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Cash Savage & the Last Drinks, rock citoyen


Ça veut dire quoi sortir un album politique de nos jours? C’est quoi être un « Good citizen »? Est ce que faire du rock en 2018, c’est juste divertir les foules dans des stades et gagner un max de blé en scandant que la guerre c’est mal?

A l’écoute de l’album de l’australienne Cash Savage & the last Drinks, on aurait tendance à dire que c’est un peu plus subtil que ça : « Dans mes albums précédents, je ne parlais pas de politique. Dans « One of us », je parlais plutôt de douleur. Je n’avais jamais pensé à faire un album politique. J’ai grandi dans les années 80, et la musique politique, c’était plutôt Band Aid ou USA for Africa, des projets qui ne servaient à rien. Mais pour moi, la différence, c’est que je n’ai pas de réponses. Je ne me dis pas que ça va changer le monde. » Un album ne peut probablement pas changer le monde, mais la lutte continue. Sans asséner des vérités creuses, Cash Savage vient de sortir le disque politique le plus honnête depuis un bail. « L’Australie parait être un pays ouvert dans l’idée, mais dans la réalité, comme ailleurs, c’est un pays de blancs privilégiés, très normé. Et si je n’avais pas été queer, peut être que j’aurais adopté cette posture moi aussi. Par exemple ce sont les lobbys religieux qui ont décrété que l’on touchait à leur liberté religieuse en légalisant le mariage gay. C’est terrible. C’est pour ça que j’ai appelé mon album « Good Citizens ». Être citoyen, c’est vivre dans la société tous ensemble. Ce qui est drôle, c’est que quand on tape « citoyen » sur Google images, ce ne sont que des vieux qui apparaissent. » Comme en France lors des débats sur le mariage pour tous, l’Australie Queer a passé un sale moment lors du vote pour la loi : « ll y a eu un référendum l’année dernière en Australie sur le mariage pour tous. Et ça a été monstrueux. Bien que le oui l’ait emporté, les politiciens n’ont pas fait leur boulot. Je n’avais pas l’intention d’écrire un album politique, mais la situation a été un déclencheur pour moi. Je ne pouvais pas ne pas écrire sur les droits humains, les réfugiés, les violences faites aux femmes. Mes yeux se sont ouverts et je voulais en faire un témoignage. »

Queer, politique, engagé, humain, l’album « Good Citizens » baigne dans une atmosphère brute, énergique mais également très touchante. Comme un gros sanglot dans un pogo mélodique. « Je voulais que cet album soit vulnérable. Pas seulement en colère. Je suis ravie si l’on sent de l’énergie et de la sensibilité dans les chansons car c’est très important pour moi. » Il y a du Patti Smith dans la musique de Cash Savage. Dans cet engagement féminin et féministe. Dans cette urgence aussi de remettre les choses à leur place, à l’ère des débats sur le féminisme pop. « Quelquefois, je me dis que cela prend beaucoup de place dans le débat et probablement que des personnes pensent que Beyoncé prend trop de place dans celui-ci. Mais c’est une femme noire qui parle aussi pour les femmes de couleurs. Elle a une plateforme pour le faire contrairement aux autres femmes de couleurs et elle a raison de l’utiliser. Je ne me sens pas apte à juger car je ne suis pas une spécialiste de l’histoire du féminisme, mais pourquoi le mot « Féminisme » a toujours été un mot sale qui fait peur aux gens ? Ce n’est qu’un mot. » Dans la chanson « Pack Animal », Cash Savage pose également la question du patriarcat dans le monde musical, ou la majorité des hommes pensent détenir la vérité, notamment sur les aspects techniques du métier : « J’ai eu la chance de ne pas avoir à imposer mes idées dans ma musique. Je suis tombé sur des hommes qui n’ont pas jugé nécessaire de me donner des conseils musicaux parce que je suis une femme. Mais par contre, comme je le raconte dans « Pack Animal », il m’est arrivé de tomber sur des « Fans » qui pensaient me rendre service en me disant que je devrais faire les choses différemment. Et j’ai vu récemment des femmes musiciennes se faire rabrouer parce qu’elles étaient femmes et donc censées ne rien connaître sur le son, etc… »

« Good Citizens » est également un album militant assumé et à l’heure ou les jeunes popstars revendiquent haut et fort être queer (King Princess, Troye Sivan, Eddy De Pretto), est-ce toujours clivant de le déclarer ? « A partir du moment ou l’on se pose la question de savoir si ces popstars sont queer et qu’elles ont raison de l’affirmer, c’est qu’il y a toujours un problème. J’ai beaucoup voyagé en étant une artiste queer et je me dis que cela aurait été plus compliqué il y a une dizaine d’années. Mais on parle toujours de ça, donc oui c’est important. Il y en a beaucoup qui ne le mettent toujours pas en avant. » La musique de Cash Savage est particulièrement touchante car elle ne s’embarrasse pas de fioritures. Il est toujours difficile de chanter sur des thèmes politiques sans faire la morale ou se poser en donneur de leçons. Cash Savage évite cet écueil par son habileté à humaniser son parcours, ses doutes, ses colères. Comme une Dolly Parton ou un Bruce Springsteen, loin des modes, donc indémodable. Le rock est finalement toujours subversif quand on est une femme queer et féministe.


SOUS INFLUENCES DIVINES

« « Strange Days » des Doors, « Horses » de Patti Smith et le premier album de Television m’ont beaucoup influencée. Il y a beaucoup de musiciens dans ma famille, et mon père avait une grande collection disques. Je me souviens avoir choisi « Strange days » pour la couverture, et on écoutait ce disque dans la voiture dans les voyages en famille. Cette musique avec les paysages qui défilaient est un très bon souvenir pour moi. Et j’aime toujours le réécouter en voiture. Aujourd’hui, je suis plus influencée par les artistes que je vois sur scène. La scène rock de Melbourne est très vivante, et j’adore voir tous ces groupes en live. La compétition est rude à Melbourne ! Pour cet album, « The Argonaut » de Maggie Nelson, m’a beaucoup influencé. Je ne lis pas beaucoup, mais j’écoute beaucoup de livre audio quand je cours. Je lis beaucoup de choses sur l’effondrement de la société, des essais. Maintenant que j’ai un enfant, ça m’interpelle beaucoup. Je ne regarde que des films très mauvais, des films d’action des années 80. J’adore le futur imaginé par les années 80. J’adore Sigourney Weaver. J’ai vu « Alien » assez jeune et elle m’a marquée. Et puis elle était aussi dans « Ghostbuster », le film le plus cool des eighties. Et enfant, « Conan le Barbare » était mon film préféré. Que des grands films ! »


Cash Savage & The Last Drinks, album "Good Citizens" disponible