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Sur Faces, le hip hop n’est pas la musique vers laquelle nous nous penchons naturellement. Sauf que force est de constater que sur l’échiquier des musiques populaires, ce genre est devenu le plus plébiscité, autant dans les magazines pop et rock que dans  les smartphones de la jeunesse. Simony nous a d’abord tapé dans l'œil avant de nous caresser l’oreille avec ses punchlines sombres et acérées et ses beats qui penchent vers une électro lourde et des nappes synthétiques qui nous ont permis de raccrocher le wagon pop. Et puis un rappeur qui nomme son très bon premier EP  “Donny Darko” en hommage au film de Richard Kelly et qui a démarré une carrière cinématographique dans le bel “Eté 85” de François Ozon ne pouvait qu’attirer notre attention. Discussion autour de 5 punchlines de Simony, entre sourires enjôleurs et folie douce qui guette dans le regard, et la sensation d’avoir à faire à un chanteur soucieux du monde et de se présenter de la meilleure manière possible, sans chercher une approbation factice. Charmés nous sommes. Et vous allez probablement l’être aussi en découvrant le parcours et le talent singulier de Simony. 

 

“ Comme un Gunners je m’entraîne 7 jours par semaine, j’ai le savoir dans mon Arsenal.” Full Faya

“C’est une double phrase qui reprend “Le savoir est une arme” de l’équipe d’Arsenal. Je fais du rap tous les jours, comme un sportif, et dans l’équipe d’Arsenal, il y a eu plein de Frenchies, Thierry Henry, Robert Pires…C’est le lien que je fais entre le sport et la musique, surtout dans ce titre qui est très dynamique. C’est une prod que j’ai faite avec les Rabbits, et on essayé d’y insuffler beaucoup d’énergie. Ce sont des producteurs qui viennent de l’électro, alors que moi à la base je viens d’un rap plus old school, j’écrivais sur du boom bap, des faces B d’IAm et NTM. La rencontre des deux a fait que j’ai eu envie d’avoir un flot lyrical très old school sur des instrus modernes et rythmées sans perdre l’authenticité. “Full Faya” n’est pas le titre où il y a le plus à réfléchir, mais le message, c’est de donner de la force, de l’énergie, galvaniser les gens, les booster… Je me moque un peu des gens qui font du développement personnel, mais c’est très ironique.”

Sur Faces, le hip hop n’est pas la musique vers laquelle nous nous penchons naturellement. Sauf que force est de constater que sur l’échiquier des musiques populaires, ce genre est devenu le plus plébiscité, autant dans les magazines pop et rock que dans  les smartphones de la jeunesse. Simony nous a d’abord tapé dans l'œil avant de nous caresser l’oreille avec ses punchlines sombres et acérées et ses beats qui penchent vers une électro lourde et des nappes synthétiques qui nous ont permis de raccrocher le wagon pop. Et puis un rappeur qui nomme son très bon premier EP  “Donny Darko” en hommage au film de Richard Kelly et qui a démarré une carrière cinématographique dans le bel “Eté 85” de François Ozon ne pouvait qu’attirer notre attention. Discussion autour de 5 punchlines de Simony, entre sourires enjôleurs et folie douce qui guette dans le regard, et la sensation d’avoir à faire à un chanteur soucieux du monde et de se présenter de la meilleure manière possible, sans chercher une approbation factice. Charmés nous sommes. Et vous allez probablement l’être aussi en découvrant le parcours et le talent singulier de Simony. 

 

“ Comme un Gunners je m’entraîne 7 jours par semaine, j’ai le savoir dans mon Arsenal.” Full Faya

“C’est une double phrase qui reprend “Le savoir est une arme” de l’équipe d’Arsenal. Je fais du rap tous les jours, comme un sportif, et dans l’équipe d’Arsenal, il y a eu plein de Frenchies, Thierry Henry, Robert Pires…C’est le lien que je fais entre le sport et la musique, surtout dans ce titre qui est très dynamique. C’est une prod que j’ai faite avec les Rabbits, et on essayé d’y insuffler beaucoup d’énergie. Ce sont des producteurs qui viennent de l’électro, alors que moi à la base je viens d’un rap plus old school, j’écrivais sur du boom bap, des faces B d’IAm et NTM. La rencontre des deux a fait que j’ai eu envie d’avoir un flot lyrical très old school sur des instrus modernes et rythmées sans perdre l’authenticité. “Full Faya” n’est pas le titre où il y a le plus à réfléchir, mais le message, c’est de donner de la force, de l’énergie, galvaniser les gens, les booster… Je me moque un peu des gens qui font du développement personnel, mais c’est très ironique.”

