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MorMor, un peu ailleurs

June 13, 2019

 

Il est souvent difficile aujourd’hui de classer les artistes dans un genre particulier. Le rap est devenu urbain, le rock est au point mort et la soul est R'n'B. Finalement, bien que devenue minoritaire, la pop est le dernier rempart à un mélange musical des plus stimulants. Blood Orange, Solange où MorMor ont des points communs et font une musique que l’on peut qualifier de pop sans renier un héritage soul, qui partirait de Marvin Gaye pour atterrir chez Franck Ocean. MorMor est canadien, il a 27 ans, et son 3ème EP, “Some place else” est l’une des choses les plus délicates que l’on ait entendu depuis longtemps. “Pour moi, c’est le sentiment autour du mot qui est important. Il y a des moments où j’ai senti que je pouvais aller plus loin, dans un style plus flamboyant, mais je voulais quelque chose de plus calme, autour des mots.”

 

Pourtant, quand on le rencontre après son concert au festival This is not a love song, les mots sont rares. Probablement une grande timidité derrière un regard volontaire. Et une création plutôt solitaire, entamée dans sa chambre de jeunesse avec une guitare et un ordinateur. Mais surtout, une intimité qui transpire dans ses chansons, de “Heaven’s only wishful” à “Get away”. “J’ai un peu lutté avec ça d’abord. Car être personnel, c’est aussi se montrer vulnérable. Et c’était un peu effrayant. Et thérapeutique. Et puis après, il faut mêler tout ça à des décisions artistiques. Je produis la plupart des mes chansons seul dans ma chambre, sauf les voix que j’ai enregistré en studio cette fois. Enregistrer dans ma chambre, c’était aussi pour des questions économiques. Mais ça aide à trouver l’intimité que je veux donner dans ma musique.”

 

Il y a quelque chose de presque californien dans la musique de MorMor. Un côté dream pop assumé qui élève ses mélodies vers quelque chose d’aérien, qui nous a justement fait penser par moment à AIR. “C’est un peu cliché, mais j’adore Daft Punk et Serge Gainsbourg. Sébastian aussi. Quand j’étais plus jeune, mon cousin adorait Air, et il écoutait tout le temps leurs albums. Ça a du infuser quelque part. Je ne les ai pas spécialement écouté de moi même. Mais j’aime cette idéalisation de Paris et de ses musiciens.” Les musiciens français, nouvelles références chics ? Blood Orange qui reprend Jacno, Solange qui travaille avec Chassol, et maintenant MorMor qui cite la French Touch et le maître Serge “Moi, je dirais que je fais de la pop. J’aime cette appellation. Les Beatles, Michael Jackson où Kurt Cobain ont fait des chansons qui ont réussi à mélanger diverses intentions et styles. Même si les gens aiment bien taper sur cette étiquette, c’est ce que j’essaie de faire.”

 

Pop ou dream pop, la production de “Some place else” est en tout point parfaite. Nappes de synthés, batteries éclairées, riffs de guitares délicats, et la voix touchante et délicate de Seth. “Je n’avais pas vraiment conscience de la cohérence entre mes chansons. Je les ai composées, enregistrées sans me soucier d’un son en particulier, au fil des chansons. En revanche, assez vite, je les ai dépouillées afin que les gens puissent faire attention aux paroles. Plus qu’à la production. Pour la chanson “Some place else”, J’ai commencé à gratter ma guitare, et assez vite j’ai cherché un refrain car j’étais en studio. J’avais les couplets, mais je voulais vraiment profiter du studio pour finir ce titre. C’est la dernière chanson que j’ai faite pour l’EP”

On se demande toujours si la situation géographique des musiciens influencent leur création. Est ce que vivre à Toronto, berceau de Drake et de The Weeknd entre autre, plutôt qu’à Montréal influence Seth ?“A Montreal, il y a Grimes, Mac de Marco, une sorte scène communautaire. A Toronto, c’est un peu différent. C’est une grande ville aussi mais on n’a pas vraiment de relations avec Drake ou the Weeknd, d’abord car ils sont d’une autre génération. Mais c’est bien qu’il aient éclaté, ça met en lumière la ville et ses créateurs.”

 

La lumière que MorMor met dans sa musique nous a semblé si personnelle que l’on se demandait s’il était prêt pour enregistrer ses nouvelles chansons avec un producteur après 2 EP dans cette veine intimiste. ““e suis ouvert à travailler avec d’autres producteurs, d’autres musiciens. Mais j’ai toujours une idée précise de ce que je veux entendre, donc au final je finis toujours par faire les choses moi-même. Mais je suis ouvert aux suggestions, et je pense qu’un jour j’y viendrais.”

En tout cas, Seth a bien le temps d’y penser, bien que sa génération de musiciens fassent les choses de plus en plus vite, rapidement, avec presque peu d'intermédiaires entre la création et l’auditeur.“Tout ne va pas toujours si vite. On ne fait pas toujours tout de manière spontanée. Il y a aussi des hésitations, des allers retours. Mais c’est intense. Après je joue dans des endroits où je ne suis jamais allé, c’est spécial. ”

 

Après une date à la boule noire et un concert au Festival This is not a love song, on a hâte de découvrir les prochains sets de MorMor et de voir comment va évoluer le son de ce songwriter génial, aussi talentueux que discret.

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

“Kurt Cobain me fascine car ils est très complexe. Il est tellement intéressant, émouvant. Dans les albums, je dirais ”Unknown pleasures” de Joy Division, “Nevermind” et “Bleach” de Nirvana, “My beautiful dark twisted fantasy” de Kanye West, “Melody Nelson” de Gainsbourg. Ce sont des albums importants pour moi. Les arrangement de cordes de Melody Nelson sont insensés. J’aime ces albums pour le sentiment qu’ils me procurent. Ils ont tous été importants à différents stades de ma vie. J’adore les films de Wim Wenders, “Les ailes du désir”, “Paris Texas”. C’est le créateur qui me touche le plus. La paix qu’il y a dans ses films. La simplicité et la façon dont il capture la vie. Hitchcock aussi. Et “Shining” de Kubrick qui est un film qu’on peut revisiter à chaque vision. Quand j’écris mes chansons, je vois toujours des images, c’est pour cela que je me sens capable de réaliser mes vidéos. Dans les livres, j’aime “Le prophète” de Khalil Gibran. En peinture, j’ai toujours été fasciné par Basquiat. Bien que ce soit cliché, c’était un créateur noir qui ajoutait des couches et des couches à son art. Ce n’était jamais unidimensionnel. A chaque fois que je vois ses oeuvres, j’y vois quelque chose de différent. Et Rothko également. Tu peux rester des heures devant ses peintures. Je l’ai découvert à la Tate Modern il y a 8 ans et j’ai été subjugué.”

EP"Some place else" disponible

 

 

 

 

 

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