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Sônge en plein rêve.

April 3, 2019

 

C’est quoi être une chanteuse pop en 2019? Est ce que cette dénomination a toujours un sens? Est-ce qu’il y a des points communs entre Aya Nakamura, Fishbach où Flèche Love ? Sônge et son R’n’B rétrofuturiste pourraient finalement synthétiser assez bien cette nouvelle scène de compositrices - productrices - chanteuses qui se débrouillent très bien toutes seules avec leurs  machines et leurs idées folles, mais qui n'ont que faire des chapelles musicales. “C’est très important pour moi de produire ma musique. Je ne suis pas fermée aux collaborations, mais je me sens comme une architecte qui a envie d’habiter dans la maison de ses rêves. Et je veux décider où je mets l’escalier, où je mets la chambre. Pour moi c’est un vrai plaisir de fabriquer mes sons. Je me verrais bien produire pour d’autres personnes. Faire des remixes, ça m’éclate vachement.”

 

Pour le moment, Océane aka Sônge vient de sortir son premier album “Flavourite CÂL”, un album contrasté qui mine de rien définit assez bien le son de notre époque, entre mysticisme romantique et hip hop électronique : “Je suis très intéressée par l’univers du fantastique. Que ce soit dans le cinéma, les contes, la mythologie, l’irréel. Et aussi l’invisible, tout ce qui est là et qu’on ne peut pas mettre dans une boîte.” Rien qu’avec son nom d’emprunt, Sônge nous emmène dans un ailleurs, assez loin du quotidien que la plupart des artistes urbains ou hip hop offrent habituellement dans leurs morceaux : “J’ai un peu le sommeil détraqué. Je trouvais ça drôle pour quelqu’un qui ne dort pas de s’appeler Sônge. Quand je ne dors pas, ça m’arrive de faire de la musique, mais la plupart du temps, je cogite. Mais réfléchir la nuit, c’est chiant, parce que ce ne sont pas des pensées terribles.” Ce manque de sommeil infuse dans les ambiances sombres et dansantes des chansons qui composent l’album, mais de manière cachée, subtile, sans apitoiement : “Quelquefois, tu n’as pas envie de parler de choses personnelles. Du coup partir dans les contes, se référer à l’Antiquité, travailler par métaphores, c’est plus intéressant.”

La Bretagne, patrie d’origine d’Océane, serait-elle la source de toutes ces idées imaginaires ? “La Bretagne influence forcément ma musique. Partout où je vais, je la transporte avec moi. Surtout dans le magique. C’est super présent. Je m’intéresse beaucoup aux superstitions. La spiritualité m’intéresse beaucoup également. J’étais passionnée par la sorcellerie quand j’étais plus jeune, j’avais plein de grimoires, des potions, des filtres. Ma chanson “Crépuscule des dieux” est également inspirée par un conte scandinave et allemand. Tout ça me passionne. Wagner, Tolkien,Les Walkyries, tout ça m’a inspiré pour écrire cette chanson.”

Mais question son, qu’est ce qui a poussé une jeune adolescente à se mettre à la musique électronique? “Je suis venue à la musique par les percussions. Tous les samedis, j’allais avec une copine dans une maison pour tous, et on prenait un cours de percussions. On apprenait les rythmes de l’Afrique de l’Ouest. il y avait ce côté activité. Et après, en soirée, toutes les deux on prenait des Percus et on faisait danser les gens. J’aimais bien l’idée de faire danser les gens. D’être à l’intérieur de la fête. Quand tu es un peu timide, c’est un super moyen pour se faire des ami.e.s.” La musique comme pont social, le meilleur moyen de trouver sa place? “J’ai déménagé et j’ai commencé à faire de la musique seule sur ordinateur. En Bretagne, je faisais de la musique avec mes potes, et c’était en acoustique. Et je suis partie en Allemagne où je ne connaissais pas grand monde. J’étais un peu timide, je ne parlais pas bien l’allemand. Du coup j’ai commencé à faire de la musique dans ma chambre, et j’ai trouvé ça cool. J’ai été très très prolifique à ce moment-là. En Allemagne tu as les tours de télécom, et depuis mon appartement, je regardais cette tour qui m’inspirait vachement.” Mais arrive toujours le moment où se pose la question de la professionnalisation de tout ça, de l’ouverture sur le monde extérieur et le public. “On a fait un clip avec des potes, et à partir du moment où il y a la dimension du clip, ça ne t’appartient plus. C’est ça qui a été le déclic entre le fait de faire de la musique dans ma chambre, et de la proposer au monde.”

