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Lisa Ekdahl, la crooneuse venue du froid

December 19, 2018

Ce qui frappe d'emblée quand on écoute la musique de Lisa Ekdahl, c’est bien entendu sa voix. Ce timbre reconnaissable entre mille, comme une cousine jazzy d’une Vanessa Paradis dont la voix n’aurait pas changé depuis l’adolescence, et dont le charme opère depuis plus de vingt ans sur les français. « Je ne sais pas. Il y a peut être une forme d’intimité dans ma voix qui a plus aux français. Vous êtes très ouverts à la différence en musique. Et tant mieux pour moi ! »

 

Lisa Ekdahl est suédoise. Elle a sorti une dizaine d’album depuis le milieu des années 90. D’abord en Suède, dans sa langue natale, puis en anglais. « Quand je chante en suédois, il y a vraiment des éléments traditionnels de la culture suédoise dans ma musique. Le côté simple, le storytelling. Mais j’ai l’impression que ces éléments infusent aussi dans mes albums en anglais. Dans mon dernier album notamment, ou tout s’est beaucoup plus mélangé. »

La Suède musicale, connue surtout pour sa science innée de la mélodie sautillante, s’exporte avant tout dans la pop et l’électro, un style musical à l’opposé de celui de Lisa Ekdahl : « Je me sens malgré tout proche des artistes suédois car c’est un tout petit milieu. On se voit, on se croise. Même avec ceux qui font une musique très éloignée de la mienne. On tend tous à une forme de simplicité, qui est très scandinave. »


Ce dernier album, “More of the Good”, est d’ailleurs une nouvelle étape dans la carrière de la songwriteuse qui s’est fait connaître d’abord comme une chanteuse de jazz mais qui ne s’est pas enfermée dans ce seul style de musique. Plus pop qu’à l’accoutumée, cet album mélange des ingrédients à priori incompatibles, mais qui prennent entre eux. Un peu comme si Michel Legrand, Peggy Lee et Brigitte Bardot s’étaient donné rendez-vous dans un studio en Suède avec des musiciens de la Nouvelle Orléans : « Pour cet album, je voulais des chansons, pop, folk, mais avec une base de jazz. Et puis on cherché comment faire cela. Le côté sixties est arrivé assez vite car j’adore cette esthétique. Et puis aussi le côté positif. C’est pour cela que j’ai appelé l’album « More of the good ». Malgré tout ce qu’on voit, je crois que le meilleur est à toujours à venir. Et cet album est ma modeste contribution à cela. Les gens sont beaux et ont de bonnes intentions au départ. »

La musique comme mantra “hygge” à la douleur du monde ? « La musique est partout. Les gens en écoutent chez eux. La musique est donc un très bon moyen de faire passer les choses, en douceur »

Et question douceur, ce nouvel album de Lisa Ekdahl n’en manque pas, réussissant même le tour de force d’imposer un véritable slow avec la chanson “Thorn in my heart” chantée en duo avec Desmond Foster. « J’adore les slows. Si je pouvais j’en chanterais plus. Mais on ne peut en mettre qu’une sur un album. Il faut que ce soit un moment particulier, comme dans une soirée. »

Album de collaborations, “More of the Good” contient pas moins de 4 duos, ou de participations, très différentes : « J’aime les collaborations. Quand on fait ses propres chansons, on est très confortable. Mais j’ai besoin de sortir de moi-même pour aller plus loin. Après, c’est très intuitif. Je ne calcule pas le fait de travailler avec certains artistes. Sur l’album, je fais des duos avec des artistes très différents.»

 

L’un deux a particulièrement retenu notre attention, “Sweet feeling of freedom”, avec la norvégienne Ann Brun. Est-ce très différent pour elle de partager un morceau avec un homme ou une femme ?

« Ce n’est pas tout à fait la même chose de faire un duo avec un homme ou avec une femme, mais je pense que la musique transcende les genres. Après, tous les duos ont une saveur différente. Pour le duo avec Ann Brun, ça fait longtemps qu’on travaille ensemble. On a chanté plusieurs fois ensemble sur scène. C’est une très bonne amie qui répond toujours présent. »

Lisa Ekdhal a également collaboré avec plusieurs artistes français tout au long de sa carrière, dont Cocoon, mais un duo nous avait particulièrement marqué il y a quelques années, celui avec Henri Salvador : « J’adore les artistes français. Je me souviens de tous les moments que j’ai passé avec Henri Salvador. Il était très charismatique, très vivant, très relax mais en même temps engagé. »

En parlant d’Henri Salvador, déjà âgé à l’époque de ce duo, on ose s’aventurer sur le terrain de la musique en vieillissant : « Je me souviens que quand j’étais jeune, j’avais hâte de vieillir pour pouvoir chanter le jazz comme je le voulais. Je voyais tous ces vieux musiciens, et ça me faisait envie ! Les légendes du jazz ne sont pas jeunes, donc ça ne m’angoisse pas. »

 

Légende ou pas, le charme apaisant de Lisa Ekdahl continue de faire son petit effet dans ce nouvel album, à la fois dans une certaine continuité, mais avec suffisamment de nouveauté pour charmer même les plus réfractaires à la modernité jazzy et aux puristes pop.

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

 « Billie Holiday est probablement la voix qui m’a le plus influencée. Quand j’étais adolescente, je n’écoutais qu’elle. Ma voix ne ressemble en rien à la sienne, mais son influence a été énorme dans ma manière d’appréhender le chant. Les gens ne le perçoivent pas et tant mieux d’ailleurs, car je ne peux pas l’imiter, mais je peux m’en inspirer. Mon père écoutait beaucoup de jazz, comme Dave Brubeck, et ma mère beaucoup de songwriters folk suédois, un peu obscurs et politiques, comme Cornelis Wreeswiik, qui étaient très populaires à l’époque en Suède. Ces deux facettes ont été importantes pour moi. Surtout que ma mère chantait dans un groupe de ce style à l’époque. Carole King a aussi été très importante pour son songwriting, sa simplicité. Tout est là dans sa musique. C’est un génie pour moi.

« Doktor Glas » de Hjalmar Söderberg a été un livre très important pour moi, comme pour beaucoup de suédois. Tout comme David Lynch, et « Twin Peaks » en particulier. Tout était très complexe, on ne savait pas vraiment si les personnages étaient bons ou mauvais, et ça m’a beaucoup marqué adolescente.

J’adore aussi Marilyn Monroe. Elle était drôle, un timing parfait, et c’était une femme touchante dans sa quête d’être prise au sérieux. Et une chanteuse magnifique.

J’aime beaucoup Harry Clarke et Sarah Moon. J’ai souvent projeté des oeuvres de Harry Clarke pendant mes concerts d’ailleurs. »

Nouvel album "More of the Good" disponible

En concert à l'Olympia le 26 Mars 2019

 

 

 

 

 

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