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Alexia Gredy, belle "habitude" et pop feutrée...

June 26, 2018

 

Alexia Gredy nous fait penser à une héroïne de Françoise Sagan. Mais pas une héroïne légère et futile. Plutôt une qui se pose des questions et dont un voile de mélancolie traverse les idées, la vie, les chansons. Car Alexia Gredy écrit des chansons. De bien jolies chansons d’ailleurs. De celles qui se lisent avec des clés, qui ne se dévoilent pas comme ça au premier venu : « J’aime bien emmener les chansons vers d’autres choses que ma propre expérience. Des livres, des films, des sentiments que j’aime évoquer et qui se mélangent avec ma vie. »

 

Alexia Gredy est chanteuse. Son premier EP, « l’habitude » (re)sort agrémenté de remixes bien sentis quelques mois après son arrivée aux oreilles des amateurs et amatrices de pop mélancolique : « Je trouvais ça intéressant de compléter le premier EP avec mes recherches actuelles et les sons qui vont se retrouver sur mon premier album. »

 

 

 

On avait pris l’habitude d’écouter les chansons d’Alexia, depuis un an à peu près. Quatre chansons  (dont une reprise du « Diabolo menthe » d’Yves Simon) dont la force réside dans l’interprétation feutrée d’Alexia et ses textes pudiques et poétiques, loin des effets de mode textuels que peuvent revêtir par moments les hits du moment.  «  J’ai commencé par écrire des chansons en anglais car je suis un peu pudique, et je n’avais pas envie qu’on me comprenne. Et quand j’ai commencé à écrire en français, j’ai voulu brouiller les pistes, comme sur la chanson « Paradis ». Pour une chanson comme « L’habitude », c’était un peu moins pudique. Aujourd’hui je commence à trouver du plaisir dans l’impudeur… » 

 

Ces premiers pas dans la chanson se sont faits accompagnés de quelques fées pop qui se sont penchées sur les arrangements, apportant avec parcimonie leurs sons dans le sien : « J’ai enregistré les chansons avec différents réalisateurs, et ça a été ma formation. J’ai commencé avec Romain et Arnaud d’Aline qui m’ont emmené vers la pop. Avec Dodi El Sherbini, c’était plus électro. Et avec Baxter Dury plus live. C’était comme des recherches, et ça reflétait vraiment mes balbutiements. C’était un vrai EP de rencontres. »

 

 

Pourquoi les ressortir aujourd’hui avec un habit différent ? « Je n’avais pas vraiment réfléchi au son que je voulais. Et je me suis demandé si ce petit carnet d’intentions était complet. Du coup pour l’album à venir, j’ai rencontré d’autres producteurs comme BBP qui signe la version de « Paradis (cœur noir), et on a fait des essais pour voir si on pouvait travailler ensemble, si ça fonctionnait. Et ce n’était pas censé sortir. Pour moi, Ce n’est pas vraiment une relecture mais plutôt un enrichissement des chansons, surtout au niveau des sons » Et c’est vrai qu’une chanson comme « Mon rêveur » revêt une dimension sonore plus dreampop, planante, avec les claviers de Dodi El Sherbini qui changent un peu les harmonies de la version initiale et l’emmènent vers les épopées pop d’Au Revoir Simone ou Say Lou Lou. Ou la version de Geoff Barrow (Portishead) de « L’habitude » qui rappelle parfois les ambiances rugueuses du Danger de Françoise Hardy.

 

 

Mais les comparaisons peuvent s’arrêter là. Bien qu’Alexia soit dans la droite lignée des chanteuses pop mélancoliques et légères (de Fiona Apple à Marie Laforêt, pour ne citer que celles au regard bleu perçant comme elle), on est curieux de savoir comment elle s’est mise à l’écriture de chansons : « J’ai commencé à écrire pendant mes études de droit. Je suis arrivé d’Alsace à Paris à 18 ans, et comme j’étais un peu seule, avec 3 bouquins et ma guitare, sans internet, je me suis mise à jouer pour faire des pauses. Finalement, je ne me serais peut être pas mise à écrire si j’avais eu internet. Et en reprenant des chansons d’Alain Souchon, des Strokes, Alain Bashung, Lana Del Rey, j’ai finalement eu envie de raconter mes petites histoires, de trouver les nuances pour raconter ce que je voulais. Et j’ai compris qu’on n’était pas obligé d’écrire au premier degré. Et j’ai pris gout à l’écriture. »

 

 

La nuance. Le mot définit plutôt bien ce que l’on ressent à l’écoute des chansons d’Alexia Gredy. L’élégance aussi. Et l’envie. Celle d’écouter les futures chansons d’Alexia, qui on l’espère, auront la même force calme et le charme désuet de sa pop élégante et radieuse. En quittant le bar de Pigalle ou l’on avait rendez-vous, on songe à Sagan qui elle aussi aurait pu écrire « Un souffle et je m’engouffre dans le creux de ses yeux ».

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

 

 

« A la maison, on n’écoutait pas beaucoup de musique. J’ai grandis à la campagne sans télé et sans radio, et la musique est arrivée tard dans ma vie. Mes parents écoutaient souvent les mêmes choses, et ils écoutaient beaucoup Bashung qui m’a vraiment influencée, bien que ça ne s’entende pas vraiment dans ma musique. J’adore les chansons mystiques de Léoonard Cohen, la voix de Nico super grave sur des cordes anachroniques me plait beaucoup. On l’avait en tête avec Baxter Dury quand on a enregistré ensemble. Et Marie Laforêt. Elle rend les chansons d’amour super graves très touchantes. Toutes les chansons que j’adore  d’elle sont celles écrites par Eddie Marnay. Il y une sorte de danger permanent dans ses interprétations.

« Les ailes du désir » de Wim Wenders est une vraie déclaration d’amour à la vie, dans une Allemagne sombre. Ce film m’a énormément touchée et je l’ai revu souvent. J’aime beaucoup « Belle de jour » de Bunuel. Et j’aime beaucoup Jacques Tati. Ce personnage perdu dans son temps dans « Playtime ». Les sons et la maladresse très touchante, comme chez Buster Keaton. Aujourd’hui on a plus de mal avec l’imperfection, il y a moins de nuances.

J’ai beaucoup lu Françoise Sagan, sa façon de parler d’amour, son écriture très imagée. Elle laisse le spectateur visualiser ce  qu’elle raconte. Et puis elle avait l’air drôle. Si je devais choisir un roman d’elle, ce serait « La chamade ».

J’adore les actrices qui chantent. Il y a quelque chose qui sort de la technique et qui me touche beaucoup. J’aime beaucoup Charlotte Gainsbourg, surtout quand elle chante « l’un part et l’autres reste ».

 

Alexia Gredy, "L'habitude", nouvel EP disponible

En concert le 19 juillet à Arles, Festivalles Escales du Cargo

 

 

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