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“Au début, je rappais vite et personne ne me comprenait. Moi je voulais rentrer dans le rap par les voies que les blancs prennaient...” Death Note

“Dans la suite, je parle de Nekfeu. Comme beaucoup de jeunes blancs de la classe moyenne qui ont envie de dire des choses et qui ont intériorisé leur souffrance, qui ne viennent pas de la street et qui ne veulent pas la défendre, tu peux être vite catalogué… Moi je pense avoir assez de vécu pour pouvoir m’exprimer et essayer de transmettre des valeurs de vie et des valeurs humaines. Mais c’est vrai que quand tu cherches et que tu essaies d’écrire, il y a un côté un peu démonstratif pour imposer ton style, et rapper vite, c’est prouver ta technique et prouver ta légitimité dans un rap jeu qui n'est pas censé en être un pour moi car ça reste de l’art, et ça ne sert à rien de vouloir prouver qui on est quand on sait qui on est. La légitimité, elle ne se trouve pas dans le regard des autres mais en soi, et si tu es sûr de ce que tu es, tu t’en fous de ce qu’on pense de toi. Nekfeu a eu un peu à lutter contre des préjugés en étant un rappeur blanc, parisien… Je l’ai un peu ressenti aussi car le hip hop, ce sont des codes, des valeurs, des messages politiques, éthiques, parfois économiques de gens qui chantent la galère et la misère. Aujourd’hui, ça s’est transformé et popularisé avec beaucoup de gens qui ont récupéré la chose, une sorte d’appropriation culturelle par des gens ou des médias. C’est ce que disait NTM : “ceux qui ne voient le hip hop qu’à base de popopop, tous ceux là je les stoppe.” En gros ne t’approche pas ou l’underground te fout des coups de pompe, et ne viens pas t’approprier notre misère. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus accessible pour tout le monde, et beaucoup de gens même issus de la classe moyenne et de l’élite française écoutent du hip hop. Si quelqu’un arrive avec un message, une expérience, même si ce n’est pas dans le fantasme de misère que beaucoup ont du rap, pourquoi ne pas l’écouter. Moi je n’ai pas de problème de légitimité, je sais qui je suis, et je le crierai haut et fort. “

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“Je dois infiltrer le système, ça tombe bien, j’ai la gueule et la vista” J’rentre défoncé

“Je connais “mon héritage physique” qui me permet de rentrer beaucoup plus facilement que certaines personnes dans un système et d’avoir une visibilité beaucoup plus rapidement du fait que je sois blanc. On en revient à Nekfeu qui n’a eu de cesse de subir son image par rapport à sa crédibilité. Mais ça ne sert à rien d’aller sur ce terrain et de se battre. Pour se battre, il faut prendre conscience de cette chance qu’on a d’être plus visible et utiliser ces outils pour faire passer de vrais messages et des valeurs. Cette phrase, elle définit ça. Ok, j’ai de la chance, et je vais la saisir et ne pas la laisser passer. Je vais infiltrer ça et combattre ce que je veux combattre, faire des sourires quand il faut, sans perdre de vue mon objectif qui est de rassembler, de fédérer, et de me battre contre un système qui nous pousse à ne plus avoir d’avenir. On ne sait plus où on va, rien ne bouge, la misère s’étale, et là ou des gens ne devaient pas se retrouver dans la merde, ils y sont quand même. Au profit de qui ? De quoi ? Sans être complotiste, il faut qu’on se pose la question, qu’on ouvre les yeux, qu’on essaie de construire autre chose, une alternative avec les armes qu’on a. Construire d’une manière positive, relocaliser beaucoup de choses. Tout est trop grand, tout le monde se perd, et on perd la notion du pourquoi. Pourquoi on fait les choses, pour qui on vend et dans quel but, plus personne ne se pose la question car on a juste envie d’avoir sa petite famille. Il y a une montée de l'individualisme et ce qu’il faut, c’est fédérer et se battre pour ce qui est devant nos yeux. C’est ce que j’ai envie de véhiculer, et le système prône l’inverse. Infiltrer le système et défendre ça, c’est un peu lui chier à la gueule tout en lui faisant des sourires. “

Après, dans les choses que je choisis de faire, je saisis les opportunités sans me poser trop de questions. J’ai eu l’opportunité de faire du mannequinat avant, et ça m’a permis de financer mes études. C’était une expérience à vivre. Après, en ayant vu le système de l’intérieur, ça ne me parle pas, donc j’ai arrêté. Mais je ne crache pas dans la soupe, j’ai appris plein de choses, rencontré des très belles personnes et des gros connards, comme dans tous les milieux. Mais c’est un milieu qui véhicule des valeurs que je déteste, et que j’ai envie de combattre aussi. Je l’ai vu, et je peux le faire maintenant. Mais ça m’a servi, même pour ma création. Je sais comment gérer devant une caméra, comment me mettre en scène. Je garde le positif de ça, car tu peux le faire sans être un produit. Pour la comédie, c’est beaucoup plus cool car il y a plus de création. Tu peux jouer, ce n’est pas juste ton physique. La comédie, ça s’est présenté à moi il y a deux ans en passant le casting pour jouer Kool Shen dans le biopic de NTM. Je me suis retrouvé aux dernières étapes sans avoir joué avant. Et de fil en aiguille, j’ai eu le rôle dans le film de François Ozon, et c’était génial de se retrouver sur un tournage. Après, ce n’est pas ma priorité. Si ça se représente, ce sera cool, et si j’ai envie de me concentrer là- dessus, je le ferai aussi. Je vis au jour le jour.

