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Les histoires pop de Fictions

June 18, 2018

FICTIONS. EP1. Comme un nom de code pop pour accéder à la musique de Guillaume Léglise. De la chanson pop comme celle qui remplissait les ondes des radios dans les années 80, période bénie pour les auditeurs qui aimaient les mélodies, avec un peu de sucre dessus, mais surtout plein d’Angleterre dedans. Celles qui nous racontaient des histoires, avec le cœur grenadine et des abominables enfants teenage. « Globalement la musique que j’aime en terme de production, c’est Japan. Les synthés analogiques, la fin des seventies, début 80. J’essaie de chercher et d’enrichir les sons, que ce soit travaillé. Je voulais quelque chose qui sonne bien. Et j’avais surtout envie d’être plus minimal que sur My Broken Frame. Avoir un côté plus pop et chanson. Et de le faire de manière spontanée.»

 

My Broken Frame, ancien projet de Guillaume, celui par lequel on a prêté une oreille à son travail, à la fin des années 2000 : « My Broken Frame était complètement folk. Je faisais déjà de la musique électronique à l’époque, mais je me suis fait cambrioler. On m’a tout piqué sauf ma guitare acoustique. Et à ce moment là, je trainais au pop-in, et j’ai rencontré lors d’une scène ouverte Erwan, qui avait un label, et on a fait un mini album ensemble sorti en 2008.  Et bien que j’adorais la musique électronique, j’étais aussi fan de Nick Drake et Tim Buckley. Et puis c’était un peu la tendance de l’époque. »

 

 

Aujourd'hui, la tendance est au « do it yourself » pour les musiciens autonomes, ambitieux, à qui les labels ne prêtent plus trop main forte depuis quelques années. Mais finalement quelle importance, on s’arrange, on crée. « Je fais pas mal de créations pour le théâtre et la danse, pour Nicolas Kerszenbaum depuis 6/7 ans. Et  pour les chorégraphes Aude Lachaise et Marjorie Duprés. »

 

Infatigable chercheur, Guillaume s’est beaucoup investi sur le deuxième album de My broken frame, quitte à y passer beaucoup d’heures : « Le deuxième album « Black Lake » m’a pris beaucoup de temps. Il était plus sophistiqué, plus psychédélique. Ça m’a permis de m’intéresser au studio, à la production, au mix. Je suis allé très loin là-dedans, peut être trop,  mais c’était nécessaire pour moi. »

 

 

Une nécessité qui l’amène aujourd’hui à changer d’identité, et à revenir au français, lui qui jusque là n’avait chanté qu’en anglais. « Je me suis mis au français en travaillant pour le théâtre, en chantant et en faisant chanter les acteurs. Et puis un jour, Alexandry Costa m’a proposé d’écrire des chansons en français pour moi. J’ai changé de nom pour tourner une page. Mais je ne voulais pas prendre mon nom que j’utilise en tant que compositeur pour le théâtre ou quand je produis d’autres artistes. J’aime bien cloisonner les différents projets. Et puis avec Fictions, ça me permet de ne pas m’identifier au projet, de garder une distance. Et puis ça rejoignait le côté littéraire. Cela me permet de me détacher du côté intime des histoires que je raconte. Je n’ai pas besoin de raconter qui je suis pour être un artiste. Et puis Fictions, c’est aussi le nom du label de The Cure, donc ça me permet de mettre un pied dans la musique anglo-saxonne.»

 

 

Ce premier EP nous emmène dans des aventures nocturnes, parisiennes, et assume le côté « fantasmé » des chansons, notamment dans le titre « Flashback », condensé de journal intime synthétique que ne renierait pas Christophe. « C’est Alexandry qui a amené les textes en premier, au fil de discussions. On voulait créer quelque chose de contemporain, en s’inspirant de Chamfort, ou de Christophe. A chaque fois qu’il m’envoyait un texte, je partais dans la musique que je voulais, et je bougeais des choses, il réécrivait. On a fait des allers retours comme ça. Et puis ce que j’aime, au cinéma notamment, ce sont les ambiances. Et j’ai envie que la musique évoque ça. Par exemple, j’imagine très bien ma musique dans un film de Pialat, un truc parisien/provincial. Comme moi. Je suis de Brest mais je vis à Paris depuis longtemps. »

 

En tout cas, parisien ou provincial, fan de pop ou d’électro, tout le monde peut se retrouver dans les fictions de Fictions. Se déhancher sur « UFO », entêtant titre d’ouverture ou siffler la mélodie bubblegum de « Sang-bleu » sur la route de la plage, parfaite bande son d’un été sans fin, mais avec plein d’histoires dedans.

 

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

 Je suis très sensible aux voix en général et à la voix de David Sylvian, Nick Drake, Tim Buckley en particulier. David Sylvian en concert arrive à aller plus loin que sur disque.  J’ai commencé à jouer de la guitare en écoutant Cat Power. J’étais aussi fan de PJ Harvey. Mais l’artiste féminine qui me plait le plus c’est Kate Bush. Sa voix, sa musique, son esthétique, rien n’a vieilli. Tout était très en avance sur son temps. Sinon, mon frère, un peu plus vieux que moi, m’a fait écouter Cindy Lauper, Depeche Mode, The Cure. Ça me plaisait beaucoup. Et puis Steve Reich et le jazz que mon père écoutait beaucoup. Et Gil Scott Héron que j’ai vu en concert à Washington en 1989. Grosse claque.

En cinéma, j’adore « Barry Lindon ». J’adore Pialat. Il est pour moi le plus grand réalisateur français, celui qui va le plus loin dans ses sujets, avec les acteurs. J’aime aussi la nouvelle vague, Truffaut, « L’homme qui aimait les femmes ». Récemment, j’ai beaucoup aimé Desplechin et Grandrieux. « Sombre » est un chef d’œuvre pour moi. Et Mizogushi. C’est comme des peintures. Avec Bergman, c’est le cinéaste qui parle le mieux des femmes.

Winony Ryder m’a beaucoup marqué dans « Night on Earth » de Jarmush. C’est l’actrice de ma génération. Et Depardieu, que j’adore. »

 

 

Fictions, « EP1 » disponible

En concert le 23 juin à la terrasse de Petit Bain à Paris.

 

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