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Divine Maud Lübeck

June 17, 2019

 

Il est parfois des albums désarmants de sincérité qui donnent l’impression que leurs auteurs sont exactement là où ils doivent être : alignés avec le monde, leur inspiration, leur création, et les auditeurs. C’est le cas de “Divine”, le somptueux troisième album de Maud Lübeck sorti en début d’année, dont la réception médiatique a été unanime : “C’est un album qui m’a traversé. Je l’ai fait sur une période très courte, c’était très dense, j’étais très habitée par ce projet. J’avais l’impression que ça m’échappait. J’étais très inspirée, et je m’étais dit que peut être ça pouvait toucher les gens. Mais de l’intérieur je n’ai pas essayé de plaire. Et j’ai été vraiment cueillie et touchée par l’accueil de cet album. Il a été aimé. J’ai ressenti de l’amour pour l’album.”

 

De l’amour pour un disque qui parle de la rencontre amoureuse, c’est presque logique. Mais l’album de Maud Lübeck va bien au delà de ça. Des chansons d’amour, on en connaît, il n’y a presque que ça qui existe. Mais ici, nous sommes en présence d’une nouvelle manière de dire l’amour, l’amour féminin, simple, pudique, non dénué d’angoisse. “Quand j’ai réfléchi au sujet, une rencontre amoureuse, ce n’est pas que de la légèreté. Dès que la mécanique du cœur se met en place, il y a de la peur qui arrive. Dans l’histoire que j’ai scénarisé, je voulais parler aussi de ça, de la peur de tomber amoureux, de la joie de la rencontre, de la peur de se relancer dans une histoire. Et puis ça m’a permis de faire référence à l’album précédent qui était vraiment un disque sur la rupture amoureuse. Pour moi c’est un diptyque. On m’a d’ailleurs fait remarquer que “Toi non plus” se termine au piano, et que “Divine” commence au piano. Et dans les textes, je fais aussi référence à l’album précédent.”

 

Car avant d’arriver à ce divin “Divine”, le parcours de Maud s’est fait de manière discrète mais assurée, avec “La fabrique” en 2012 et “Toi non plus” en 2016 : “Il y a eu d’autres albums avant. Dont un qui a été réédité 10 ans plus tard par les disques du 7ème ciel. C’est un bel objet qu’on trouve chez quelques disquaires. J’ai formulé le souhait de chanter à 15 ans. C’est la chose qui me stimulait. C’était mon refuge, mon endroit à moi. Ensuite j’ai fait des études, je suis devenue psychologue, mais je me suis dit qu’il ne fallait pas que je m'embarque là-dedans, sinon j’allais passer à côté de ma vie.” Et puis le parcours classique des jeunes musicien.ne.s : “J’ai fait des petits boulots tout en faisant des albums maisons que je faisais écouter à mes proches. J’envoyais ça vaguement à des labels, et j’ai fait une musique de court métrage. En travaillant sur ce projet, j’ai rencontré un éditeur qui a aimé mes démos. Et c’est cette personne qui m’a introduit dans ce milieu, en me faisant faire des musiques de pub et en m’offrant ses studios pour enregistrer des choses. Et à la même époque sont arrivés les CQFD des Inrocks, Myspace, ce qui m’a permis de rencontrer des artistes, dont Catherine Watine qui a fait un partenariat avec les Inrocks pour sortir une compil d’artistes qu’elle avait rencontré via Myspace. Ça m’a permis de faire ma première scène au divan du monde pour le lancement de cette compil. J’ai longtemps été tétanisée par la scène. Avant cette soirée, je n’avais jamais fait de concerts. Et les choses se sont enchaînées. J’ai rencontré Julien Bassouls qui m’a fait faire des résidences aux 3 baudets…”

 

Nous connaissions mal les albums précédents de Maud Lübeck, mais il nous a suffit de l’entendre dire “Prends soin de moi ou je meurs” pour immédiatement tomber amoureux de cette collection de chansons intimes, sorte de journal de bord sophistiqué, mais d’une simplicité limpide où les claviers s’accordent à la voix douce mais assurée de Maud, rappelant parfois les intonations d’une Isabelle Mayereau, où d’un Alex Beaupain période “Les chansons d’amour” et son mantra “Aime moi moins mais aime moi longtemps”.“Je voulais que ce soit très intime. Ces sont les chroniques d’une rencontre. C’est un album dédié à une personne, et je voulais garder cette intimité. Je voulais chanter à l’oreille de quelqu’un. Il y a peu d’effets sur la voix, je voulais qu’on soit presque chez moi. Jusqu’à présent, mon processus de création était de partir de l’ordinateur et de ses sons. Alors que là, je suis partie du piano. Je venais de faire une série de concerts en piano voix pour défendre “Toi non plus”, mon précédent disque. J’étais dans cette énergie là pour passer à “Divine”, l’autre facette de “Toi non plus” qui était un disque de rupture. J’ai retrouvé ce que je faisais à l’âge de 15 ans quand j’écrivais mes premières chansons en piano/voix. Ce qui ne m’a pas empêchée d’arranger les chansons.”