Mais c’est dans le rap que je mets le plus de moi-même; et le plus de profondeur. J’ai la parole, j’ai l’écriture, je peux le partager avec des gens. Je viens de là, et c’est ce qui m’a toujours permis de me délivrer de certains démons.”

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“Entre l’open space et la zic, le choix est vite fait. je ne veux pas mourir assis devant un laptop” Birdman

“C’était une période assez compliquée l’année dernière. Je finis mes études en ce moment, et toute mon expérience de vie se retrouve dans des valeurs que je ne valide pas. Je commence à prendre conscience de comment le monde fonctionne, et j’ai l’impression qu’on veut te faire devenir un pion, qu’importe l’endroit ou tu te situes. Avec les gens de ma génération, on se retrouve tous là à devenir des robots au service de quelqu’un d’autre. Et quand tu prends conscience de ça, tu es forcément révolté. Pour moi, le système actuel, c’est une prison sans cellule. On a besoin de liberté et d’être maître de son destin, et en l'occurrence, moi je faisais des études management, et je me suis rendu compte que ce n’était pas fait pour moi. J’ai mis en pause mes études pour me consacrer à la musique. Je pense qu’il faut être conscient du système et savoir l’affronter, mais d’une certaine manière. Si tu le fais trop frontalement, tu te fais censurer, où tu deviens déconnecté d’une certaine réalité et tu vas te retrouver tout seul en ermite. Il faut prendre du recul, être lucide et idéaliste. Et de garder l’espoir de construire un monde meilleur. Et ça passe par la création de son propre noyau et de son idéal de vie. Et puis aller au combat, mais armé de ça.

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“Je ne suis pas les règles, je veux dépasser le maître. Il n’ y a que quand je suis le best que j’essaie de rester le même” Fight Club

“C’est un titre qui est lié au film. Je ne l’ai pas écrit en pensant au film, mais c’est en l’analysant et en déterminant le titre que ça s’est fait. Il y a aussi une référence à Nekfeu qui disait “Il n’y a que quand j' suis le premier que j' reste à ma place.” Je n’ai pas du tout écrit ce titre de manière “ego trip”. Pour moi, Nekfeu est quelqu’un en qui je me retrouve énormément. Tout ce qu’il a pu écrire, sa philosophie de la vie, a pu inspirer plein de gens qui se sentaient un peu paumés. “Je veux dépasser le maître” car c’est toujours un combat, me confronter à lui, même si je resterai toujours fan de son travail. La fin de la punchline, c’est beaucoup plus profond. Dans “Fight Club”, il y a le côté schizophrène des personnages qui me parle. J’ai eu la chance ou la malchance de me perdre un peu dans mes pensées et de voir apparaître des troubles en moi, liés à mon enfance, à la vie qu’on vit, aux réseaux sociaux…

Le cinéma m’influence énormément. J’ai grandi avec ma carte UGC, j’ai des potes en école de cinéma, mes ex-copines étaient des passionnées de cinéma… Je me retrouve beaucoup dans les langages cachés du cinéma, entre ce qu’on nous montre et les messages sous-entendus. J’essaie toujours de rechercher la profondeur, et les films se rejoignent tous sur l’idée de la découverte de soi, et de sa propre identité. Pour certains, ça passe par l’humour, d’autres la noirceur et l’introspection, et ce sont ces films là qui m’inspirent. Fincher, Edward Norton, Jake Gyllenhaal m’inspirent énormément. Je trouve qu’ils ont saisi ça et ça me parle. C’est un langage que je ne maîtrise pas mais qui m’inspire. Je le fais à travers des clins d'œil dans ma musique, et ça permet aux gens de découvrir un peu mes références. Quand tu vois “Donny Darko”, tu imagines la noirceur de Richard Kelly. La perte de repères dans le monde réel du personnage est assez réaliste en même temps. On ne sait jamais quelle est la vraie réalité. Est-ce celle du personnage ? On est forcément en décalage avec le monde qui nous entoure quand on est comme ça, mais ce n’est pas pour autant faux. Si on apprenait à comprendre ces gens au lieu de vouloir les soigner, ils vivraient peut être mieux. Je comprends ce personnage de manière très profonde. On a le droit de se poser des questions existentielles et de ne pas en avoir honte. C’est ce que j’essaie de véhiculer. Il faut apprendre à se poser des questions.”

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Interview et photos : Nicolas Vidal
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