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Ramó, pop et green


Il y a parfois des mantras pop qui nous permettent à travers un refrain fédérateur de se lâcher et d’exulter. “Tout ira bien” est de ceux là. Et son auteur, Ramó, est bien décidé à nous le faire chanter à tue-tête à travers des chansons naïves et écolos, pop et engagées. Car ce n’est pas rien d’arriver à incorporer dans un projet pop un message et une manière de voir le monde. Ramó y arrive plutôt bien, et nous l’avons constaté lors de son concert aux Francofolies de La Rochelle où dans le cadre du Chantier des Francos, il a pu montrer l’étendue de son projet, entre installation green, masque de Toucan et mélodies fiévreuses. Rencontre express avec un chanteur pas encore au vert, mais plutôt motivé à nous faire voir le monde à venir dans une utopie colorée et salvatrice.


Comment es-tu venu à la musique ?

J’ai toujours fait un peu de musique. Mes parents m’avaient offerts un orgue enfant, et j’ai commencé à reprendre les trucs que j’entendais à la radio, Jean-Michel Jarre, Vangelis… C’était assez facile à reproduire. Avec un pote, on se montrait les positions des doigts. Et puis après, classique, j’ai fait du solfège, de la trompette. Ma mère avait une guitare à la maison qu’elle n’utilisait pas, et j’ai commencé à gratter.


C’est là que tu as découvert les accords pour faire de la musique joyeuse ?

Oui, c’est vrai que sur Ramò j’utilise plutôt des accords majeurs. Je suis quelqu’un d’assez optimiste et c’est quelque chose dans lequel je crois. C’est un moteur. Les choses sont plus faciles quand on est positif. Tous mes textes parlent plutôt de société, avec des enjeux qui ne sont pas drôles. Mais si tu veux en parler, c’est plus intéressant de le faire de manière positive. Il y a plein de choses qui vont mal, et on a besoin d’imaginaire. On a besoin de se dire qu’on veut vivre autrement, et il faut que ce soit une construction. Il faut qu’on trouve un équilibre. On est dans un mode de vie qui ne fonctionne pas, qui consomme beaucoup trop de ressources. On améliore peu notre niveau de vie. Il y a plein de gens qui parlent de la suite, des spécialistes, des artistes, des gens qui s’impliquent dans des associations. Et tous ces gens là participent à créer une sorte d’imaginaire où on se dit que c’est possible. Comme le film “Demain” de Cyril Dion et Mélanie Laurent, des festivals qui se montent… Et tous ces gens là contribuent à donner des alternatives possibles. Et humblement, j’essaie de me situer là. Au travers de ma musique, j’essaie de proposer un imaginaire désirable où l’on renoue avec notre côté animal.

Comment arrives-tu à créer cet univers là en évitant le côté moralisateur où accusateur que peut avoir ce discours ?

Je ne veux surtout pas être moralisateur. Ça peut effectivement être un écueil. Je ne me sens pas légitime à juger qui que soit, et ce n’est pas une démarche qui stigmatise. On en revient à l’idée de positivisme. C’est beaucoup plus fort de nous amener collectivement à imaginer la suite et des solutions. Et rendre le changement désirable. Concrètement, mes paroles sont écrites de manière très simples, presque de manière naïve, et c’est une manière de ne pas juger. Je ne fais que raconter une histoire, une autobiographie personnelle ou collective fantasmée. Via l’image, la poésie, les textes, on peut amener des choses belles tout en parlant d’actualité.


Il y a quelques musiciens qui s’engagent sur ces sujets comme Verdée où Gaël Faure. Est-ce que tu penses que, comme dans le cinéma où des actrices comme Marion Cotillard s’engagent sur l’écologie, le milieu de la musique devrait s’emparer plus de ces sujets ?

Damon Albarn a déclaré il y a quelques mois que l’art devait redevenir plus politique. Moi ça me parle et j’y crois profondément. Je ne sais pas si l’art ne doit être que politique. C’est très personnel. Moi je suis sensible à ça et au travers de Ramó, en écrivant des textes et d'essayer de participer à la création d’un imaginaire, ça me permet un peu de me libérer de mes angoisses, de me dire que je fais quelque chose, d’essayer de faire mieux et de porter quelque chose qui a du sens. Après, il y a des gens qui ne sont pas sensibles à ça. A titre personnel, je trouve ça dommage. Mais il y a de très belles chansons d’amour, des chansons magnifiques sans message particulier mais qui véhiculent quand même des émotions. Je pense que les gens devraient s’engager, même si ce mot est galvaudé. Mais il faut faire les choses parce qu’on les ressent et parce que l’on pense que c’est nécessaire. Pour des raisons qui nous sont propres. Mais ça n’aurait aucun sens de dire que les artistes qui ne s’intéressent pas à ces sujets ne sont pas artistes.


Quel est l’artiste qui a le plus influencé ta création ?

Le Douanier Rousseau. Quand j’ai commencé à écrire, il y a tout de suite eu ce champs lexical de nature, d’animaux, de forêt luxuriante. Après coup, j’ai compris d’où ça venait. Enfant, j’ai vécu quelques temps à Laval qui est la ville du Douanier Rousseau, et où se trouve le musée des arts naïfs. Et j’y suis allé régulièrement enfant, et où j’ai vu ses tableaux qui m’ont beaucoup influencé. Il mélange des plantes et des animaux qui n’ont rien à voir, c’est comme du sampling mental. Le ton de Ramò, ça vient de là.

Et si tu devais citer 2 albums en particulier ?

Dans les albums, il y a en a un dont je suis très fan, c’est l’album live de LCD Soundsystem qui s’appelle “Shut up and play the hits”. Ils devaient arrêter leur carrière et ont fait une dernière tournée qui s’est terminée au Madison square garden. Il y a des featurings incroyables, ça a été filmé par Spike Jonze, et ce qui est hyper cool, c’est qu’on entend la voix vraiment devant alors qu’elle est très au milieu dans les albums studios. Et ça me touche car il donne tout ce qu’il a. Il y a une émotion dingue qui traverse ce live. Et je citerais l’album “Merriweather Post Pavilion” que j’ai énormément écouté. Ce qui me touche, c’est que c’est un collectif assez expérimental où il y a des mélodies incroyables, très fortes, planquées au milieu de sons très aquatiques. Il y a plein d’ambiances. Il y a une énergie très scandée. Tu peux l’écouter 100 fois et découvrir toujours des choses.


Côté livres et films ?

En littérature, je dirais “L’étranger” de Camus. C’est un des premiers livres qui m’ait réellement parlé. Ça parle de nous, de notre violence, de notre incompréhension. Grosse claque quand j’avais 16 ans. Et “Dune” de Frank Herbert. Un livre écologiste avant l’heure. C’est la beauté de la science fiction ou tu peux projeter les grands enjeux, les grands sujets. la crises de l’eau, le rapport à sa planète, aux animaux, il y a quelque chose de très précurseur et intime dans ce livre. Cela parle de choses très intuitives qu’on peut comprendre de manière instinctive. Et en cinéma, pour rester dans la thématique, je dirais “Cloud Atlas” des Wachowski où on parle d’évolution de la société, des changements. C’est assez fascinant de retrouver des acteurs qui jouent des personnages différents. Tu es obligé de te laisser porter. Ces parcours racontent quelque chose. La scène de fin est incroyable. Comme dans “Sense8” où elles parlent extrêmement bien du genre. On est relié ensemble et on dépend les uns des autres.

Ramó, EP "Tout ira bien" et "A nouveau sauvage" disponibles