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Franklin multiple

Il y a en France une scène souterraine peuplée de songwriters à multiples identités. De Guillaume Léglise (My Broken Frame, Fictions) à Romain Guerret (Aline, Dondolo, Donald Pierre), les projets s’enchaînent sous un échangisme nominatif qui cache une créativité foisonnante.

Franklin sort donc son nouveau single « Poor Boy (feat Sarah Lucide) ». A moins que ce ne soit Double U, ou Frank Rabeyrolles : « C’est vrai que je prends des identités différentes suivant les projets. Double U serait mon projet le plus introspectif. Il y a plus de légèreté avec Franklin. C’est comme un groupe à géométrie variable. L’album précédent avait été fait avec Nicolas Lockhart. Le nouveau a été construit avec le chant de Sarah Lucide. Je serais  incapable de travailler en groupe, mais avoir de vraies collaborations sur un album m’intéresse énormément. Et puis sous mon nom, j’ai besoin de sortir des choses avec une certaine subjectivité. C’est impossible pour moi de faire des disques différents sans changer d’identité. J’ai besoin de me réinventer, d’avoir l’illusion de quelque chose d’autre, d’imaginer être quelqu’un d’autre. Mais ce sont des prétextes. La musique de mes projets n’est pas si différente au final. »

 

Bien que subtiles, il existe tout de même des différences à l’écoute des différents projets de Frank Rabeyrolle, ne serait-ce que même au sein du projet Franklin, dont le prochain album sortira en octobre prochain. «  Sur l’album qui arrive, je fais tout tout seul. Sur le précédent, Nicolas Lockhart ne devait s’occuper que du mix mais finalement on a produit ensemble. La, ce qui m’intéresse, c’est d’aller au bout de la présence féminine de Sarah. »

Le premier extrait ce cet album à venir « Poor boy » nous rappelle les ambiances extatiques que Dave Sitek avait crée pour l’album de Scarlett Johansson.

 

 

 

Les influences sonores de ses différents projets sont multiples. On songe aux Cure de « Seventeen seconds », mais parfois aussi aux réminiscences synthétiques de New Order : « Il y a les influences qu’on s’auto-injecte, qu’on aime, mais aussi celles qui nous influencent réellement, bien plus qu’on ne le croit. J’ai l’impression d’avoir été très influencé par la pop des années 90, Pavement et autres, mais inconsciemment la pop 80 que j’entendais à la radio m’a finalement autant influencée, sans le vouloir. »

En tout cas, la recherche sonore qui émane de la musique de Frank ne se fait pas au détriment des mélodies : « J’aime le songwriting. Pour moi, une belle chanson est une belle chanson, peu importe la période »

 

En revanche, l’anglais est de rigueur : « J’ai baigné dans une culture anglo-saxonne. Ma mère est prof d’anglais et je n’ai écouté plus jeune que de la musique anglo-saxonne. J’ai essayé d’écrire en français mais ça ne marchait pas. En même temps, mes influences sont plus visuelles et climatiques. La radio est ce qui m’influence le plus, des podcasts aux infos. J’ai absorbé la vie à travers ce média. »

 

 

 

Mais avoir des projets indés en France requiert une certaine indépendance, de gérer un modèle économique qui passe par une totale autonomie. Frank a donc crée son label, Wool Recordings, qui outre ses albums abrite quelques projets iconoclastes de Laetitia Sadier à Moon Wheel. «  J’ai commencé par travailler avec des labels, mais j’avais envie d’avoir une structure pour être complètement indépendant. Je suis très prolifique et les labels n’aiment pas trop ça. Pour pouvoir sortir mes projets dans le timing que je veux, je n’ai pas d’autres choix que d’avoir ma propre structure. Et j’aime faire les choses chez moi, de manière artisanale. Mais je ne serais pas contre travailler avec des labels sur des projets. »

 

En tout cas ce premier single nous donne furieusement envie d’entendre la suite et de se lover dans les textures alambiquées de ces chansons, qui se donnent avec retenue et pudeur mais sans maniérisme aucun.

 

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

 

 

« Adolescent, j’ai beaucoup trippé sur le Velvet, mais aussi sur Love, Nick Drake, Bill Evans, la Bossa Nova.

Au cinéma, le trio Allen/Scorcesse/Cassavettes est ce qui me parle le plus. Woody Allen, c’est très générationnel. Son cinéma à partir de « Annie Hall » qui va vers la psychologie, je trouve ça assez magique. J’aime les personnages névrosés. Truffaut me parle aussi à cause de ça. J’ai fait des études de philosophie, du coup ça me plait. J’adore « Les moissons du ciel » de Terence Malick. C’est un de mes films cultes. Le côté climatique est très important pour moi.

Je n’ai pas de culture littéraire, mais dans mes lecture d’ado, « l’attrappe-couer » de Salinger a été important. « La métamorphose » de Kafka m’avait beaucoup troublé aussi, tout comme « Humains trop humains » de Nietzche. Mais je l’avais assez mal compris à l’époque. Ça m’a rendu un peu misanthrope.

 J’ai été très fan de Nastassja Kinski, de Gena Rowlands, de Mia Farrow. J’aime aussi Stéphane Audran et Meryl Streep. Chez les actrices, ce sont les regards qui me touchent le plus. »

 

 

Franklin, single « Poor boy (feat Sarah Lucide)» disponible

http://wool-recordings.com

Merci à Manon Lheureux pour les photos.

 

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