Édito par Nicolas Vidal

Marie Flore est en train, mine de rien, de braquer la pop française avec son nouvel album, le bien nommé "Braquage" qui sort  le 18 Octobre (Six&Sept). Il ne faut pas se fier à son minois où à son petit gabarit, la force ne se mesure pas physiquement, surtout à l’écoute de ces 12 titres musclés où la fin d’une histoire d’amour rime avec règlements de compte. Car il n’est question que de ça sur le “Braquage” de Marie Flore : la perte et les signes avant-coureurs, la toxicité et les regrets, la passion et l'insoumission. Mais là où les femmes pianos jusqu’ici chassaient leur idées noires sur des notes blanches, Marie Flore modernise tout ça, en remisant au panier ses aspirations folk pour des beats lourds et des punchlines sous EPO. Marie Flore n’a peur de rien, surtout pas de s’affirmer comme la version moderne d’une Veronique Sanson avalée par PNL, qui loin de susurrer son mal de vivre, nous donne plutôt envie de danser avec elle sur la tombe de ses amours (é)perdues pour lui dire que tout ira bien. Pour découvrir Marie Flore et la genèse de l’album de la rentrée, portrait et interview sur Faces Zine.

ENTRETIEN & PHOTOS:  Nicolas Vidal

Tu sors “Braquage” après un premier album “By the Dozen” sorti en 2014 où tu étais plus proche de Cat Power que de Lana Del Rey…

Il y a eu 4 ans entre les deux albums, et j’ai grandi en tant que femme et en tant qu’artiste. J’ai eu envie de partir vers quelque chose de plus moderne et en français. Je me suis aussi découverte la-dedans. Le changement de langue a entraîné un changement de musique. J’ai composé de manière différente, d’où la nouvelle orchestration.

Tu avais composé ton premier album à la guitare, et celui-ci au piano ?

J’ai été guitariste pendant 10 ans, et là je me suis mise au piano, au départ pour composer un titre, et je n’ai plus lâché le piano. J’ai composé tout l’album comme ça. Ça a été comme un vent de fraîcheur après avoir composé en anglais à la guitare. Je suis sortie de ma zone de confort et de ma couleur habituelle. C'était une zone vierge pour moi. 

 

Le changement de langue a t il induit une manière différente d’écrire ? Il y a un thème très précis sur l’album, une rupture amoureuse. C’est un disque thérapeutique ? 

Je ne sais pas. On ne se remet jamais vraiment de ces choses là. Mais c’était nécessaire. 

 

On sent en tout cas que c’était passionné. Il y a une ferveur dans les mots que tu emploies. Est-ce que tu as travaillé les chansons dans ce sens là ? Il y a un flow important...

Ça a été assez spontané, mais l’écriture pour moi, c’est un travail d'orfèvrerie que j’appliquais déjà en anglais. Les thèmes et les punchlines m’aident à dérouler la chanson. Les premières phrases me viennent spontanément, et ensuite je passe du temps à travailler les formules et les sonorités. “QCC” par exemple, je l’ai écrit en deux heures, de manière assez instinctive. J’avais 16 couplets, je trouvais les formules. Mais ça dépend des chansons.

Est-ce que tu avais la volonté d’être dans quelque chose de cru ? De montrer qu’une femme, ce n’est pas que de la douceur ?

Le côté fleur bleue, femme gentille, pour moi c’est relativement erroné. J’ai emprunté des codes dits plus “Masculins”. Pour moi, le parlé cru, c’est un parlé vrai, et je ne voulais pas me cacher derrière des trucs. Après, ce n’était pas du calcul de ma part, c’est sorti comme ça à cause de la situation. 

 

C’est aussi quelque chose qui te distingue par rapport aux artistes français actuels, qu’ils soient pop où plus urbain, et qui n’ont pas ce ton. On a l’impression d’écouter un disque sans filtre. 

