Edito par Nicolas Vidal

“Allez viens on s’aime”. C’est par ces mots que débute la nouvelle chanson de Marc Desse, “On s’aime”. Comme un mantra rassurant, après le succès critique de son 1er album, “Nuit Noire” sorti en 2014. Comme une invitation à le rejoindre dans des contrées plus pop mais toujours aussi romantiques. Chez Faces, on aimait déjà Marc Desse et ses riffs accrocheurs, sa mine de rockeur et ses boucles brunes, sa poésie noire et son blouson de cuir. Mais avec ce nouveau titre (et le nouvel album qui sortira cette année), Marc s’affranchit de Darc pour une compilation de singles potentiels, des tubes indés qui donnent envie de se déhancher en scandant “Je ne pars pas sans amour”, ou de parcourir Paris au son du tubesque “Les étoiles”. Enregistré à Detroit avec le très doué Gaël Etienne, Marc Desse reste pourtant cet éternel parisien, jeune garçon moderne jusqu’au bout des ongles, mais sans le passéisme rance des copier/coller eighties. Et pour ça, on l’aime. 

En concert aux Bains à Paris le 5 Mars.

ENTRETIEN &  PHOTOS:  Nicolas Vidal

Comment es-tu venu à la musique ? 

Je fais de la musique depuis une dizaine d’années. J’ai commencé à en faire quand j’étais gosse, et puis j’ai déménagé en Espagne quand j’avais 12 ans et j’ai tout arrêté. De toute façon le piano à l’époque c’était une corvée pour moi, même si bien évidemment je le regrette aujourd’hui. En rentrant à Paris à 16 ans, j’avais des potes qui faisaient de la musique, mais je ne m’imaginais pas faire la même chose. Je me voyais plutôt en écrivain, ou journaliste. Et puis un été, je me suis plongé dans un album des Doors, et ça m’a chamboulé. Je me suis mis à la guitare tout en entrant à la fac, mais je passais tout mon temps à faire de la guitare. Très vite, j’ai appris des accords et j’ai essayé de mettre en musique les textes que j’écrivais. 

 

Le point fort de tes chansons, je trouve, ce sont les mélodies. Il y a toujours des gimmicks, des choses que l’on retient. 

Souvent je me balade dans la rue et j’ai des mélodies qui arrivent. Je les enregistre sur mon téléphone. Ça arrive en général avec une phrase où des mots, et j’essaie de construire la chanson là-dessus plus tard. Avec le temps, c’est vraiment la mélodie qui vient d’abord, et je construis la chanson autour de ça.  

 

Qu’est-ce qui t’a amené à sortir tes premiers morceaux ? Tu as sorti un premier single en 2012.

A la fac, j’ai rencontré plein de musiciens et j’ai monté un premier groupe. Et puis j’ai commencé à bosser chez Shakespeare & Co. C’est un endroit où je pouvais rencontrer des jeunes de partout, des américains, des australiens… Et parmi les “Tumble weeds”, les voyageurs passionnés de littérature, j’ai rencontré un musicien américain et son frère. Avec eux et ma bande de potes, on a écumé les open mics du quartier latin, du Pop In. Et c’est à ce moment la que j’ai créé mon vrai premier groupe, Théâtre Anamorphosis. C’est avec eux que j’ai appris à enregistrer, arranger des chansons. 

 

Est-ce que les chansons de cette époque étaient déjà dans l’esthétique que tu as développé ensuite en solo ?

Oui surtout sur les morceaux de la fin. Je me suis beaucoup cherché vocalement. Je ne chantais pas à l’époque, c’était un exercice de style. Je ne suis pas né en chantant. Maintenant j’aime ça. Mais le nerf de la guerre, c’est d’écrire des morceaux. Je me considère plus auteur compositeur que musicien en fait. Quand le groupe a splitté, j’ai continué seul, en enregistrant les premiers morceaux sous mon nom. A l’époque, j’étais pas trop dans la pop, j’étais plutôt fan de punk et d’indus, mais j’ai eu un gros coup de cœur pour ’Aline avec qui on avait joué. Et j’ai découvert leurs influences à eux, l’Indie pop anglaise, les Smiths, Sarah Records, Belle & Sebastian... Ça m’a parlé et inspiré. C’est là que j’ai écrit une chanson qui s’appelait “Petite Anne” et que j’ai rencontré un groupe anglais, The Nots qui était signé sur un label de San Diego, Bleeding Gold Records. J’ai rencontré Roger Preston qui avait monté ce label très indé, qui faisait des sorties vinyles et cassettes. Et avec l’un des membres de ce groupe, on a fait un split single avec “petite Anne”. J’ai aussi rencontré à cette époque David Graw, un batteur de Détroit, qui a écouté et aimé mes premières chansons. On a commencé à travailler ensemble sur mes titres, à distance, et on a fait “Videoclub” en 2012. Et puis on a commencé à enregistrer “Nuit Noire” de la même manière, lui à Détroit, moi ici. 

