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Alain Chamfort, 5 moments Pop

June 7, 2019

A l'occasion de la diffusion sur France 3 du documentaire "Alain Chamfort, le pape de la pop chic", retour en 5 moments pop sur la trajectoire d'Alain Chamfort, de Manuréva au beau "Le désordre des choses".  Ce 15ème album studio d'Alain Chamfort prouve une fois de plus la richesse mélodique et le goût toujours sûr du Dandy éternel de la pop française.

 

MANUREVA

Alain Chamfort a commencé sa carrière il y cinquante ans. Après des débuts discrets en tant qu’accompagnateur de Jacques Dutronc, il devient célèbre grâce à Claude François, et par la même occasion un chanteur à minettes qui n’était pas censé devenir le Dandy pop acclamé et exemplaire qu’il est resté par la suite.

Il sort un album en 1977, « Rock N’Rose » qui lui permet de s’affranchir de la tutelle Podium, mais le succès est en demi-teinte. Il décide de partir aux États-Unis pour produire son successeur, « Poses ». Et en 1979, sort le plus gros tube d’Alain Chamfort, « Manureva », un tube disco pop aux accents mélancoliques écrit par Gainsbourg et composé par Chamfort et Jean- Noel Chaléat.

Au départ, la chanson s’appelait « Adieu California », mais Chamfort, à moitié séduit par le titre, demanda au maître chanteur de réviser sa copie. Bien lui en a pris, car la chanson, outre le gimmick sur le nom « Manureva », est un condensé musical de l’époque, entre « Le banana split » de Lio et la vague néo romantique anglo-saxonne. Le titre ultra synthétique et sautillant est devenu la matrice parfaite du tube électro pop qui est resté en vogue pendant la première moitié des années 80. La façon de chanter de Chamfort, très haut perchée et super branchée à l’époque (Patrick Juvet et les Bee Gees sont au sommet), amène une ambiguïté salvatrice dans la chanson française, queerisant et féminisant un peu plus les chanteurs de variété, Bowie étant passé par là avec le succès que l’on sait. La délicatesse et la sensibilité d’Alain Chamfort ne se sont jamais démenties depuis.

 

TETEOU & A CAUSE DES GARÇONS

Après le succès de « Manureva », Chamfort enchaine avec un sublime album, probablement l’acmé de sa carrière de chanteur, « Amour Année Zero », écrit quasiment intégralement par Gainsbourg, à l’exception du titre « Paradis » écrit par Jacques Duval qui signera la plupart des textes futurs de Chamfort.

La production du disque assurée par Wally Badarou (entendu chez Grace Jones), très typée, est uniquement composée de synthétiseurs, nouveaux pour l’époque. Mais surtout, les mélodies ultra addictives qui le composent (« Chasseur d’ivoire », « Bambou », « Malaise en Malaisie ») imposent Chamfort en songwriter pop, à l’égal d’un Jacno déjà en vogue à l’époque, et en précurseur du jeune Etienne Daho avec qui il se partage toujours la couronne du roi de la pop made in France.

Le top 50 naissant ne pouvait pas rester insensible au golden boy de l’époque. En couple avec Lio à ce moment là, il lui offre son second album, le mésestimé « Amour Toujours », et surtout « Tétéou », un nouveau tube que Lio en muse pop accompagnée de Jacky (l’idole des enfants du rock et des mercredi après-midis) irradie de son pouvoir de lolita des comics, en réconciliant les futurs enfants branchés et leurs jeunes gens modernes de parents.

Alain Chamfort réitèrera l’expérience en 1987 avec le groupe et la chanson « A cause des garçons », composé des modeuses Laurence Heller et Hélène Bérard. Le titre est un hit et redevient furieusement culte 20 ans plus tard avec la reprise azimutée de Yelle, prouvant une fois de plus le génie mélodique du bel Alain, quel que soit l’écrin synthétique qui l’entoure.

