Edito par Nicolas Vidal

Comment la pop de chambre adolescente résiste t-elle au passage du 2ème album et au confort d’un label ? Plutôt très bien dans le cas de Requin Chagrin, combo dream pop mené tambour battant par Marion Brunetto, requin d’eau douce au charme Teenage et au spleen surf. Le bien nommé “Sémaphore” file droit sur l’échiquier French pop, tellement humble qu’il fait du bien. Des mélodies taillées comme les Beach Boys (ou les Beach House), une voix claire-obscure à l’androgynie surprenante, un son ramassé ou rien de gras ne dépasse. Loin d’être un “Mauvais Présage”, cet album est plutôt la meilleure nouvelle de ce début d’année, un “Soleil Blanc” qui réchauffe les coeurs, un mantra pop qu’on aime plus que de raison chez Faces. Comme un tourment adolescent en somme.

ENTRETIEN ET PHOTOS:  NICOLAS VIDAL 

Tu sors ton deuxième album, “Sémaphore” le 25 janvier. Comment se sent-on à la veille de la sortie d’un nouveau disque ?

Je me sens mieux. Ça a été plus de boulot et plus de temps que pour le premier. Je ne sais pas si c’est une généralité, mais souvent les premiers disques sont plus intuitifs, alors que pour le deuxième, on réfléchit plus. Et puis on a fait les premières parties d’Indochine au même moment, donc ça a été assez intense. Mais je suis contente de pouvoir en parler.

 

Comment as-tu senti l’évolution entre les deux albums? Ton premier album paraissait très spontané mais avec une recherche de son, notamment sur les guitares et les voix très réverbées, assez différente de ce qu’on entendait à ce moment là.

Il y a peut être plus d’instruments et des effets différents, un peu plus de claviers, même s’ils sont dans le mix. Et puis sur ce disque, j’ai travaillé avec Adrien Pallot qui a synthétisé mes idées. On a fait un vrai mélange entre mes maquettes et ce qu’on a enregistré ensemble. Je n’ai pas travaillé toute seule.

Est ce que cela a changé beaucoup de choses de ne plus travailler seule ?

J’avais déjà eu une expérience de studio avec Bénédicte Schmidt. Avec elle et Adrien, j’ai été en confiance, sur la même longueur d’onde, on pouvait parler matos (rires)... L’idée de bosser en binôme, ça m’a plu. Et techniquement, j’avais un renfort, des conseils de sage qui m’ont aidé. Le premier, je l’avais fait avec peu de matériel et peu d’espace, quelques guitares, une basse, un 4 pistes cassette… La batterie était programmée. Mais je n’y connaissais rien. C’était assez rigolo.

 

Tu as eu plus de moyens sur ce nouvel album, mais on retrouve quand même ce qui faisait le charme de ton premier album, probablement lié à ton songwriting qui est très personnel et reconnaissable.

J’avais peur de faire quelque chose de trop différent, qui ne me ressemble pas assez, et en même temps je voulais aller plus loin. Après, je suis quelqu’un d’un peu brouillon, qui bricole beaucoup. Il y a dans ma musique des choses assez directes, fragiles, qu’on a essayé de garder avec Adrien, sans trop bidouiller.

 

Tu es désormais signée sur le label de Nicolas Sirkis. Est ce que cela a changé des choses dans ta manière de faire le disque, dans ton écriture ?

Un peu. J’ai eu une bourse pour acheter du matériel, donc c’était super. On a fait notre liste et je suis partie avec Bénédicte dans le sud pour tout installer et être autonome. Sans le label, je n’aurais pas pu faire ça. Même si je me sens plus à l’aise avec des choses plus pourries, je suis contente de l’avoir fait. Et puis j’ai rencontré de nouvelles personnes, une nouvelle équipe, un nouveau bureau, un monde que je ne connaissais pas. C’est un nouveau label en même temps, donc plutôt cool.

 

Le fait qu’un artiste reconnu, et que tu admires, comme Nicola ait validé ton travail, est ce que cela t’a boostée?

Oui car c’est un avis qui compte pour moi. En plus d’être DA du label, il fait de la musique depuis 40 ans. Et de pouvoir échanger avec lui, c’était marrant.

On parle beaucoup d’Indochine et de son influence sur ta musique, mais j’ai aussi pensé à Jacno en écoutant ton nouvel album. La manière dont les instruments sont mixés, l’agencement des guitares et des claviers m’ont fait penser à “Tout va sauter”, qu’il avait fait avec Elli. Et quelques réminiscences des guitares de Dominique Nicolas sur l’album “Le baiser” d’Indochine...