Oui, c’est le cas. Il y avait un réel désir de m’approprier ce que je disais. je ne savais pas trop comment ça allait être reçu. Après, toutes les chansons ne sont pas sur ce mode, mais il y a souvent une petite phrase qui dérape. Et j’aime bien ça, ce côté chaud/froid. C’est important que la parole des femmes se libère en général, et même dans l’art, de ne pas être dans un truc romantique. C’est aussi ça la modernité. Il faut être en phase avec son époque. Sur l’album, il y a une grosse dualité de positionnement. je parle d’un amour inconditionnel et d’une souffrance réelle. C’est assez ambigu. Mais c’est ça la passion. 

Il y a aussi une dualité dans la musique. Il y a une sorte de basculement dans l’album à partir de la chanson “Presque ile” où on passe d’un univers très pop urbaine à quelque chose qui se détend et va vers une sorte de lumière.

C’est marrant, parce que je trouve que la première partie du disque est assez lumineuse et qu’on part vers quelque chose de plus sombre. Mais effectivement ça s’ouvre. je voulais faire un tracklisting plus mélangé, et finalement c’est comme une face A et une face B. Mais j’aime toutes les chansons, et ce n’était pas calculé. J’aurais pu commencer l’album par cette chanson, “Presque Ile”. Je me suis plus demandé quel titre emporterait les gens pour démarrer l’album. 

La musique est très produite. Comment es-tu arrivée à ces sons là après avoir fait de la folk? Il y a eu ton EP “Passade Digitale” entre tes deux disques qui était un peu un entre-deux. 

J’ai fait “Passade Digitale” et mon premier album avec Robin Leduc. Et puis j’ai eu envie d’aller vers des sons plus modernes, donc je me suis entourée d’autres équipes avec Antoine Gaillet à la réalisation, Omoh et Pierre-Laurent Faure qui travaille beaucoup sur des sonorités très internationales, un gros son à l’américaine. Au début, je ne savais pas ce que ça allait donner, mais j’avais la volonté de grossir le son, de produire les choses, de sortir de ce truc intimiste. On a tout remis à plat en studio. J’ai beaucoup écrit à ce moment là. J’arrivais avec mes pré-prod, et Antoine en fonction des titres demandait à Omoh où Pierre-Laurent de travailler sur les titres. Il y a eu un vrai travail de va et vient. J’ai longtemps travaillé avec Robin, uniquement tous les deux, et là c’était chouette car j’ai un peu lâché prise sur les morceaux. Il fallait que j’arrête d’être dans le contrôle. Ils ont vraiment tout saisi et j’ai adoré travailler comme ça. 

 

Est-ce que tu as eu le fantasme à moment donné de tout produire seule, un peu comme une reprise de pouvoir ? 

Pour moi, la reprise de pouvoir, ce n’est pas faire les choses seule. On a toujours besoin de quelqu’un. Ingénieur du son, c’est un métier, producteur c’est un métier. Ce fantasme de faire les choses seule, je n’y crois pas vraiment. J’adorerais être productrice, mais ce n’est pas le cas. Et il faut connaître ses limites. J’adore le son, mais de là à en faire mon métier… Et puis c’est bien d’être dans le partage. Rebondir sur les idées de chacun, c’est beaucoup plus riche. Je commence toujours mes idées de production seule de toute façon, ce n’est jamais vierge, il y a toujours une direction. 

Comment te sens-tu dans la scène pop française ? Te sens-tu appartenir à un courant ?

Non pas trop. Je peux me sentir proche d’autres artistes, parce qu’on est des femmes où qu’on est de la même génération, mais musicalement non. J’ai eu envie de faire ce disque avec ces sonorités là, mais sans vraiment me pencher sur les références musicales de la scène française. Et puis j’écoute à la fois peu et beaucoup de musique. Je suis restée bloquée sur mes classiques, et du coup j’ai peu de références super modernes. 

 

La sexualité est très présente dans ton disque…

Je m’en suis rendue compte en écoutant les chansons les unes à la suite des autres. Dans cette histoire, ça va avec la passion, le corps. C’est charnel, comme une addiction très forte à l’autre. Donc ça fait partie du sujet. Sur les punchlines un peu sexuelles, au tout début, j’ai eu un peu peur. Mais c’est au milieu de choses plus douces, et mon producteur m’a rassuré en me disant qu’avec ma voix, ça passait. Un peu comme une France Gall qui dirait des mots crus. Je ne voulais pas choquer, je voulais juste qu’on comprenne de quoi je parlais. 

