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Indolore, mais pas sans risques

February 20, 2019

 

Indolore est le nom du projet de Guillaume Simon. Un projet qui prend son temps, et qui nous veut du bien, comme son nom l’indique : “ Le nom m’est venu au moment ou j’ai décidé de faire de la musique seul. J’ai eu un groupe qui s’appelait Shine, un peu trip hop. Il y avait une chanteuse, c’est moi qui écrivait la plupart des titres. Mais à l’époque, oser chanter,  c’était compliqué pour moi. Mais c’est comme si je n’avais pas eu le choix. J’arrive à un âge où j’ai forcément des expériences de vies, pas toutes heureuses, et choisir le nom Indolore, c’était un peu pour apaiser tout ça. Je voulais que le nom me rassure.”

 

Mais il n’y a pas que le nom qui rassure. La musique d’Indolore, folk, apaisante, douce mais avec un peu de feu sous la glace, est aussi comme un cocon que Guillaume protège. A moins que ce ne soit la musique qui le protège : “ J’ai toujours écrit plus en anglais qu’en français, même si je fais des titres en français, dont un qui évoque Les Landes et mon enfance, et ça je ne peux pas le faire en anglais. Mais c’est vrai que je fantasme beaucoup, et le folk amène ça aussi, ce soutien, ce côté “compagnon de vie”. La guitare te permet de te lever et de partir aussi. Les changements dans ma vie m’ont amené vers cette musique. Elle a tout cristallisé. Après je n’ai pas baigné dedans depuis mon enfance.”

 

Son dernier album, “Letters from Eylenda” est sorti en octobre 2017. Une éternité au regard du web qui avance plus vite que la lumière. Mais la musique n’est pas forcément une affaire de vitesse, peut être plus une affaire de confiance en soi : “J’ai une certaine confiance, que j’ai acquise en groupe, que j’avais du mal à avoir en solo. Ma première scène tout seul a été très compliquée. Je faisais une reprise de Christine & The Queens que j’ai recommencé 4 fois. Mais à la fin du concert, quelques personnes sont venues me féliciter, ont apprécié et ça m’a aidé à construire un peu le projet. En tout cas sur scène.”

 

Le cliché de la solitude du chanteur de folk, seul avec sa guitare, a la peau dure. Mais Guillaume l’assume à 200%, et le revendique même, en en faisant la matrice initiale de son projet, démarré en catimini : “Je voulais me prouver des choses et égoïstement j’en avais un peu marre d’être le moteur du projet précédent. Ça a duré quelques années, j’ai beaucoup appris en groupe, mais j’en avais marre de tirer la charrette. Maintenant, je fais ce que je veux, mais je suis seul. J’ai travaillé sur un premier EP avec Antoine Delecroix qui est un super ingé son. On a enregistré sur une journée pour voir si ça valait le coup. J’étais pas sur de moi, mais à l’écoute de l’enregistrement, je me suis dit que je pouvais y aller.”

 

Le folk charrie aussi autour de lui la quête, le voyage initiatique, mais aussi une certaine liberté : “ En étant seul, j’ai retrouvé la légèreté de pouvoir partir pour faire un concert, un clip. Je m’étais confisqué cette liberté. J'ai eu besoin de passer par le cliché du musicien vagabond. J’ai fait des concerts aux Etats-Unis, en Irlande. J’ai rencontré des gens au Texas, un peu partout.”

 

Et bien lui en a pris puisque toutes ces expériences se sont matérialisées sur ce très beau mini-album enregistré en Islande, chez Sigur Rós, loin du quotidien. Une tranche de vie essentielle pour accoucher de 7 chansons à la beauté lumineuse et à la mélancolie contagieuse. “Le studio est une ancienne piscine qui appartient à Sigur Rós. J’écoutais beaucoup d’artistes islandais, et j’avais envie d’être ailleurs. J’avais 3 semaines pour le faire. Quand j’ai joué à SXSW à Austin, j’ai rencontré un groupe islandais, et je les ai contacté en leur demandant des conseils pour aller enregistrer là-bas. J’ai contacté des studios, et quand j’ai su que l’un des deux était isolé et que c’était celui de Sigur Ros, j’ai foncé. Et puis j’ai vécu dans une maison de Hobbit, complètement à part. Tout s’est déroulé de manière fluide avec Paul Evans, l’ingé son. Tout était aligné. J’ai retrouvé l’excitation d’un voyage scolaire d’adolescent. Et puis tu débarque sur la lune là-bas, tu es en plein jour, mais c’est la nuit. Dès que je suis arrivé au studio, tout a fonctionné. On avait un planning serré, mais je n’ai pas eu à lutter. Ça m’a complètement apaisé. C’était au delà de mes attentes.”

 

Une expérience qui a laissé le musicien exsangue, et un peu perdu : “ L’album est sorti en octobre 2017. Et j’ai du mal à passer à autre chose. Mais je l’ai senti en enregistrant la dernière chanson. J’ai senti qu’il fallait que je me remplisse à nouveau. Une page s’était déjà tournée, bien que j’ai depuis travaillé sur pas-mal de clips, avec Emma Benson, avec un réalisateur islandais et aussi avec Clément que j’ai rencontré via Instagram et qui vit au Japon. Mais c’est bien car il y a beaucoup de départs dans mes chansons. Et peu d’arrivées.”

 

Mais à l’arrivée, pourquoi se presser à produire pour produire. Finalement, la musique folk absolument intemporelle est peut être, avec le jazz, la seule musique qui n'obéit pas aux modes, ou en tout cas moins. Et lorsqu’on écoute une chanson comme “Still Can Not Believe”, pas besoin d’autre chose, de nouveauté. Juste se laisser aller à vagabonder en pensée avec la voix touchante d’Indolore, et fermer les yeux.

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

“ J’ai des obsessions. Je passe beaucoup de temps à regarder des images des Beatles. Et de Brian Wilson. Je suis obsédé par tout ce qui se passe derrière la musique. Dans le son, Nick Drake a été très important au moment ou je suis passé en solo. Iron & Wine aussi, que j’adore, Glen Hansard que je vénère, et Damien Rice aussi. Ils sont l’archétype des mecs libres et brillantissimes. Ils sont très charismatiques.

En littérature, j’ai une passion pour Bukowski. Mais aussi pour le style de Céline. Ce sont des écritures très directes, simples, qu’on ne pourra jamais atteindre même si on s’y efforce pendant des années.

Mon film préféré est “ Autour de minuit” de Tavernier. L’histoire de ce français qui aide un musicien de jazz à remonter la pente dans les années 50. Tout est sincère, touchant, et puis il y a peu de films ou la musique se joue en live. Sinon “A bout de souffle”. Regarder ce film, c’est vivre, surtout à cette époque ou il y avait tant de conventions. Et j’adore De Niro. Lui non plus ne dira jamais la phrase de trop. C'est le moins qui me touche le plus, dans tous les arts.”

 

 

EP “Letters from Eylenda” disponible

 

 

 

 

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