 

VANESSA PARADIS

A l’exception de ces tubes eighties, Alain Chamfort n’a pas particulièrement gâté ses confrères et consœurs musicien(ne)s, à l’exception de Dani (« Reine d’Autriche ») et de Vanessa Paradis.

C’est lors d’un concert enregistré sur Canal Plus que Vanessa chante « Malaise en Malaisie », dans une version épurée. Les mots de Gainsbourg, déjà présents dans la discographie de la chanteuse, se marient harmonieusement à la mélodie de Chamfort, le timbre de Vanessa se faisant plus sensuel que sur l’original de 1983. Ils chanteront cette même chanson en duo sur l’album « Elles et lui », album de duos de Chamfort avec la fine fleur des chanteuses pop françaises (Alizée, Keren Ann, Elodie Frégé…).

Mais Alain Chamfort a également composé l’une des chansons les plus touchantes de l’album « Divine Idylle » de Vanessa Paradis. « Junior Suite » est une ballade mélancolique, extrêmement touchante, qui ressort admirablement sur le disque, majoritairement up tempo. Malgré la qualité indéniable de cette chanson, les radios et les médias se sont plus focalisés sur les chansons de Mathieu Chédid, réalisateur de l’album. On espère que ce ne sera pas qu’un one shot, et que cette collaboration se renouvellera tant la manière de chanter de Vanessa Paradis se marie harmonieusement aux mélodies toujours chics d’Alain Chamfort.

 

LES BEAUX YEUX DE LAURE

Alain Chamfort poursuit une carrière faite de tubes imparables tout au long des eighties, de « Traces de toi » à « Souris puisque c’est grave », alignant les chansons parfaites.

Les albums suivants trouveront un écho moins important en terme de ventes, mais Chamfort a toujours continué à produire des albums de qualité, de « Neuf » à « Personne n’est parfait », jusqu’à l’album « Le plaisir ».

Cet album au succès critique indéniable est néanmoins un insuccès du point de vue de son label de l’époque qui le congédie peu de temps après sa sortie. Alain Chamfort, dont les visuels ont toujours été plutôt bien troussés, décide de produire un clip sur sa chanson « Les beaux yeux de Laure », reprenant à son compte le clip de Bob Dylan « Subterranean Homesick Blues », ou il fait défiler des pancartes racontant sa situation de chanteur abandonné. Coup de génie, Chamfort relance la promotion de son album, tout en faisant parler de sa situation de manière cocasse et pop. Il gagnera d’ailleurs la victoire de la musique du meilleur clip de l’année.

 

TOUT EST POP

Après cet épisode, Alain Chamfort a toujours réussi à sortir régulièrement des disques (« Une vie Saint Laurent » et en 2015 un autre album studio) et de nombreux albums « hommages » (Remixes par la scène électro, album de duo « Elles et lui »), souvent couronnés de succès critique. La jeune génération d’auteur(e)s pop et de chanteuses modernes savent ce qu’ils lui doivent, et de Paradis à Juliette Armanet en passant par Cléa Vincent ou Scratch Massive, tout le monde a un peu de Chamfort dans son son.

Son dernier album « Le désordre des choses » contient déjà un titre culte, « Tout est pop », synthèse synthétique des maux de l’époque qui mélange allègrement les faits divers et la branchitude éphémère sur une mélodie addictive et sautillante.

Parfaite synthèse de la carrière d’un compositeur alerte et toujours moderne, aussi à l’aise avec l’air du temps qu’avec les retraités, ses « microsillons » en bandoulière, touchants et délicats. Là où les chants du cygne de ses confrères manquent souvent cruellement de personnalité, lui préfère terminer ce bel album par un « Linoléum » dont l’écrin sonore est signé Yan Wagner. Toujours ce satané pop futur.

 

 

"Le désordre des choses", album disponible

En concert le 13 juillet avec Maud Lübeck aux Francofolies de la Rochelle

 

 

 

 

 

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