 

Comment est né ce premier album, “Nuit Noire” ?

J’ai réussi à faire un ensemble de chansons cohérent pour la première fois. Avant, j’avais peu de chansons, je faisais quelques singles. Et là, je suis allé assez vite. C’est d’ailleurs la même équipe qui a travaillé sur mon second disque à venir, à part Gaël Etienne qui a réalisé l’album. 

 

Finalement tu n’as pas enregistré cet album à Detroit ?

Non, pour le premier je n’y suis pas allé. J’y ai enregistré un single, “Griffith Park”. Mais le deuxième a été entièrement enregistré là-bas. 

 

Il y a un son assez dur, assez noir pour le coup sur “Nuit Noire”, alors que l’album a été associée à la scène plus pop de La Femme, Aline, Mustang...

J’étais à fond dans Taxi Girl, Johnny Thunder, les idoles du rock eighties, les guitares très réverbérées à la “Nijinski” de Daniel Darc. J’adorais toute la mouvance eighties, Marquis de Sade. Mais aussi les Pixies. Mais je pense que c’est aussi l’influence des américains qui ont joué sur l’album. 

 

Le deuxième axe de l’album, c’est son côté romantique. 

J’ai toujours été un grand romantique, son esthétique, en peinture, en littérature. C’est quelque chose qui me touche. C’est un trait de caractère aussi. Je suis un peu mélancolique, j’ai une sensibilité accrue aux rencontres, à la vie. J’aime la musique romantique. Ce n’est pas forcément triste. Du romantisme, tu peux sortir des choses joyeuses aussi. 

 

Assez vite tu as été adoubé par des gens comme Etienne Daho, Hedi Slimane…

C’était une surprise totale. Il faut savoir que cet album, je l’ai fait seul, sans label, sans réelles expectatives. Quand je l’ai fini, j’ai cherché un label sans trop de succès. Il n’y a eu que le label Bordeaux Rock qui a décidé de le sortir. Et puis Adrien Durand, attaché de presse, a fait un super boulot. 

 

Est-ce que cela t’allait d’être associé à cette mouvance pop ? 

Oui carrément. Quand j’ai commencé à jouer avec mon premier groupe, il y avait déjà La Femme et Mustang, et c’était les seuls à chanter en français. Nous, on se faisait rembarrer parce qu’on ne chantait pas en anglais. Il y a eu un revirement après. Même si on avait un son très différent, j’étais ravi d’être associé à ces groupes. Etienne Daho par exemple, il m’a beaucoup influencé. J’ai connu assez tard sa musique car j’ai vécu assez longtemps en Espagne et j’ai un peu coupé à l’adolescence avec la culture française. Mais je me souviens très bien quand j’ai entendu à 16 ans à la radio “Tombé pour la France”. J’étais halluciné. C’est un morceau et un album qui sont sortis avant ma naissance, et ça m’a choqué. J’ai adoré ce morceau. J’ai aussi beaucoup écouté AIR. 

Ton projet musical a aussi eu un tournant mode avec Hedi Slimane qui t’a photographié à cette époque, et je trouve que ça a servi ton album en l’ancrant dans une esthétique du moment. 

C’est arrivé par hasard. Il était à l’époque chez Saint Laurent, et il avait en tête de revenir à une collection inspirée des eighties, de punk, Pacadis… Et ils ont repéré des groupes qui correspondaient à cette esthétique là. Je me suis retrouvé à aller à des défilés de mode, et ça a commencé avant que je sache que j’allais faire des photos. On se retrouvait aux soirées des fashion weeks, et on s’amusait bien. Aux afters d’Hedi, il y avait toujours des instruments. Ses mannequins sont souvent musiciens, et ça finit en gros bordel. 

La mode, ça t'intéresse ? 

Je ne suis pas du tout l’actualité de la mode. Mais j’aime les pièces. Je vais plutôt arpenter les fripes et chercher LA bonne pièce. Comme ce blouson de cuir qui est un peu devenu mon signe, je l’ai sur mes pochettes, sur les photos avec Hedi…

 

Tu l’as d’ailleurs sur la pochette de ton nouveau single, “On s’aime”...

Oui. Le single est sorti en Décembre, et on va sortir un nouveau titre en mars. J’aimerais bien sortir plusieurs singles, sortir l’album en 2 temps. C’est un album qui est moins dans le concept que “Nuit Noire”. Je me suis permis différents moods, différentes influences. C’est plus un album de singles qu’un tunnel de chansons.

