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La nouvelle partition d’Orouni

April 17, 2019

Discuter de “Partitions” musicales avec Orouni est un régal. D’abord parce que ses disques, très bien produits, et un peu à contre-courant de ce qui sort actuellement, sont très beaux. Mais aussi car on est ravi d’en apprendre un peu plus sur ce groupe à géométrie variable qui sort donc un nouvel album le 19 Avril sur le label December Square. “Beaucoup de gens se demandent si Orouni est un groupe ou un projet solo. Moi je le définis comme un groupe bien que je sois l’unique auteur et compositeur. Tout ce que je peux faire par moi-même, je le fais car je veux assumer tout ce qui sort sous la bannière Orouni. Après ça n’exclut pas que les musiciens amènent des idées. Je ne donne pas un motif précis pour la batterie ou la basse par exemple. Je donne un cadre et les musiciens proposent des lignes. Si le projet peut être amélioré par la créativité des autres musiciens, c’est encore mieux.”

 

Celui qui parle, c’est Rémi, tête pensante du projet qui, mine de rien, sort des albums depuis pas loin de 15 ans, prenant son temps pour peaufiner son songwriting pop folk entre un tour du monde et la vie qui passe : “Mon deuxième album est sorti en 2008, le troisième en 2014. Entre ces deux albums, j’ai eu envie de changer de vie. J’ai démissionné de mon boulot et je suis parti voyager dans une douzaine de pays. Mes parents m’ont emmené dans beaucoup de destinations enfant et j’avais envie de continuer ça. Ça m’a pris une grosse année, et j’ai pris mon temps pour enregistrer l’album en suivant.”

 

En revanche, les voyages ont été plus immobiles pour produire ce 4ème album. “Ce dernier album a été composé quasiment entièrement dans ma tête, sans l’appui d’une guitare contrairement aux précédents. C’est toujours la mélodie qui est au départ de mes chansons. Et ça a une incidence sur ma manière de travailler puisque plusieurs harmonies peuvent se caler sur une mélodie.” Mais qu’est ce qu’il se passe dans la tête de Rémi pendant ce temps d‘incubation artistique ? “Je ne compose pas de manière régulière. Dès que quelque chose vient, j’enregistre sur mon téléphone, mais bien entendu je ne garde pas tout. Je ne suis pas comme Amélie Nothomb qui s’astreint à écrire quotidiennement. Je ne considère pas la musique comme un métier mais comme une activité. Je ne veux pas me forcer, bien qu’il faille un peu canaliser tout ça. La meilleure manière de mal travailler des titres, c’est de se forcer à en faire. J’aurais l’impression de faire des choses trop communes, moins originales, et peu personnelles.”

 

La dernière fois que l’on avait eu des nouvelles musicales d'Orouni avant "Partitions", c'était en 2017, avec l’EP “Somewhere in Dreamland”, relecture de quelques titres de son album “Grand Tour” par la chanteuse Emma Broughton. “A l’initiative des disques pavillons, on a ré-enregistré des chansons de “Grand Tour” chantées par Emma. Et ça m’a plu car l’un de mes objectifs est de faire les meilleures chansons possibles. Et ça n’est pas forcément mieux quand c’est moi qui les chante. Emma chante mieux que moi, et j’ai aimé le sortir en disque, alors que ce n’était pas prévu au départ. Et finalement, on a plus parlé médiatiquement des chansons dans cette version. Donc c’était bien que ça sorte avant le nouvel album. Emma chante également 2 titres sur “Partitions”, elle fait des chœurs, on fait des duos. C’était bien d’expérimenter une nouvelle répartition des rôles.”

 

Ce qui ressort de la musique d'Orouni, et ce dernier album ne déroge pas à la règle, c’est la richesse mélodique et l'afflux tendu d’arrangements. Des cuivres, des cordes, des instruments africains. Mais comment Rémi définirait-il lui même sa musique ? “Je dirais que je fais une musique mélodique car je pars toujours de là. En France, la tradition fait que les gens écoutent beaucoup les paroles, mais moi c’est la mélodie qui m’importe en premier. Et l’aspect organique de ma musique est un peu à contre courant en ce moment. J’ai l’impression que ma musique est très colorée aussi. Je suis mes goûts plutôt que l’air du temps. Je suis motivé par ce que je ressens.”

