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Il fut un temps (les années 90) ou les lieux branchés de Paris ou d’Ibiza sortaient des compilations à leur nom, sorte de playlists curatives dont l’aura du lieu faisaient vendre du CD par wagon. Le Bouddha Bar, le Café del Mar et autres albums lounge permettaient aux quidams de voyager à l’intérieur de ces lieux exotiques et privilégiés depuis leur salon, sans essuyer les refus des videurs sans scrupules. C’est aussi de cette manière que des pontes d’une électro pointue ont émergé de manière populaire, sortant des boîtes de nuit dans lesquelles ils étaient rangés. Sans ces albums, Laurent Gargnier, Dimitri from Paris et consorts seraient restés dans l’ombre des clubs qui les accueillaient.


Mais en 2020, un mythique lieu parisien agrémenté de la piscine la plus photogénique de France, le Molitor, a décidé avec l’aide du label Signatures de mettre en avant la nouvelle création musicale féminine à travers des albums ou la crème des chanteuses pop crée des chansons inédites regroupées sous le sigle bienveillant de Molitor. Mais pourquoi uniquement des chanteuses ? “Quand on a rencontré ce lieu, on a eu un flash. C’est un lieu ou à la base, dans les années 30, on pouvait en tant que femme venir se baigner en bikini. C’était un lieu de libération de la femme ou elles pouvaient être tranquilles. » nous expliquent Ben et Stan à l’origine du projet. Et quelle riche idée tant les albums soignés et les artistes choisies forment un casting cohérent concocté avec un certain flair : 2 victorieuses de la musique (Barbara Pravi et Yseult), des actrices chanteuses (Lola Le Lann et Leslie Médina), des participantes de The voice (Mentissa et Poupie) et des nouvelles reines de la pop (Clea Vincent et Alexia Gredy). “On choisit des artistes qui sont en développement, qui peuvent matcher avec le projet et qui ont une actualité à venir. Ce qui est très important, c’est que les artistes aient envie de participer, qu’elles soient intéressées de créer un morceau de cette manière là. Et il faut que les artistes aient du talent. Qu’on puisse les mettre dans n’importe quelles conditions pour créer. »

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Car au delà du name dropping enchanteur, les fondations mêmes du projet sont plutôt très intéressantes : “A la base, on voulait créer des chansons originales dans un temps très court et les sortir tout de suite. Tous les titres qui sont sur les albums ont été enregistrés en une journée. Les artistes arrivent vers 10h en studio et elles repartent en général vers 22:00. Elles arrivent avec presque rien et repartent avec un morceau. Et tout l’album se crée en 3 mois.”


On pourrait penser que c’est un peu dangereux de créer comme ça car l’inspiration peut être volatile et capricieuse, mais d’après Ben et Stan, sur 26 titres, il n’y en a aucun qui a été raté ni même refusé par les artistes. “Nous, on n’est pas juges du travail des artistes. On est là pour donner la voie à une artiste, et on est là pour offrir des conditions extraordinaires pour enregistrer un titre car on le fait dans un très beau studio qui est le studio Saint Germain et qui offre tout ce qu’un jeune artiste ne peut pas s’offrir. »

Et force est de constater qu’effectivement, les titres sont plutôt réussis et forment un tout cohérent malgré des chanteuses à l’univers diamétralement opposé. Sur le 3 eme album Molitor, on passe en effet des chansons douces de Coline Rio et Mentissa à la super pop de Leslie Médina (“Vanessa” notre morceau chouchou de ce 3eme épisode) ou de Mado en un clin d’oeuil. « Toutes les artistes jouent le jeu et le font de manière honnête. Nous, on n’est pas là pour leur faire changer quoi que ce soit ou les aiguiller, bien au contraire. On leur donne une liberté totale. Si elles veulent faire un titre au biniou, et bien elles le font. »

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Ce projet Molitor, féminin et pop, a le mérite de mettre en avant cette nouvelle scène féminine et foisonnante de manière ludique et précieuse, légère et concernée. Et permet aussi aux artistes du projet de se faire une place sur les ondes françaises, comme actuellement Alexia Gredy dont nous adorons la musique et dont le titre « Un peu plus souvent » n’a pas quitté nos playlists depuis l’été dernier, et a rejoint les rotations de certaines grandes radios. « On est super content quand on entend des titres crées pour les albums qui passent en radio comme celui d’Alexia Gredy en ce moment qui était sur Molitor 2, ou celui d’Yseult et Claire Laffut et celui de Laurie Darmon sur le Molitor 1 qui ont pas mal tournés également. On est hyper contents. Cela fait résonner le projet et cela nous touche. C’est la réussite du projet. Si on peut faire connaître une artiste ou une chanson, le but est atteint. »

Ce projet particulier permet aux artistes d’avoir une belle plateforme, et au Molitor de jouer à fond sur la photogénie du lieu dans des visuels soignés, les pochettes étant signées par des artistes de streetart - le Molitor durant sa fermeture étant devenu un haut lieu du street art parisien. « Molitor nous fait confiance sur le projet. Ils aiment la musique et savent comment on travaille. Ils nous aident, ils nous entourent et sont à fond avec nous. Il suffit de se balader ici pour voir qu’ils sont passionnées de musique et d’art. Ils nous font confiance. »

On espère que ce beau projet de découverte continuera sa route et deviendra pourquoi pas, un rendez-vous réguler avec la jeune création féminine : «  On va faire un disque par an jusqu’aux jeux Olympiques en 2024, et on verra ensuite. Si ça peut être un rendez-vous pour de jeunes artistes et les faire découvrir, ce serait génial de continuer sans que cela devienne institutionnel ou obligatoire. Il fait que ça reste libre. »

Le Rendez-vous est déjà pris en 2023 pour découvrir les nouvelles perles pop de demain, mais la pop d’aujourd’hui qui se conjugue au féminin est déjà là sur les 3 albums déjà sortis, et il serait dommage de priver votre été de ces nouvelles découvertes pop et estivales ! Tout le monde a l’eau.

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Interview et photos : Nicolas Vidal