Comment es-tu venue à la musique ? Tu as pris une guitare à l’adolescence ?

Non, j’ai commencé par la musique classique. J’ai fait de l’alto pendant 8 ans au conservatoire. Je n’étais pas très douée, ni très scolaire. Et puis vers 16/17 ans, j’ai raté mon examen du conservatoire, ce qui m’a mis dans une rage folle, et du coup j’ai arrêté. En réaction, j’ai pris une guitare, et j’ai appris toute seule sur les bancs de la fac. J’ai commencé à écrire mes premiers textes en français, mais très rapidement je suis passée à l’anglais. Depuis toujours j’écoute de la musique des années soixante, du garage, où du rock type Brian Jonestown Massacre, Black Rebel Motorcycle Club.. Mais jamais ça n’influence directement ce que je fais. J’ai quelque chose d’autodidacte, et mes références sont très intimes. 

Léonard Cohen - “Léonard Cohen pour moi c’est un tout. Dans l’orchestration et dans sa voix, il y a une puissance et une gravité qui me transcendent et me transportent. Et dans les textes aussi. En même temps, c’était un artiste multi casquettes, il dessinait, faisait des poèmes. C’est Dieu pour moi. Ses chansons sont les chansons que j’ai le plus écouté dans ma vie. S’il ne restait qu’un artiste, c’est lui que j’emporterais. Même si sur certains albums, la production a un peu vieilli. Mais c’est aussi ça qui participe à la magie de ses enregistrements.”

ART -“ En photographie, j’aime Stephan Shore. Il est américain, et il photographie les décors de son pays. J’aime les paysages américains, et ça me bouleverse. Les grands espaces, les motels désuets. Et lui c’est le maître en la matière. J’aime aussi beaucoup Martin Parr, et la manière dont il capture les gens. Il est très fort, c’est instantané et sociétal. Et en peinture, Le Caravage. Ma mère est très fan d’art et m’a traînée dans musées de 6 à 18 ans. Et je la remercie pour ça car cela a été un éveil très important. Je suis allée voir la collection d’Emile Burk au musée Maillol, et l’autoportrait de Van Gogh m’a scotchée. C’est incroyable. Je me suis perdue dans ses yeux, les points. Ce que j’aime dans la peinture, c’est que suivant le point de vue, tout change.” 

LIVRES - “Lettre à un jeune poète” de Rilke m’a sauvé la vie l’été dernier. Je trouve ça transcendant sur le travail de créateur, et cette chose spirituelle, moi qui ne suis pas très branchée par ça. Cette sorte de connexion quand tu crées, tu la sens vraiment dans ce livre. C’est vraiment une bouffée d’air qui t’extraies de ta condition. Je lis beaucoup de poésie et j’aime beaucoup René Char, “Fureur et mystère” parmi les autres. C’est mon poète préféré. je peux passer des heures à le lire. Quand je lis, j’aime que ça me transcende, et que ça me donne envie de prendre des notes. “Car l’adieu c’est la nuit” d’Emily Dickinson me parle beaucoup également. Elle parle de la mort, et ça m’interesse beaucoup. Je lis les recueils avec une page en anglais et une page en français, et c’est magnifique. Je la lis très souvent. Et mon écrivain préféré est Stefan Zweig. “24 heures de la vie d’une femme” fait écho avec mon disque. C’est un livre que je relis très souvent et qui m’aide à avancer.” 

DISQUES - “L’un des disques que j’ai écouté en boucle, c’est “Below the Bassline” d’Ernest Ranglin. C’est un album instrumental d’un musicien qui vient plutôt du reggae. J’ai écouté ça en boucle. C’est reposant, entre le reggae et le jazz. Le dernier album de Leonard Cohen, “You want it darker”, parce qu’il y a une magie folle dans ce disque un peu visionnaire : il parle de lui avant de partir. Ce disque me soigne et m’accompagne car la manière dont il aborde sa mort est apaisante. Et ça me rassure car je n’ai pas cette sagesse sur le sujet. Les Brian Jonestown Massacre avec l’album “Peppermint Wonderland. C’est un groupe qui m’a forgé. Anton Newcombe, le leader, est un personnage extraordinaire, j’adore leurs sonorités. Je l’admire aussi car il est extrêmement prolifique. Il n’y a aucune chanson à jeter. C’est la dernière icône du rock pour moi."