 

Et nous, on aime bien ça, son goût et son intuition plutôt sûrs, bien qu’il prenne (parfois) un peu trop son temps entre deux albums : “J’aime bien faire des albums élaborés mais ça prend du temps. Entre “Grand Tour” et “Partitions”, il s’est écoulé 5 ans. Mais je l’accepte car je n’ai pas envie de faire des albums en guitare/voix qui ne prendraient qu’une semaine d’enregistrement. J’aime bien quand c’est un peu riche.”

 

On termine l’entretien par la fameuse question sur le nom magique d'Orouni, masque musical de Rémi : “Pour moi, un projet musical, c’est une construction qui ne doit pas nécessairement s’inscrire dans la réalité. La musique est un langage à part, et je n’ai pas envie que trop de choses me rappellent le monde réel. J’ai envie que ça me fasse rêver, que ce soit un peu différent, ni trop personnalisé par un nom commun. Les gens chantent beaucoup sous leurs noms réels, mais je préfère quand c’est un peu une projection. Ce n’est pas pour me cacher le nom de Orouni. Je compose, je fais la promotion, plein de gens m’appellent comme ça maintenant, mais j’ai envie de proposer quelque chose qui sort du monde réel.”

 

Du morceau d’ouverture “Decomposition” entonné par Emma Broughton dans une atmosphère très Belle & Sebastian, à la folk plus cuivrée et presque soul de “Charles and Sylvester, l’album “Partitions” est peut être le moins baroque des albums de Orouni, mais assurément le plus touchant, le plus intime de prime abord. Assurément le plus pop. Et la pop, quand elle est belle, touche aux fantasmes les plus irréels. Et ceux d'Orouni sont assurément limpides.  

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

“Le plus évident pour moi, ce sont les Beatles. En terme de mélodie, de composition, ce sont les meilleurs que la pop ait connu. La manière dont ils ont évolué, leurs expérimentations. Ils ont toujours été voir ailleurs en terme de son. Leur carrière a été assez courte, mais ils ont toujours été super exigeants tout en étant accessibles. C’est quelque chose que j’essaie de pratiquer. L’album “Tropicalia” m’a également beaucoup marqué. Il a été fait sur fond de dictature, de manière collective. C’est très créatif et très fou. Ce métissage osé entre la pop et la musique brésilienne est incroyable. Il y a un bouillonnement créatif qui m’a inspiré énormément. Sinon, “Tigermilk” de Belle & Sebastian est l’album qui m’a donné envie de faire de la musique. Ça m’a aidé à me lancer. Le mélange entre la fragilité de l’interprétation et les arrangements m’ont beaucoup inspirés.

En littérature, “La vie est ailleurs” de Kundera m’a beaucoup parlé à l’adolescence. Je me retrouvais beaucoup dans le héros. “Anna Karénine” de Léon Tolstoï aussi. Un style d'une élégance et d'une précision rares, le tout avec une pointe d'humour : c'est grand. “Le Livre de l'intranquillité” de Fernando Pessoa. L'auteur parvient à nous écrire plus de 400 pages pour nous dire que sa vie est vide. Paradoxe monumental qui exprime tout de même que la littérature n'a pas toujours besoin d'une référence extérieure, elle peut se nourrir d'une vie intérieure. Et c'est d'autant plus le cas avec la musique.

En cinéma, j'aime beaucoup Coppola. “Le parrain”, “Conversations secrètes”... Il passe de choses intimes à des choses très grandioses, mais chaque film est réalisé de manière très belle, avec une attention aux acteurs, au scénario, à l’image. Il y a malgré tout une cohérence globale. Et puis j’aime l’aspect bricolé de Michel Gondry. “La science des rêves” est un film que j’ai beaucoup aimé. Et David Lynch également. C’est un cinéma qu’il faut ressentir, et ça me parle. Même si tout n’a pas de sens pour les spectateurs, on peut quand même les apprécier.”

 Orouni, "Partitions" nouvel album disponible (December Square/Differ-Ant)

En concert à Petit Bain (Paris), le 18 juin




 

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