On est en train de perdre ça avec la musique dématérialisée. Les disques, ce sont aussi des oeuvres d’art sur lesquelles on travaille beaucoup :  l’image, les paroles de chansons... J’aime avoir un disque et lire les paroles. Je n’ai pas envie de les lire sur une tablette. Je suis un peu à l’ancienne. Pour mes disques à moi, je suis très lente en revanche. J’ai pas mal de chansons pour le prochain et je vais commencer à travailler quelques pistes d’arrangements. Ça devrait sortir en 2020, mais avec la tournée de Nouvelle Vague, la pièce de théâtre… C’est un peu frustrant pour moi de ne pas sortir de disque, donc il faut que je m’organise. 

 

Nouvelle Vague

“ J’avais demandé à Marc Collin de réaliser mon dernier album, “Amuses Bouche” car j’aimais beaucoup Nouvelle Vague justement, et que je voulais un disque qui évoque l’espièglerie, la gourmandise, la bossa nova. Une partie de ma personnalité que je n’exprime pas beaucoup dans ma façon de composer mais qui fait partie de moi. Ce disque a été très agréable à faire. Il y avait des chansons très sensuelles et mélancoliques sur ce disque comme “La plage”. Et puis Mélanie Pain (L’une des chanteuses historiques de Nouvelle Vague) est tombée enceinte, et Marc m’a proposé de la remplacer. Je me suis prise au jeu et ça m’a beaucoup décomplexée de me retrouver devant un public qui ne me connaissait pas, qui ne connaît pas mes chansons, qui ne sait pas ce qu’est la Star Academy et qui n’est pas français car on tourne surtout à l’étranger. Un public plus accueillant en fait. Les gens qui m’ont vu à la Star Ac, ça reste dans leur tête. C’est un poison en fait. Alors qu’à l’étranger, ils me voient comme une artiste libre, qui chante, qui danse, et qui n’a pas été dans leur salon pendant des mois. Je me sens plus libre avec ce projet que sur scène, en France, avec mes chansons. C’est peut être pour ça que je mets du temps à sortir de nouvelles choses. C’est quelque chose que je dois régler. Après, j’ai un public très sympathique, très ouvert, qui m’attend, mais j’ai très peur de remonter sur scène avec mes chansons, de le décevoir, de moi même être déçue. J’ai un rapport presque familial avec le public. On est très amoureux, ils m’ont porté aux nues, révélé à moi même, aimé, désiré… Mais je me protège par peur d’être quitté car le lien est très fort à la base.” 

 

Pop

“ Ça m’évoque la peinture, les couleurs, le pop Art, Lichtenstein. Ça m’évoque quelque chose qui explose et qui nous éclabousse. Je ne sais pas si je fais de la musique pop, mais j’espère éclabousser un maximum de personnes !” 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Share on Facebook
Share on Twitter
Please reload