 

Il y a une esthétique et une tonalité globalement plus lumineuses sur tes nouveaux titres, bien que ce soit dans la continuité. L’album est clairement plus pop.

C’est vrai. J’ai aussi voulu prendre le contrepied du premier. Je ne suis pas quelqu’un de sombre, je suis plutôt joyeux et j’avais envie de transmettre cette énergie là. J’ai fait beaucoup de chansons, j’ai mis beaucoup de temps, 6 ans entre les 2 albums. Mais là, c’était le moment de les sortir. 

 

Quel a été l’apport de Gaël Etienne (Lescop, Requin Chagrin…) sur l’album ?

Gaël, ça a été une rencontre amicale énorme. C’est quelqu’un que j’adore, que j’admire en tant que musicien. On s’est rencontré quand j’étais en train d’enregistrer “Nuit Noire”. Cet album, c’était un peu mon bébé. je travaillais la journée, le soir je sortais, et j’enregistrais la nuit. Je ne dormais pas beaucoup. Et je ne voulais pas trop mêler d’autres personnes. Lui, il jouait avec Lescop et il m’avait proposé son aide. Et puis il m’a rejoint pour les concerts, à la guitare. A ce moment là, je bossais sur des nouveaux titres. On est assez fusionnels sur le travail. On se fait écouter tout ce qu’on fait. Robi m’avait proposé de faire un duo pour une soirée “Jeunes gens modernes”, et on avait repris “Erstaz” tous les deux. Pour faire un truc bien, on avait demandé à Gaël de nous aider. Et c’est là qu’on a vraiment commencé à collaborer. Il m’a aidé à ouvrir le spectre. Il a mis sa patte dans l’album. Je suis hyper fier de ce disque. C’est fou les heures qu’on a passé dessus. On a retourné les chansons dans tous les sens. 

Tu réfléchis beaucoup à ta musique, les sons que tu y mets ? Vous avez évité l'écueil des synthés trop eighties qu’on a beaucoup entendu ces dernières années.

Oui. Quand même. Le premier jet, c’est assez basique, je le fais chez moi. Ensuite avec Gaël, on prend ce qu’il y a prendre et on va chercher plus loin. je pense qu’il faut s’entourer pour aller ailleurs. Pour moi, la musique des années 80, je la vois comme un âge d’or dans l’arrangement de la pop. C’est devenu un peu redondant, mais pour moi, tout peut faire années 80 : les réverbérations, les synthés, les boîtes à rythme. J’ai l’impression que pour ne pas sonner années 80, il faut enlever les guitares, ce qui est impossible pour moi. Ce qui a joué aussi je pense, c’est que j’ai composé à la guitare classique, c’est plus doux, plus arpégé. 

 

Tu as aussi collaboré avec Yves Simon sur l’album de reprises “Génération Eperdue” où tu reprenais “petite fille, p’tite misère”. Et je trouve qu’on entend un peu de son influence sur ta chanson “Eventuel”.

On était toujours en train d’enregistrer l’album avec Gaël, et mine de rien, cette reprise a bien marché. Il y a eu un vrai boulot sur ce disque, un clip sur la chanson de Juniore… On a fait aussi une session live sur la Blogothèque. Ça a été un beau coup de projecteur. Mon père avait quelques uns de ses albums, et quand j’ai sorti mon titre “Petite Anne”, des gens avaient vu une filiation à laquelle je n’avais pas pensé. C’est quelqu’un de très exigeant dans tout ce qu’il fait. Il était dans la suggestion et a vraiment pris part à cette compilation. On a enregistré cette chanson en live, et c’était chouette à faire. 

Tu as des origines espagnoles. Est-ce que c’est une influence pour ta musique ? 

J’adore le rock espagnol des années 80, de la movida. Et aussi le flamenco. Ce qui est intéressant en Espagne, c’est le Flamenco qui se mélange à d’autres genres, comme Rosalia où la scène de Grenade avec plein de groupes de rock et de Flamenco. Les deux s’influencent mutuellement. J’adore Los planetas, un groupe de Grenade. En ce moment, je compose des chansons en espagnol. Mais on verra où ça m’emmène après la sortie de l’album. 

Propos recueillis par  Nicolas Vidal

Jim Morrison - “Je pense que ma découverte des Doors a cristallisé mon envie de faire de la musique. Jim Morrison m’a complètement fasciné autour de mes 20 ans. C’était quelqu’un qui écrivait, et c’est par là qu’il est arrivé à la musique. C’est la première fois que j’avais l’impression de voir un poète qui chante. C’est peut être un peu cliché, mais ça a été un grand amour de jeunesse.”

