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JB Dunckel, à l'Air libre

« H+ », le dernier album de Jean-Benoît Dunckel, est un disque avant-coureur à double titre : de par son évocation du transhumanisme et parce qu’il préfigure les futurs possibles d’un homme qu’il convient de ne plus percevoir uniquement comme la moitié du groupe AIR.

 

Signe supplémentaire d’une évolution programmée, J-B. Dunckel participera seul, le week-end du 20 avril, au premier festival de musique électronique INASOUND, pour un « docu-concert », soit une performance musicale live associée à la projection d’une création vidéo originale produite par l’INA et intitulée « La vie en électro » : “Ce sera entièrement improvisé mais bien répété… J’ai fait plusieurs live de ce genre avec Jacques Perconte et je sais par expérience que pour que le show marche, il ne faut pas le préparer en vue de le reproduire mais le vivre avec les machines. C’est toute la différence entre l’interprétation et le pilotage des machines. Quand tu répètes uniquement, tu reproduis quelque chose que tu as appris, tout est prêt dans ta tête. Alors que pour bien piloter des machines, être en osmose avec elles, il faut s’entraîner à mort à improviser justement. Ce sont elles qui te dirigent et te montrent le chemin. Si tu résistes, tu n’obtiens rien de beau. Je vais lancer quelque chose à l’intérieur duquel il va se passer autre chose, ou à partir duquel on va décoller vers ailleurs. Ce qui est excitant, c’est de ne pas savoir où l’on va. Cela va évoluer aussi avec le film, tout au long de son déroulement, non pas comme une bande originale réalisée en amont. Ce sera donc dans l’instant, éphémère, avec des moments très expressifs et une part d’expectative, des flottements, comme dans la vie.”

Sous l’égide de Jean-Michel Jarre, INASOUND a pour mot d’ordre : Retour aux sources de l’électro. “C’est un parrain de la musique électronique Française, tout simplement parce qu’il était l’un des premiers à en faire, sous une forme pop mainstream qui s’est ensuite généralisée dans le monde entier. Il y a eu d’autres compositeurs électroniques en France avant lui, mais ils n’ont pas eu son succès, sa renommée. Il reste donc une icône. Enfant, j’ai adoré ses deux premiers albums,  « Oxygène » et « Équinoxe ». Leur côté nébuleux, planant et science-fiction m’a vachement plu. J’ai complètement zappé la deuxième partie de sa carrière.” Notons qu’après avoir connu un succès considérable à travers le monde avec le groupe AIR, Jean-Benoît Dunckel pourrait lui aussi revendiquer le statut de« parrain » de la  scène électronique. “Pour l’être, je devrais avoir des fans qui me copient (rires) ! Et puis un parrain, dans la mafia, c’est un peu le boss, avec des affaires et un lot de gens qu’il contrôle. Moi je suis totalement à part… Cela peut paraître prétentieux, mais je pense que la musique de Air est singulière. Le groupe est arrivé dans la fenêtre électro et house, mais à l’époque déjà, nous étions les seuls à faire cette musique. Elle est devenue un penchant de ce que les Français ont appelé par auto-nomination, la French Touch. Mais c’est un terme de journaliste Français. En Angleterre ou aux Etats-Unis, on ne comprend pas exactement ce que c’est. Il faut le réaliser.”

 

21 ans après la sortie de « Moon Safari », force est de constater que certains morceaux de « H+ » (Hold On, Transhumanity, Show Your Love notamment) sont immédiatement identifiables, dès les premières notes. Une façon plus ou moins consciente de prolonger l’œuvre de AIR ? “Dans un sens, oui, parce qu’on ressent l’âme, et d’un autre côté, non, car il manque l’influence de l’autre… Dans tout ce que je fais, il y a mon ADN, on le reconnaîtra toujours. Et c’est d’ailleurs un bien car cela me force à aborder de nouveaux styles et à explorer des thèmes très différents. Lorsque Air sortait des disques, ma composante en solo, sous le nom Darkel, était dans un registre plus sombre et lourd. Maintenant que Air est inactif, ce que je fais se transforme en ce qu’il n’y a plus dans le groupe… c’est pour cela que j’ai repris mon nom.”

 

Et pour se faire un nom, Jean-Benoît Dunckel, plutôt que de rester à la croisée des chemins, vise plus que jamais le ciel, dans un état d’apesanteur bercé par une musique hybride entre pop et sophistication : “ Je ne sais pas vraiment ce que je propose (rires) ! Mon dernier album est onirique sans être étrange ou dissonant ; il est accessible. Dans une société d’aviation, ma musique serait le fruit des recherches d’un laboratoire de développement, avec des essais de matériaux qui échouent, des avions qui se plantent, et parfois, un procédé original un peu spécial qui fonctionne et peut être produit. J’étais dans cet état d’esprit il y a encore un an ou deux. Aujourd’hui, j’arrive à une sorte d’étranglement artistique et je ne sais pas si je veux continuer dans cette direction. J’ai envie d’avoir pourquoi pas deux approches séparées : l’une commerciale qui vaille le coup, avec des images, de la scène et un public, et une autre avec des disques ultra-recherchés et hyper bizarres… que personne ne va acheter (rires). J’ai l’impression que les gens aiment les choses très calibrées, avec une étiquette dessus. Bon, de toute façon, ce qui marche en ce moment c’est le hip-hop… Je pourrais d’ailleurs bientôt collaborer avec un rappeur, enfin pas pour les paroles dans tous les cas !”