C’est assez juste. J’adore Jacno. Son parcours. Je connais mieux sa période synthés, “Rectangle” ou “Anne cherchait l’amour” que cet album, mais j’aime beaucoup ses chansons. Et “Le Baiser”, comme les premiers albums d’Indochine, m’accompagne depuis longtemps. J’aime les guitares un peu surf et les mélodies qui tuent.

 

Il y a quelque chose dans ta musique qui est très lié à l’adolescence, et qui est accentué par les clips qui peuvent faire référence à Larry Clark, ou à un cinéma Teenage. Est ce que c’est quelque chose dont tu as conscience ou qui t’échappe ?

C’est vrai qu’il y a des choses dans ma musique qui sont liées à ce que j’écoutais ado. Des sons, le côté garage. Sur les textes, je puise beaucoup sur la période entre mes 10 ans et la petite vingtaine. Je parle plus du passé que du futur c’est sûr. Pour les clips, j’en ai fait 3 avec Simon Noizat. Dans le clip de “Sémaphore”, je voulais vraiment qu’on se focalise sur l’histoire, et les acteurs font assez jeunes, c’est vrai.

 

Comment définirais-tu ta musique ? Dream pop ?

J’ai du mal avec tout ce qui est étiquette. Je ne suis pas une puriste du style. Mais dans l’idée, ça me va. Le côté un peu rêveur... Et puis je ne fais pas une musique expérimentale, donc la pop me va aussi. Après, il y a des guitares surf, de la pop triste. Lors de mes premières chroniques, j’étais surprise de voir ce qu’on disait du disque, mais ça m’a aidé à un peu définir ma musique. C’est difficile de cataloguer son travail dans un genre précis. Mais j’aime bien voir les différentes étiquettes qu’on met dessus.

 

Il y a également un côté mystérieux sur le projet Requin Chagrin. Tu apparais peu dans les clips, pas du tout sur les pochettes. La première fois que j’ai entendu “Adélaïde”, je n’étais pas sûr que ce soit une fille qui chante. Est-ce une volonté de ta part ?

Oui, beaucoup de gens se sont posé la question, même mes potes m’ont demandé si c’était moi qui chantait au début du projet. Je n’aime pas trop m’exposer. Et encore moins au début. Je préférais créer un univers visuel autour de ma musique, mais je ne voulais pas qu’on sache que c’était moi. Je suis timide et jamais très sûre de moi. Ça va mieux avec les concerts. Je me suis posé la même question quand j’ai découvert Beach House d’ailleurs. J’aime bien cette ambiguïté. Quand tu vois des images de la clique du Palace au début des eighties, tu sens aussi ça.

 

Comment imagines-tu ton évolution musicale ?

C’est difficile à dire. Quand j’ai terminé l’album au début de l’été, j’ai eu envie de faire complètement autre chose musicalement. Et j’ai commencé à faire des trucs très différents, un peu italo-disco. Mais je l’ai plus fait pour m’amuser. J’ai envie de m’acheter du matériel différent. Je viens d’acheter un 8 pistes à bandes qu’il me tarde de tester. J’ai des sons en tête, mais sur la musique on verra bien. Je suis devenue très geek, j’adore ça.

 

Est ce que tu aimerais réaliser des chansons pour les autres, produire artistiquement ?

J’aimerais bien. Mais ce serait un peu casse-gueule car je suis un peu limitée avec les logiciels que je connais. Ce ne sera pas pour tout de suite. Quand je voyais Adrien et Clément bosser ensemble, je trouvais ça chouette. Mais ils sont hyper calés. Quand c’est pas pour toi, il faut être hyper ordonné, et c’est un peu compliqué pour moi. (rires)

Indochine “ Sur tous les albums que j’ai beaucoup écouté ado, ceux d’Indochine ont eu une grande influence sur moi. Du début des eighties aux années 2000, il y tellement de chansons différentes et de sons différents… Quand tu réécoutes leurs premiers albums, il y a plein d’idées d’arrangements, des trouvailles. Quand on a tourné avec eux, un jour on a réécouté l’album “3”, et des chansons comme “Salambo” ou l’intro de “3ème sexe”, ça marche hyper bien.”

