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Edito par Nicolas Vidal

Les artistes pop sont-ils faits pour durer ? Le marché de la musique pré-covid était déjà saturé avec la possibilité de la scène, comment tous ces artistes vont-ils arriver à émerger, durer, montrer leur travail ? On pourrait avoir un début de réponse avec Joseph D’Anvers, qui avec son 5ème album, “Doppelgänger”, prend son auditoire à rebrousse poil en proposant un album riche, dense, cinématographique et littéraire. Ne se reposant pas sur ses lauriers chansonniers, il a mis de l’électro dans son rock et ça lui va bien. Car Joseph D’Anvers, que l’on suit depuis une petite quinzaine d’années, a toujours investi des territoires finalement différents sans jamais se départir d’une douceur toute française, d’une élégance raffinée dans des mots parfois rudes, alliant la poésie déglingue d’un Daniel Darc avec un certain raffinement, que ce soit dans ses disques, ses livres (1 roman graphique et 2 romans) ou lors de notre rencontre un après-midi d’hiver pour parler de ce nouveau projet tout particulier pour lui...

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ENTRETIEN et PHOTOS:  Nicolas Vidal
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Tu sors ton cinquième album, “Doppelgänger” dans une atmosphère un peu particulière, non?

Ça permet surtout de relativiser les choses. C’est le premier que je produis, j’ai monté mon label pour le faire et je suis dans une sorte de tourbillon. Quand tu sors un album en “artiste” tu as beaucoup de choses à gérer, mais la production c’est encore autre chose. Et je trouve ça assez passionnant. 

 

Tu avais fait un crowdfunding pour un de tes albums, ce qui requiert aussi pas mal d’organisation…

Oui. Je venais de quitter mon label de l’époque (Atmosphériques ndlr) et ça faisait deux ans que mon album était prêt. Je me suis entouré d'une manageuse et j’ai produit le disque avec mon argent mais on n’avait pas assez. J’ai ensuite signé un contrat de licence chez AtHome pour le sortir. Mais pour ce nouvel album, j’ai pris le temps, et vu l’époque et ce qu’il se passe, je me suis dit que c’était le bon moment pour créer une structure. Tu fais beaucoup moins de musique, mais tu contrôles tout. Il y a beaucoup de choses où tu es en première ligne, pour les financements ou la promo, tu n’as pas le filtre du directeur artistique, mais il faut assumer la casquette de producteur, savoir parler chiffres et puis voilà. 

 

On parle beaucoup de l’artiste entrepreneur aujourd’hui. Est-ce que ce n’est pas devenu une norme pour tous les projets artistiques ? 

Ça dépend de ce que tu as en tête et à l’intérieur de toi. Si tu es scénariste et que tu rêves d’avoir un Oscar, ce sera impossible sans en passer par un gros producteur. Si tu veux faire un projet sans compromis, ça peut marcher. Pour la musique c’est pareil. J’ai vu Mirwais en interview qui disait qu’il fallait qu’on revoit notre conception des choses, et je suis entièrement d’accord. On a grandi dans l’idée de passer en radio, de faire la plus grande salle possible, et ce n’est plus possible. Être numéro un sur spotify ou Deezer ne te fait pas gagner d’argent. Être entrepreneur n’est pas donné à tout le monde et ça dénote d’un certain état d’esprit. Je ne ferais peut-être jamais l’Accor Hotel Arena. Mais en même temps, je suis de toute manière trop indé pour faire ça. Ceux qui vendent énormément, ce n’est pas ce à quoi j’aspire, ce n’est pas ma famille artistique. Je pense que c’est la norme de devenir producteur quand on a cette fibre là, ou qu’on est pluridisciplinaire.

 

Tu as une place un peu particulière dans la chanson d’ici car tu as travaillé pour des gens très connus comme Dick Rivers, Françoise Hardy, Alain Bashung qui allient chansons populaires et exigence artistique, que ton travail est très reconnu en tant qu’auteur/compositeur, mais que tu n’as pas encore rencontré un large public ? 