Passionné par les instruments et les capacités infinies que procure le studio, il fourmille déjà de projets audacieux : “Je vais prochainement sortir un disque de musique électronique en collaboration avec Jonathan Fitoussi. J’en termine un autre, instrumental, ultra-planant et déstructuré, avec des plages qui durent 19 minutes et des motifs répétitifs à l’extrême. J’y ai poussé le son de sorte à ce que l’on ne touche pas terre... Et puis je ferai sûrement un album solo au piano. Mais je dois avouer aussi que j’en ai un peu marre des nappes, j’ai bien envie de faire des percussions ! La musique et la science du studio sont en mutation en moi et cela va aboutir à quelque chose… qui ne sera peut-être pas reconnu de son temps. ” On retrouve également cet infatigable metteur en son sur scène depuis le début du mois de mars. “Je vais  faire quelques concerts pour l’album « H+ ». Ce ne seront pas des live électroniques. Je chanterai accompagné de deux musiciens et intégrerai sûrement de nouveaux titres. C’est plus gonflé qu’avec Air où les morceaux étaient écrits et les conditions ultra faciles. Je pourrais me reposer sur mes lauriers, ne pas me mettre en danger, mais j’ai trop besoin de faire les choses qui me plaisent, même si elles semblent curieuses. J’ai un passé important et glorieux – j’ai tout eu – donc je peux tout me permettre. Je n’ai pas le droit de tout gâcher avec des trucs ordinaires qui n’apportent rien.”

 

Ordinaire, Jean-Benoît Dunckel ne l’est pas. Si cet esthète prend le risque de déconcerter les fans de la première heure, c’est qu’il souhaite faire découvrir au plus grand nombre son univers, fût-il à des années-lumière. Pour le trouver, il faut « entrer dans un processus d’écoute d’une musique qui se cherche ». Un retour à soi moins déroutant que singulier, gage d’un avenir pluriel.          

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

« Quelque part, chaque artiste m’influence à chaque fois, par périodes. Souvent ceux que j’ai découverts quand j’étais adolescent – David Bowie, Michael Jackson, The Cure, Joy Division – ou grâce à mes amis. Aussi il m’est arrivé de me fermer, d’être hermétique à la nouveauté. Actuellement, j’aime beaucoup les disques live d’Alessandro Cortini, un artiste électronique. Il peut jouer avec seulement un synthé et cela m’a d’autant plus passionné que je voulais faire la même chose. Un peu dans le même courant, je citerais également Kaitlyn Aurelia Smith et sa musique planante.

Je suis en train de lire « Paroles sans musique » de Philip Glass. En découvrant ses influences, je me rends compte de mon ignorance vis-à-vis de plusieurs compositeurs d’avant-garde des années 70-80 ou avant. La musique dodécaphonique, par exemple, m’avait vaguement été évoquée au conservatoire or c’est apparemment un courant hyper important ! Comme tout le monde, je crois, j’ai lu le best-seller « Sapiens, une brève histoire de l’humanité » de Yuval Noah Harari, qui traite de transhumanisme et soulève pas mal de questions. Tu réalises que l’espace-temps est immense et que les 40 derniers siècles représentent quelque chose de très court dans l’histoire de la Terre. En matière d’écologie, tu comprends que l’humain est égocentrique et que c’est la nature qui va se débarrasser de nous ! Cela te fait relativiser sur ta vie, l’importance de ce que tu fais et ta place dans la société. D’ailleurs, je pense que l’âge d’or de l’artiste roi ou demi-dieu est un peu passé malheureusement. Son image est beaucoup moins respectée et le droit d’auteur est bafoué ; on est dans une consommation effrénée…

Au cinéma, j’ai des goûts généralistes, je me porte plus rarement vers des films d’auteur. J’ai trouvé « First Man » de Damien Chazelle, vachement bien parce qu’il montre la noirceur de la conquête spatiale, avec un Neil Armstrong introverti qui la vit violemment, sans être heureux. Cela ne te donne pas du tout envie d’aller dans l’espace. Enfin, j’aime bien Jared Leto dans « Blade Runner 2049 » (Denis Villeneuve - 2017) en prince noir, designer et programmateur d’humains artificiels. »    

 

" H + " Dernier album paru.

En concert au Palais Brogniart, Paris, pour l'INASOUND Festival les 20 et 21 Avril 2019

Pour voir les dates de tournée : https://www.jbdunckel.com/

 

 

 

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