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Amour Courtois Toujours


“Pour l’instant je me sens plus habile pour amener ma pierre à l’édifice d’autres projets que de construire ma propre maison, mais ça vient. Je pense qu’Amour Courtois a vertu à devenir plus qu’un projet solo, et possiblement un regroupement, comme les maîtres chanteurs de Nuremberg pour filer la métaphore médiévale.”


Joseph Sainderichin, poète créateur du projet Amour Courtois est un drôle de maître-chanteur. Aperçu sur scène notamment avec François Club, il faut l’avoir vu jouer de la basse pour comprendre la fascination qu’il peut exercer sur les foules. Mais comment diantre cette idée d’Amour Courtois a germé dans la tête d’un créateur de 25 ans ? “ Au départ, j’ai trouvé le nom. J’ai écrit un premier texte, “Berthe”. Mais c’est par la suite que j’ai bâti l’édifice “Amour Courtois”. Je voulais creuser l’idée de l’artiste et de l’idéal amoureux. Un peu comme dans le cinéma. Le film “Colonel Blimp” de Powell et Pressburger synthétise cette idée pour moi. Le fait d’envisager l’amour aujourd’hui ressemble à la manière dont on a vu qu’il était envisagé au moyen age. Un mélange entre diabolisation et déification de la femme, relayé et adapté par les applications de rencontres, qui renforcent cette idée d’amour fou.”


L’écouter discourir sur la chanson romantique et les chanteurs de charme est passionnant, lui qui mêle la philosophie à l’art populaire du songwriting : “Les artistes sentimentaux chantent une multitude de rencontres qui sont en fait toutes les manières dont l’amour idéal se manifeste dans son esprit. C’est cette manière de transformer le chagrin d’amour en musique qui prend une forme, mais de manière démultipliée.”

Pour l’instant, la forme que va prendre “Amour Courtois” n’est pas figée dans l’esprit de Joseph. Quelques chansons, des soirées à Paris, un fanzine...“Les soirées sont importantes pour moi, car j’invite les artistes à faire de la musique mais aussi à présenter d’autres formes d’art. Par exemple, tous les artistes seront invités à participer à un fanzine qui sera vendu pendant les soirées, et ou chacun pourra s’exprimer comme il veut, en photo, peinture, poésie… L’organisation de soirée est un art aussi, au même titre que la production musicale. Je sais que mon appétit pour la création ne s'arrêtera pas à la musique. J’ai envie d’avoir le moins de frontières possibles.”


La forme première est quand même la musique, matière vivante et mouvante qui synthétise la créativité débordante et foisonnante de Joseph : “ Je suis venu à la musique un peu par hasard. Je voulais faire de la philosophie, mais ça n’a pas marché. Et puis je me suis mis à jouer de l’harmonica dans le groupe d’un ami. De fil en aiguille, j’ai monté un projet post punk adolescent. Et puis je jouais un peu de guitare, j’écrivais les textes en anglais. Mais j’ai toujours été un peu dilettante. Je suis toujours tiraillé entre les différents arts. La musique s’est présentée et depuis j’en fais pas mal.” Mais encore une fois, rien de définitif dans la forme : “ je veux être aussi libre avec la chanson que ceux qui font de la musique expérimentale. Comme un essai, un brouillon de quelque chose. Et il y a ça dans la musique expérimentale qui n'obéit pas aux canons de la pop music. Et je sais qu’il y a cette chose bancale dans ma musique. Comme un laboratoire foutraque qui se développe.”

Son premier EP, "chansons rêvées", sortira ce printemps, et sera la première sortie du label Beagle Recors. "J'ai tout enregistré tout seul chez moi, ça a été mixé par mixé par François Gout de François Club et Romain Dejoie de Kumisolo, et masterisé par Maxime Maurel (Studio Noir). Dans ces six titres j'ai voulu mettre en exergue l'amour rêvé dans toutes ses ramifications: du chagrin au sexe en passant par le fantasme, la glorification de l'être aimé, l'absence et le recueillement; pour finir par ma définition personnelle de l'amour courtois. " Dejà adoubé par Bertrand Burgalat qui l'a cité dans les artistes à suivre et à signer dans sa chronique dans Rock & Folk, Joseph Sainderichain ne cherche pas la facilité, mais plutôt une sorte d'élan créatif, un geste pur rarement entendu dans la pop d'ici.


Il est toujours intéressant de suivre les évolutions musicales des nouvelles générations habitués à la dématérialisation de la musique, où finalement le support importe peu. En revanche, la passion qui anime Joseph est palpable, dans sa musique mais aussi dans sa parole réfléchie et inspirante, toujours mue par une volonté artistique et un geste romantique plutôt touchant. “Mon but, c’est de raconter des histoires qui mêlent les différents arts.” Pari à suivre en tout cas.


SOUS INFLUENCES DIVINES

“Puccini est le musicien le plus sentimental qui soit. Il arrive à la fin du Bel Canto et il se nourrit de tout. Dans ses pièces, il croit tellement en ses sentiments et s’inspire de son temps, que tout ce qu’il fait est propre à son époque, autour de la chose amoureuse. Pour les albums, “Ram” de McCartney symbolise pour moi la musique comme construction de soi. En acceptant la fin de quelque chose comme le début d’une autre chose. Et aussi le premier album de Julien Gasc. Il m’a donné envie de faire de la musique. Il fait partie de ses gens pour qui il n’y a pas de barrage. C’est du sentiment dans toute son intelligence.

Dans les livres, “illusions Perdues” de Balzac. Le romantisme pour lui est bienveillant et drôle. Et “L’interprétation du rêve” de Freud est très important pour moi car il m’a formé.

En cinéma, je dirais “Une question de vie et de mort” de Powell et Pressburger qui est une fable extraordinaire. Et “La grande ville” de Satyajit Ray. C’est un réalisateur qui fait de la musique aussi. “Blade Runner 2049” est le meilleur film de ces 5 dernières années. C’est le film qui s’adresse à ma génération. C’est la première fois qu’un film a été fait pour moi et que je puisse comprendre mon temps. Il m’a bouleversé. Et j’aime beaucoup le personnage de Mac Nulty dans “The wire”.

En peinture, j’aime Albert Marquet. Il est très passéiste mais il a réussi à en faire une avant-garde. Il a réussi à croire à son décalage, à faire de l'impressionnisme en 1950. Et ça fait de lui un grand artiste pour moi.”


Merci au comptoir du chineur pour les photos.