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Laura Clauzel n'est pas une Paria(h)

April 13, 2018

 

Paria : Individu, personne méprisée, écartée d’un groupe.

 

Paria(h), premier EP de Laura Clauzel, chanteuse et comédienne, féminine et féministe, est sans équivoque : là ou la plupart des premiers disques parle du nombril de leurs auteurs, Paria(h) évoque ceux que l’on ignore, celles qui se battent et ceux qui luttent : « le thème du paria est venu très vite, j’avais envie de parler des gens en marge de la société. J’aime bien avoir un fil conducteur dans la création. Pour moi, le trader dont je parle dans « Golden boy » est aussi un paria, qui se sent au dessus des autres. ». Cette intrusion du réel se ressent jusque dans ses clips, particulièrement celui de « The face of shame » tourné à Calais : « Je voulais que ce soit un tableau pour eux, qu’ils affirment leur humanité, leur dignité. Il était hors de question que j’apparaisse dans le clip. En revanche, je voulais absolument jouer le trader de « Golden Boy » ! ». Le clip, satire réussie entre la farce inquiétante et le thriller chorégraphié à la Bob Fosse, a été réalisé par Mathieu Mullier-Griffiths, comme les autres clips illustrant le disque.

 

Mais comment Laura en est t’elle arrivée à ce premier EP, assez inclassable, entre réalisme social et nu-soul ? « Mon premier amour a toujours été la musique. J’ai appris le piano à 5 ans, et puis la chorale de l’école m’a amené au chant.  Ensuite, j’ai fait des études très sérieuses, j’étais en prépa littéraire, et une amie a voulu s’inscrire au cours Florent, et je me suis lancée avec elle. En même temps, un ami qui jouait dans des restos cherchait une chanteuse pour faire des concerts avec lui, et j’ai dit pourquoi pas. J’ai fait ça pendant 7 ans. » L’univers musical de Paria(h) est pourtant très éloigné de la chanson réaliste et populaire qui fut son apprentissage : « Je chantais un mélange entre ce que demandait la clientèle, genre « La vie en rose » et des choix plus personnels, qui allaient des classiques du jazz à Jeanne Moreau »

 

 

Est-ce que le son des chansons s’est dessiné à ce moment là ? « J’ai adoré observer les pianistes de jazz, analyser ce qu’ils jouaient. Et c’était très formateur de faire des reprises, des chants révolutionnaires, des classiques. Mais je travaille avec Olivier Bostvirennois et le désir musical part plutôt du thème de la chanson que d’un style précis. Par exemple j’associe « Golden Boy » à la supplication du gospel, avec ce peuple qui appelle. J’aime les choses instinctives. Avec Olivier, on essaie d’être à l ‘écoute de ce qui se passe en studio tout en gardant les idées premières. La trame est plutôt nu-soul mais on se laisse la marge de s’échapper un peu. Et je tenais à ce que tous les instruments soient joués par des musiciens, sans programmations».

 

L’EP de Laura Clauzel, très réussi, convoque autant les compteuses jazz, les passerelles métissées d’Ibeyi ou les expérimentations de Solange. Et offre à la chanson engagée un écrin non dénué de style et de glamour.

 

 

SOUS INFLUENCES DIVINES

 

 

« Dhafer Youssef est un chanteur qui me transporte. Dés qu’il commence un concert, j’ai des frissons. C’est un joueur d’Oud qui fait du jazz, une voix suraiguë phénoménale. Il a la grâce de l’au-delà.  J’aime énormément Barbara. Son chant, son écriture, m’ont beaucoup marqués. Abdullah Ibrahim aussi. Il a un univers à lui, très personnel qui m’embarque. Si je ne devais citer qu’un un film et une actrice, ce serait « L’important c’est d’aimer » de Zulawski et Romy Schneider, à 1000%. Et j’adore Leonardo DiCaprio. Je le trouve extraordinaire. Il a la folie d’un De Funès. Il va tellement loin mais c’est tellement sincère et vrai que tout passe. Il est toujours au bon endroit de la sincérité de l’acteur. Il est bluffant. Mon livre de chevet est « Lettre à un jeune poète » de Rilke, pour son rapport au temps, à la nécessité, au travail de créateur. J’adore Jackson Pollock, le bleu de Klein et Toulouse Lautrec, pour son étrangeté et son côté grinçant et beau.

Et David Lynch. « Mullholand Drive » a été un événement au cinéma. Je suis retourné le voir 2 fois avec les clés que Libération avait publiées pour comprendre le film. Les tableaux visuels sont extraordinaires. »

 

 

Paria(h) EP Disponible

 

 

 

 

 

 

 

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