L’électronique revêt chez Sônge une atmosphère chaleureuse, simple, avenante, où pointe une sorte de douceur dans une musique que l’on pourrait penser froide et robotique. “Je pense que la chaleur de ma musique vient de moi. Je ne suis pas quelqu’un de froid. Je n’ai pas réfléchi à ramener de l’acoustique ou de la chaleur dans dans ma musique. Il n’y a que des éléments électroniques, à part le chant et quelques lignes de guitare. J’avais juste le minimum de matériel pour produire cet album du coup c’est très électronique. Si c’est très chaleureux tant mieux, mais ce n’était pas calculé.”

Cette spontanéité et ce manque de calcul se lisent à travers le choix de chanter en anglais, en français, avec des morceaux parfois très up-tempo, parfois plus smooth (“Magic Hairdo”, “Thanatonautes”), ou empreints d’un romantisme langoureux (“Crépuscule des Dieux”). “C’est le morceau qui amène la langue. Ça sort de manière très sauvage. Je commence toujours par la trame harmonique, qui donne la couleur dominante du morceau. Ensuite, comme dans une peinture, je décide quoi mettre en avant, quoi cacher. En composant, je fais un peu mon pré-mix. Puis je construis la mélodie. Et le texte arrive. En anglais ou en français. Cet album est moins sombre que ce que je faisais avant. C’était plus sinueux, plus torturé. Myd (Club Cheval) m’a beaucoup aidé pour tout ça. C’était une rencontre décisive car il m’a vraiment aidé à contraster ce qui se passe dans les morceaux. Ça a été assez facile de travailler avec lui après des années de solitude musicale. Il capte tout de suite le morceau et jusqu’où il peut aller. Il ne veut pas travestir les chansons, il veut juste les rendre meilleures.”

En artiste 2.0, Sônge sait également que la musique ne suffit pas, et que le visuel est parfois plus important que le reste. En caméléon pop, elle n’est d’ailleurs jamais tout à fait la même dans ses vidéos, dans les photos, où dans ses looks. “Pour moi la musique, c’est la partie émergente de l’iceberg. Mais le visuel est aussi important. Après, moi je compose par couleur. Donc ça me paraît logique d’emmener le clip sur la couleur que j’ai établie pour composer le morceau. J’aimerais bien un jour créer quelque chose de poly sensoriel.”

 

A l’image des Björk, FKA Twigs et Banks, Sônge a toutes les cartes en main pour devenir la nouvelle sorcière du son, des idées à foison et une énergie créative très intéressante. Son premier album est très abouti et s’écoute d’une traite, sans temps morts, et propose mine de rien, une ouverture plutôt arty dans un style qui n’a pas que vocation à séduire les teenagers.

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

“CocoRosie est probablement le groupe qui m’a le plus inspiré. Avec Bob Marley. Mais quand j’ai entendu CocoRosie, c’était la première fois que j’entendais un hybride entre la musique folk, et le hip-hop. C’était du hip-hop intimiste. J’aimais beaucoup ce mouvement du freak folk avec Devendra Banhart, Anthony and the Johnsons… Il y avait tout ce que j’aime dans cette musique, l’hypersensibilité et le hip-hop. Il y avait quelque chose de très intime entre ces deux artistes, qui sont sœurs. C’était bricolé, super pur, enfantin, poétique, dans l’imaginaire. Grosse influence.

Sinon, je dirais Portishead, et “Balance her in between your eyes” de Nicolas Jaar. Lui, James Blake, Frank Ocean avec “Nikes”... Ce sont vraiment des artistes dingues. En ce moment, pour m’ambiancer j’écoute Stefflon Don.

En cinéma, j’ai adoré “Moonlight” de Barry Jenkins. La lune sur la peau noire, c’était magnifique. Sinon “Harry Potter”, c’est la base de tout. J’ai dévoré les livres. Et “Melancholia” de Lars Von Trier est un film que j’ai beaucoup aimé. J’ai aussi adoré “Destino”, le court-métrage de Walt Disney et Dali. J’avais trouvé ça cool cette collaboration entre deux créateurs, c’était hyper intéressant. On reconnait vraiment la patte de chacun.

Sinon, comme actrice, j’aime beaucoup Camille Cottin. Je la trouve drôle, et vraiment bien. Elle a vraiment quelque chose.”

 Sônge, "Flavourite CÂLÂ", nouvel album disponible.

 

 

 

 

 

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