La modernité, où en tout cas la nouveauté que l’on perçoit dans “Divine”, c’est aussi la déclaration d’amour d’une femme à une autre. Avec la même pudeur naturelle que semble avoir Maud Lübeck quand on la rencontre. “Je n’y ai pas pensé en le faisant. J’ai fait un travail où je ne voulais pas que ça s’entende, mais je voulais que ça se lise. Je fais partie de cette génération qui parlait de son ami(e). J’ai appris dans mon quotidien à ne pas accorder l’être aimé. Je parle du passé bien sûr, car en prenant de l’âge on se sent plus confiant pour en parler. Et le monde a évolué. Mais mon écriture fonctionne comme ça. Par contre, je voulais que ça se lise pour ne pas me trahir. C’est un album dédié à une femme. La forme de neutralité me permet d’en parler de manière universelle. Il n’y a pas de militantisme dans le sens où l’album est dédié à une femme. Je ne me suis jamais dit que le mot “Divine” s’employait au féminin, alors que tout le monde y pense. Avec le recul c’est évident.”

 

 

Finalement, cet album majeur est peut être le premier à défendre cette idée d’universalité dans l’amour, sans en faire un étendard, mais avec quand même l’envie que les choses bougent un peu, quitte à le faire en douceur. “Ce n’est pas dans ma personnalité d’être militante, mais j’ai été tellement en colère au moment du mariage pour tous que c’était insoutenable. Et je ne veux plus jamais entendre ça. Donc cette part de colère fait que je ne veux plus qu’on m'abîme avec ça. Je suis plutôt dans la méthode douce, et je le fais à ma façon. Mais il y a finalement un peu de revendication. Si les chansons devaient être gravées dans la pierre, ce serait au féminin. Après, je tiens beaucoup à la neutralité, au côté universel. Je veux que mes chansons s’adressent à tout le monde.”

Maud fait partie, à sa manière, d’une scène queer, féminine et féministe dont le monde a besoin pour faire bouger les lignes et la création, sans pour autant renier cet ADN pudique qui sied merveilleusement à ses chansons : “Je pense que je resterai sur ce mode là. On m’en parle pour la première fois alors que j’ai toujours fait ça. Mais c’est vrai que le clip réalisé par Robi sur un mode Karaoké a mis en avant le texte au féminin. Et du coup ça a permis cette lecture. Mais aujourd’hui on en parle plus facilement. Dans la génération des filles plus jeunes, des artistes, elles sont plus libres. Je n’ai pas connu la même chose. Quand je vois des jeunes femmes, ça me touche. Elle sont libérées. Même si tout n’est pas tout rose, ça fait moins peur.”

 

“Divine” est un album apaisant qui fera date et qui, on l’espère, permettra à Maud Lübeck de toucher encore plus de monde tant sa musique nous a transpercé. Elle sera cet été aux Francofolies de La Rochelle, où elle partagera une soirée avec Alain Chamfort, autre élégant pudique avec qui elle vient d'ailleurs d’enregistrer un duo. L’amour un jour, pop toujours.

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

“Pour moi c’est Gainsbourg. Il a été le déclic de quelque chose. Au tout début, je composais des piécettes au piano, très influencées par Chopin, les romantiques. Et Gainsbourg a repris des mélodies de Chopin, en mettant des mots dessus. Et ça m’a donné envie d’écrire des textes. Le déclic a été la chanson “Manon”. C’est né de ça. Dans mes albums de chevet, il y a du coup “Melody Nelson”. Bach par Glenn Gould également car je viens de là, j’écoutais ça enfant. Et sinon, j’ai été beaucoup marquée par Philip Glass et François de Roubaix, qui est mon maître sur terre.

“Douleurs exquises” de Sophie Calle m’a beaucoup marquée. J’aime tout ce qu’elle fait. Elle m’a reconnectée avec l’auto-fiction, puisqu’elle fait de sa vie son oeuvre. Je me suis autorisée à le faire dans ma musique grâce à son travail. Elle va au delà de ça d’ailleurs car elle se met en scène sur des choses qui n’ont pas de rapport avec sa vie. Mais la voir faire m’a aidé à oser.

En cinéma, dans le genre auto-fiction, j’aime beaucoup Alain Cavalier. J’adore son cinéma, que j’ai à découvrir car il a fait beaucoup de films. Et Agnès Varda évidemment qui me touche beaucoup. Truffaut aussi. Ce qui touche à l’intime me parle. Je marche beaucoup par vague, mais j’adore Adjani, Deneuve et Huppert. Ce sont de grandes grandes comédiennes.”

Album"Divine" disponible

En concert aux Francofolies de La Rochelle avec Alain Chamfort le 13 juillet.

 

 

 

 

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