PEINTURE/PHOTO - “ J’ai fait des études de dessin, et j’ai redécouvert Egon Schiele récemment, et j’adore son trait. J’aime sa manière de dessiner l’anatomie, et son interprétation des personnes. Sinon j’aime le dessin de Dragon Ball Z. J’en ai dessiné des centaines. On pense que les mangas se ressemblent, mais ce n’est pas vrai. Il y a un nouveau dessinateur sur la série, qui fait une suite alternative, et il dessine comme Akira Toriyama. J’aime aussi le trait de Naoki Urasawa qui a fait la série “Monster”. J’aime beaucoup l’histoire de ce manga qui se passe en Allemagne. Il a un trait mélangé, pas caricatural, très intéressant. D’autant qu’il dessine des européens. “

LIVRES - “ Je ne suis pas une très grande lectrice. Bizarrement, l’un des livres qui m’a le plus marqué est “L’écume des jours” de Boris Vian, pour son surréalisme. Je trouve ça super drôle. Je m’y suis prise deux fois avant de le lire. La première fois j’ai trouvé ça chiant, mais la deuxième fois, je suis rentrée complètement dedans. En ce moment je suis sur “Vernon Subutex”. Cet été, je me suis dit que j’allais faire un truc intelligent, lire un livre au lieu d’aller sur internet, et je suis rentré à fond dedans. Les dialogues sont drôles. Et les personnages tellement fouillés. Comment fait-elle pour connaître aussi bien les gens ? Et puis l’histoire se passe pas très loin de chez moi. Je pense que je vais lire ses autres livres. En plus elle a écrit un texte pour Placebo.”

FILMS - “ Le dernier film que j’ai beaucoup aimé, c’est “Call me by your name”. La maison en Italie, l’ambiance, la musique est chouette. Ado, j’avais adoré “Walk the line”, que j’ai vu par hasard en vacances au ski. Je ne connaissais pas Johnny Cash. Un peu plus tard, en voyage scolaire en Irlande, j’ai acheté un best of 4 CD.  Et puis je découvrais Joaquin Phoenix. J’ai aussi adoré “Kill Bill”, surtout le 2ème épisode avec l’explication, le parcours, la mythologie autour du personnage. Et puis “Les chansons d’amour”. J’adore la musique d’Alex Beaupain, le côté comédie musicale surréaliste avec un sujet réaliste.”

Ma Playlist...

DISQUES - “ En ce moment j’écoute peu d’albums en entier. Les modes d’écoute ont un peu changé. J’écoute plein de truc sur Youtube, dont de la synthpop d’Europe de l’est, et ça tabasse grave ! Un album que j’ai vraiment aimé est celui d’Anika, “Exploded view”. Je l’ai vue à la route du rock, ou elle a joué dans des conditions difficiles, et c’était génial. J’ai aussi beaucoup écouté le premier album de The Bewitched Hands, “Birds and Drums”. Je les ai découverts sur scène, dans le sud, et en 2012 j’ai rincé cet album. Je les ai vu plusieurs fois en live, à la Cigale, au Trianon. Il y a cette chanson, “Sur le quai” que j’adore. Ado, j’ai beaucoup écouté “Staring at the sea”, le best of des Cure. Mon frère m’a dit “Vu que tu adores Indochine, écoute les Cure”. Du coup j’ai écouté cette compil, et j’ai été marquée par la face A de l’album. “Killing an Arab”, “A forest”... Mon frère avait une conga à l’époque que j’ai transformé en batterie dans ma chambre et j’avais essayé de recréer le son de batterie de “Killing an Arab”. C’est un bon souvenir (Rires). Et puis les Pixies, “Surfer Rosa”, c’était mon album du lycée. Mon frère avait tous les albums, et je m’étais fait une compil. Mais “Where is my mind” était indépassable. Je me souviens d’avoir vu “Fight Club” devant lequel je m’étais fait chier jusqu’à ce que la chanson arrive. Je les ai jamais vus sur scène, j’espère les voir un jour.”

Remi Parson - “On a joué ensemble pour la première fois le 13 novembre. Ensuite, on a joué ensemble à Londres où il nous avait accueillis, et où c’était bien sur plus joyeux. Et le lendemain, on a joué ensemble à Lille. Et depuis ce week-end, on est devenu pote. On a fait un titre ensemble “Brexit” qu’on a enregistré au Labomatic. Il a sorti son nouvel album sur les plateformes, et c’est super bien. J’adore ce qu’il fait. Il joue en Février à Main d’œuvre. C’est un mec que j’adore et qui fait de la super musique.”

Un portrait chinois de Requin Chagrin à travers ses idoles Teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage
Nicola Sirkis

Brian Molko

Ta  chanteuse Teenage
Debbie Harry


Ton chanteur teenage
Franck Black

Jimmy Sommerville

Ton acteur teenage
Louis Garrel

Ton actrice teenage
Cécile de France

Ton crush teenage
Une fender stratocaster

Ton idole actuelle

John Mauss


Ta chanteuse actuelle
Molly Nilsson


Ton chanteur actuel
The Bewitched Hands

 


Ton acteur Actuel
Nicolas Maury

Ton actrice Actuelle
Adèle Haenel


Ton crush actuel
la pédale Dark World Chase