ART -“ J’adore l’esthétique de Steve Stiege. Il a fait de super photos de New York, des zones délabrées, des squats, des endroits en ruine. J’aime l’ambiance post apocalyptique du New York 80.”

LIVRES - “J’ai beaucoup lu à une époque, mais faire une fac de lettres m’a un peu dégouté. Je lis par bribes, du coup je lis beaucoup de poésie. Mais dans les romans qui m’ont formé, je dirais “Les liaisons dangereuses”, l’amour courtois, libertin, c’est une grosse influence pour moi, et mon livre préféré. C’est romantique. Proust, “A la recherche du temps perdu”, ça a été un défi de le lire, mais c’est un livre auquel je repense beaucoup. C’est un livre formateur auquel je repense en fonction des évènements de ma vie. J’ai commencé à lire de la poésie espagnole avec Gustavo Alfonso Becquer qui est un peu le Musset espagnol. Ça m’avait transporté. “Sur la route” de Kerouac a été un électrochoc. Je venais d’avoir mon permis, et ça m’a donné envie de partir.”

FILMS - “”Série noire” d’Alain Corneau que j’ai vu une dizaine de fois. Dewaere évidemment, grand personnage romantique des années 80, ultra sensible et complexe mais très inspirant, très beau. Mais aussi Marie Trintignant. C’est un film glauque, et je crois que j’aime bien ça. “Jamon Jamon” de Bigas Luna. J’adore le cinéma de la movida, et on voit bien le Madrid de cette époque, la folie, tout ce qui est rattrapé. C’est la démesure. “Edward aux mains d’argent” que j’aime beaucoup. Ça a parlé au gothique qui est en moi, et ça m’a fait beaucoup rire. Et puis “Rusty James” de Coppola. J’adore Mickey Rourke, et l’esthétique de ce film. C’est un héros tragique ce Mickey Rourke, un peu le Dewaere Hollywoodien. ”

DISQUES - “ L’album “Hurt me” Johnny Thunders a été une grande influence. Il l’a enregistré à Paris, et c’est un album quasi introuvable. C’est un guitare/voix de toute beauté, des chansons un peu torturées mais tellement belles. Dans les choses plus récentes, c’est Aldous Harding et son album “Designer” que je trouve parfait en tout point. Cette douceur à laquelle je m’identifie. J’adore ses morceaux. Comme son compatriote néo-zélandais Connan Mockasin que j’aime beaucoup également. Des musiciens très créatifs avec un univers bien à eux. Ils sont un peu hors du temps. J’aime beaucoup Andy Shauf aussi, surtout “The party” que j’ai beaucoup écouté et qui m’a beaucoup inspiré. Dans les trucs plus classiques, New Order, “power corruption & lies”, avec cette pochette magnifique. Il y a un titre sur mon prochain album qui a été très influencé par eux. Je rêvais d’avoir une ligne de basse comme sur leurs titres. The Cure aussi, “The top” avec le morceau “Caterpillar” et son ambiance plus hispanisante. En ce moment, j’écoute “Fantaisie Militaire” de Bashung. Je suis dingue de la chanson “Aucun Express”. Et Mylène Farmer, la période eighties. J’écoute beaucoup la chanson “Regrets” en duo avec Murat. J’aimerais tellement écrire une chanson pour elle. Un de mes kiffs, c’est de l’écouter en conduisant sur des routes de campagne en hiver. Et puis “Pop Satori” d’Etienne Daho evidemment…”

Poudre Noire

“ J’ai envie de parler d’un groupe qui s’appelle Poudre Noire. C’est un duo d’amis à moi, Pierre et Antoine. Pierre fait plein de choses, des vêtements, des bijoux. On s’est rencontré par la musique de son groupe, Austerlitz Radiateur que j’adorais. Et là, avec Antoine, ils ont trouvé un super truc. Ils n’ont rien sortis encore, mais font beaucoup de concerts. C’est un mélange entre Brassens et Ritchie Valens mais avec une attitude punk. Ils chantent en français, des textes cocasses, malins. C’est vraiment cool. Je suis sûr que ça va faire parler quand ils vont sortir un truc.” 

Un portrait chinois de Marc Desse  à travers ses idoles teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage

Oasis


Ta  chanteuse Teenage

Avril Lavigne

Ton chanteur teenage

Estopa

Ton acteur teenage

Viggo Mortensen

Ton actrice teenage

Liv Tyler

Ton crush teenage

Winona Ryder

Ton idole actuelle

Nick Cave


Ta chanteuse actuelle

Aldous Harding

Ton chanteur actuel

Alex Rossi

Ton acteur Actuel

Antonio Banderas


Ton actrice Actuelle

Lea Seydoux

Ton crush Actuel

Aldous Harding