DISQUES -““Le monde Chico” de PNL que j’ai découvert très tard. Au début, je me demandais ce que c’était, et finalement cet album est devenu obsessionnel et m’a beaucoup accompagné ces deux dernières années. J’adore leurs voix, leur débit, leur positionnement. Je trouve que c’est un peu des rockstars et ils racontent une réalité qui me ramène à mon enfance, à la cité où j’ai grandi, et je trouve ça cool. J’aime aussi beaucoup Dua Lipa. C’est pas que je n’aime pas les filles en musique, mais elle, elle m’impressionne beaucoup. Je la trouve belle, j’adore sa voix. C’est très mainstream, mais il y a quelque chose qui m’émeut chez elle. J’aime ses prods, et j’ai une grande admiration pour elle. Ce sont des filles, comme Christine, qui font un travail énorme, à la fois physique et mental, et qui vont jusqu’au bout. Elles sont à leur place quoi. Et personne ne pourra les arrêter. Et je crois qu’il n’y a que comme ça, quand tu es une femme, que tu y arrives.”

Ma Playlist...

FILMS - “ “Waking life” est un film d’animation assez psychédélique qui propose une réflexion sur la vie éveillée. C’est une déambulation au travers de réflexions philosophiques, économiques, amoureuses, et c’est magnifique. Je le regarde souvent car il y a plein de tiroirs dans les réflexions. J’ai eu un gros coup de coeur pour “Lalaland”. Je déteste les comédies musicales, mais celle là, ça a complètement marché sur moi. Ce film a en quelque sorte changé ma vie, car je devais faire des choix amoureux, et tout m’a touché dans ce scénario. Ça a fait écho très très fort. Et les arrangements de la BO sont incroyables. “Le Voyage de Chihiro” est un film que j’aime d’amour. Il y a beaucoup de dualité dans ce film. C’est aussi enchanteur qu’angoissant. Ce film me touche, je pleure à chaque fois devant. Il y a un truc de merveilleux qui m’emporte. Et puis bien sûr le film “Dig” sur les Brian Jonestown Massacre et les Dandy Warhols. C’est un documentaire incroyable. C’est assez drôle, car la première fois que j’ai vu les Massacre en concert, je n’avais pas encore vu le film. Il y a avait une ferveur, le public insultait à moitié le chanteur, et moi je ne comprenais pas car je n’avais pas vu le film. Ensuite j’ai rencontré Matthew Hollywood, le guitariste du groupe de qui je suis assez proche. Mais c’est vrai qu’on peut se poser la question de la moralité du film, où en gros il n’y a jamais de bon choix, il n’y a que des arrangements avec la vie.”

Le Prince Miiaou & Tiste Cool

“ J’ai envie de parler du Prince Miiaou qui est une très bonne amie. On a commencé la musique au même moment, avec des esthétiques très différentes. Mais on est très amies, je l’admire beaucoup car elle a beaucoup de force. Elle fait beaucoup de choses seule, mais avec beaucoup de force. Elle a une droiture que j’admire beaucoup. 

Et j’ai envie de parler de Tiste Cool. Sa chanson “Chantal Vacance” est géniale, la mélodie est incroyable. J’aime beaucoup ce qu’il fait et il a beaucoup arrangé mon album. Sa nouvelle chanson, “Indépendance Maladive”, est un tube en puissance. Très efficace. J’adore.” 

Un portrait chinois de Marie flore  à travers ses idoles teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage

Spice Girls


Ta  chanteuse Teenage

Kylie Minogue

Ton chanteur teenage

2BE3

Ton acteur teenage
Hugh Grant

Ton actrice teenage

Kate Winslet

Ton crush teenage

Les 3T

Ton idole actuelle

Fabrice Luchini


Ta chanteuse actuelle

Cat Power

Ton chanteur actuel

Damso

Ton acteur Actuel

Joaquin Phoenix


Ton actrice Actuelle

Tilda Swinton