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Claude Violante, nineties spirit.


Chez Faces, on aime Claude Violante depuis son premier EP. Sa pop électro stylée et nimbée d'ambiances nineties ne pouvait que parler à notre âme de teenager. Mais la rencontrer fut une expérience encore plus agréable tant sa joie de vivre et son honnêteté ont rafraichi cette journée plutôt très chaude. On a donc évoqué avec elle ses différents EP, son sublime album "Armani" sorti avant l'été, la pop queer et Janet Jackson. Rencontre.


"Armani” est ton véritable premier album après 3 EP. Qu’est qui t’a donné envie de passer au format long ?

J’étais prête à faire un album depuis longtemps. Il aurait dû sortir après mon premier EP, mais il a mis du temps à se finir. J’ai sorti un 2ème EP et le label qui devait sortir l’album a fermé, donc j’ai cherché un autre endroit où le sortir. Panenka est entré en jeu et m’a proposé de le sortir mais ils voulaient sortir un EP d’abord. Donc moi je suis prête depuis longtemps physiquement et créativement, mais il fallait juste réunir toutes les conditions.


Les chansons qui sont sur “Armani” sont des titres assez anciens ?

Non car ils ont été retravaillés au moment où j’ai signé avec mon nouveau label. Il y a des nouveaux sons, 3 où 4 titres anciens qui ont été retravaillés, et le reste, ce sont des nouvelles chansons. Mais comme je travaille toute cette matière depuis longtemps, ce sont des choses que je connais bien.


On fait souvent des morceaux en fonction de ce qu’on vit, de ce qu’on ressent au moment où l’on compose. Est ce que malgré le temps qui est passé, tu ressens une évolution dans ta musique ?

Comme la finalité de l’album est récente, bien que les idées étaient là depuis un certain temps, c’est un album qui correspond à mon évolution, et à ce que je suis aujourd’hui.


Et-ce que tu avais une idée précise du son que tu voulais pour l’album? On y entend des sonorités 90’s…

Mon idée de départ, c’était de faire un album de chansons pop. Des morceaux avec des structures et des sons qui me touchent, dont ceux des années 80 et 90. Ce qui me touche dans ces sons là, c’est que ce sont des sons que je connais tellement qu’ils sont naturels pour moi. Mais au delà de ça, il y a ce truc très direct et un peu bourrin dans la musique 90’s que j’adore. Et en même temps, ce sont des riffs catchy, des morceaux qui touchent les gens directement. C’est ça qui me parle.


Les sonorités 90, ce sont aussi les sons techno et house qui arrivent dans la pop à guitare et les chansons plus mainstream, comme chez Blur avec “Girls and Boys” qui fait un titre ultra pop avec une batterie électronique...

Dans les années 90, il y a aussi le haut du panier du R’N’B, avec des prods qui mélangent musique électronique, musique urbaine, et un truc très pop, presque folk. Ce sont tous les trucs que j’aime réunis.


Je ne sais pas si c’est une de tes influences, mais en entendant ton album, j’y ai entendu une forte correspondance avec Janet Jackson, notamment ses premiers disques jusqu’à “The velvet rope”.

J’adore l’album “Janet” avec “That’s the way love goes”. Et “Control” aussi. C’est un beau compliment. Je la trouve chic, et elle a su s’entourer de très bons producteurs. Elle avait trouvé le bon équilibre entre la musique urbaine et des sons électroniques. C’est son âge d’or. Elle est un peu sous estimée, alors qu’elle vaut mieux que ça. Elle a été un peu occultée par son frère.


On a aussi souvent tendance à penser que les chanteuses sont des pantins, alors qu’elle avait probablement de très bonnes idées et qu’elle savait ce qu’elle faisait...

Les chanteuses ne revendiquaient pas beaucoup à cette époque leur part créative dans le processus de production. Ce qui me plait aussi dans sa musique, c’est le minimalisme en terme de prod et d'écriture. C’est ce vers quoi je tend. Arriver à être très concis tout en disant les choses justes. J’y arriverai sur mon deuxième où troisième album.

“Tu n’y arrives pas si mal sur “Armani”...

Le fait d’avoir du temps, ça aide à enlever des choses. Il y a des morceaux qui sonnaient plus riches - dans tous les sens - quand je les ai commencé.


Tu as une manière de chanter très personnelle, qui n’est pas du tout française. Ta manière d’agencer les mélodies sur les sons par exemple est plus proche des musiques noires.

C’est quand même ce que j’écoute le plus. J’ai beaucoup écouté de R’N’B, de soul. Et même aujourd’hui, la pop vient de cette musique. Je n’ai aucune culture en musique française. Je n’en ai quasiment jamais écouté.


Ce qu’on retient aussi à l’écoute de ton disque, c’est le côté musique de Club. On a vraiment l’impression d’un mix de soirée.

C’est marrant car je n’y pense pas. Je ne sors pas tous les soirs, mais c’est quand même une musique que j’écoute beaucoup. Notamment des choses des années 90. Il y a sans doute ce truc d’énergie de rassembler les gens plus que la danse. Je ne pense pas au côté dansant. En revanche, c’est vrai que j’ai accéléré beaucoup les chansons. Mon réflexe, c’est plutôt d’écrire lent au départ.


Est-ce que c’est important pour toi d’être une femme productrice ? Est ce que cela veut dire quelque chose ?

Oui, forcément. C’est pas important parce que c’est naturel pour moi, mais c’est important parce que c’est une réalité de cet album que j’ai écrit, composé, produit. Quand je joue avec des musiciens masculins dans mes concerts, c’est arrivé très souvent qu’on pense que je n’étais que la chanteuse. Et c’est énervant car l’énergie et l’investissement dans la création sont énormes. Donc oui, ça m’importe que ce soit clair pour les gens. Et c’est important de le revendiquer car en grandissant, moi je n’avais pas de modèles. Il y a aujourd’hui plein de filles qui font de la musique électronique et qui n’ont besoin ni de la validation des hommes, ni de leur aide technique. Je suis moi même très geek et passionnée de synthétiseurs et ayant appris sur le tas, c’est important que les femmes pensent que c’est possible, qu’il suffit juste d’apprendre. Il y a des productrices comme Linda Perry qui ont produit de gros albums, mais c’est très très loin d’être la norme. Ça doit s’ancrer dans le quotidien.

Le clip d’”Armani” présente une femme en armure qui se bat pour ses convictions et la vie qu’elle a envie de mener. Est-ce que c’est la continuité de ça ?

Bien sûr. J’en suis à un moment de ma vie où toutes ces choses là sont importantes, et j’avais envie de travailler avec des femmes pour la partie post prod. Après avoir travaillé la musique avec peu de monde, mais uniquement des hommes, je me suis dit que ce n’était pas possible que je me retrouve à ne travailler qu’avec des hommes. Donc j’ai cherché des femmes réalisatrices, photographes, stylistes, maquilleuses… J’avais envie d’avoir ce regard féminin sur moi. Et il me semblait que c’était important à promouvoir d’une certaine façon, car le message, c’est d’être dans une forme d’égalité. En tout cas c’est une de mes convictions.



C’est un clip très Queer, militant d’un certain point de vue.

De la même manière que je n’ai pas eu de modèles de femmes productrices en grandissant, je trouve que c’est important - quand on est dans une certitude et que c’est une réalité de notre quotidien - de montrer ça aux gens plus jeunes qui ont moins la possibilité d’en parler. C’est mon devoir de le montrer et que ce soit présent dans le paysage. Et puis ça avait du sens car c’est un des sujets du disque. Et puis je voulais voir ça dans un clip qui passe sur M6. Après, il ne faut pas ce soit un outil publicitaire pour gagner de l’argent. Il faut arriver à en parler sans que ce soit putassier, ni une satisfaction pour les mecs qui veulent voir des meufs s’embrasser. Le plus difficile était d’agencer le message et le visuel. Ces sujets là sont tellement récupérés à tort et à travers par des gens qui ne savent pas de quoi ils parlent…


SOUS INFLUENCES DIVINES

“Il y a beaucoup de trucs qui m’ont marquée à différentes époques. Mais à l’adolescence, après une période très hétéronormée où j’écoutais les Boys Band et où je kiffais Léonardo Di Caprio, je suis passée à Michael Jackson période “Dangerous”. C’est la tension qui m’a marqué dans sa musique et sa voix. Janet l’a aussi mais de manière plus sensuelle, qui me touche plus aujourd’hui. Mais j’écoutais beaucoup Garbage et Texas, des images féminines assez fortes et importantes, un peu borderline. J’ai jamais été girly, et elles ne l’étaient pas. Puis j’ai écouté de la musique de club, Miss Kittin, Chicks on Speed, Le Tigre. Tout ça ça m’a marqué. J’écoutais un peu aussi les Riots Grrrl, mais c’est après le Lycée que j’ai écouté du rock. J’écoutais aussi beaucoup de soul, Aretha Franklin, Candi Staton et Judee Sill qui était plus folk. C’est une femme peu connue avec un talent d’écriture énorme. Mais peut être que ma plus grande influence, ce sont les Beatles, car je les ai tout le temps écouté. Ça reste mes classiques d’écriture avec Joy Division et Marvin Gaye. Je retrouve là-dedans des choses sensuelles, sombre et pures. Et j’adore Whitney Houston. C’est une immense chanteuse avec de la force et de la finesse en même temps. Je la redécouvre maintenant.

Il y a un livre que j’aime beaucoup qui est “Le coeur est un chasseur solitaire” de Carson McCullers. Mais mon préféré, c’est “Frankie Adams”. C’est un auteur très important pour moi. Il y a aussi Richard Wright et Romain Gary. Et Stephen King. C’était mon péché mignon avec Bret Easton Ellis. Et Dorothy Allison qui écrivait des romans féministes sur des femmes dans le Sud des USA. Je m’identifiais vachement à ça, la chaleur, la poussière, un truc d’ennui.

En cinéma, j’adore Terrence Malick. La grâce et la beauté. Mes parents faisaient du cinéma, donc enfant j’ai vu les films de Tarkovski très jeune. Et il y a un truc esthétique qui est resté. La pureté de peu de mots, mais le poids de la vie, la mélancolie belle, ça me parle. Kubrick aussi beaucoup. Et j’aime Coppola. Et Douglas Sirk aussi dans les classiques. Ça me touche car c’est très pop et mélodramatique. Et j’aime beaucoup Gregg Araki, particulièrement “Mysterious Skin” qui est un de mes films préférés. Esthétiquement, il y a quelque chose de fort. En photographie, j’aime beaucoup Diane Arbus, Atget et son Paris où l’on voit plus le sol que le ciel. J’aime aussi beaucoup Bresson, les époux Becher et leur esthétique industrielle. Et William Curtis. Ce sont des photos qui me touchent. Il y avait un recensement de la terre, et il montre cette diversité dans ses photos d’autochtones. Plus récemment j’aime Harry Gruyaert.”

Album "Armani" disponible