Depuis que j’ai commencé il y a 14 ans, la règle du jeu a énormément changé. Quand j’ai signé chez Atmosphériques, Marc Thonon le patron m’a dit, en parlant des artistes que j’aimais - Nick Cave, Bashung, Daniel Darc, Tom Waits - que c’étaient des artistes qui durent. Et qu’il n’avait pas l’intention de me signer que pour un titre, qu’il fallait que je m’installe et que ça prendrait 3 ou 4 albums s’il le fallait. C’est comme ça que je me suis forgé. Et aujourd’hui ce n’est plus la même chose. Je suis arrivé à un moment où j'ai quand même pu vendre des albums. En revanche je suis arrivé un peu trop tard pour capitaliser sur ça comme M, Benjamin Biolay où Vincent Delerm qui vendaient beaucoup d’albums. Je ne me plains pas. Mon statut n'est pas mal car je n’ai pas les mauvais côtés de la célébrité, et on me connait un peu dans le milieu. Donc c’est assez confortable. La musique, c’est aussi le reflet de la société et les écarts se creusent. Partout. Il faut choisir entre faire partie des très riches et des gens qui triment pour s’en sortir. Dans la musique, en montant sa structure on a une alternative. Avec les moyens que j’ai, mon esthétique, je ne toucherai pas les masses des gamines, mais je ne vendrai pas non plus 3 albums. J’ai constitué une équipe qui croit au projet, qui travaille. On a une relation humaine au-delà de la musique. Après, j’envie un peu l’époque des artistes que tu as cité, parce qu’on pouvait avoir une exigence artistique et y arriver. C’est très dur aujourd’hui. Mais cette situation va aussi beaucoup écrémer. 

Je trouve effectivement qu’il y a trop d’artistes aujourd’hui. Tout le monde peut s’y mettre et faire des disques. Il n’y a pas de place pour tout le monde dans les médias, et il n’y a pas assez d’auditeurs. 

Je suis tout à fait d’accord. Il y a eu la démocratisation des moyens de production mais aussi quelque chose qui vient parfois des maisons de disques. Elles prennent des risques, mais elles ont à une époque signé énormément de groupes, d’artistes, pour voir ceux qui allaient marcher sans trop de risques car les disques étaient subventionnés. Et puis il y a eu l’essor de la musique urbaine qui est une musique pas chère à produire. On a fait chuter la qualité du son, de la composition, et si ça ne marche pas, on ne perd pas beaucoup d’argent. Si ça marche on rafle 10 fois la mise. 

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Ce nouvel album est un petit peu différent de tes précédents. Tu n’avais jamais été aussi loin dans le côté plus électro, bien que ce ne soit pas sur tout l’album. Comment as-tu eu envie de passer à ce son ? 

J’avais déjà fait des projets électro pour des BO par exemple, mais c’est vrai que ce n’était pas là où l'on m’attendait. Pourtant j’ai fait un premier album chanson, mais dès le suivant, c’était avec Money Mark qui travaillait avec les Beastie Boys, et le 3ème avec l’ingé son de Radiohead. Mais je ne m’autorisais pas à y aller franchement. Avant de travailler sur cet album, j’ai sorti un roman graphique et un roman chez Rivages, et j’écrivais un peu des chansons de temps en temps. Et puis j’ai monté le label, ce qui m’a aussi pris du temps. Je me suis dit que j’allais produire un EP 5 titres. Je l’ai fait avec les Jazzbastards qui ont travaillé avec Oxmo Puccino, Damon Albarn… On a fait les 5 titres et j’ai eu envie d’aller plus loin et donc de faire un album. Je voulais confier les titres à quelqu’un qui m’emmène ailleurs, mais j’ai eu envie de construire l’album comme un territoire où mes désirs me guideraient. Ma boite s’appelle “Doppelgänger”, comme l’album, qui signifie le double, et je voulais embrasser cette idée. J’ai imaginé l’album comme une playlist, avec des petits extraits de films pour faire un chemin. Je me suis libéré et j’ai fait des morceaux électro, des pianos voix. Je n’avais personne pour me dire que ça allait être difficile à vendre. 

 

Tu parlais du double, est-ce que ce ne serait pas un album schizophrénique qui réconcilierait tes différents métiers ? Le cinéma et la chanson ?

Tout à fait. Le déclic est venu en écrivant “Juste une balle perdue”, mon roman. Je vivais une période assez sombre et j’écrivais la nuit. Ce roman a été un besoin, et quand je l’écrivais, je ne savais pas si j’allais être édité, qui allait m’éditer, si c’était bien ou nul. Au bout de 3 mois d’abnégation, je me suis demandé si ça valait le coup. Je me suis dit que oui, je ne l’ai fait lire à personne, et quand il est sorti, il a eu un accueil formidable et de belles ventes. Ça validait ce travail. Et j’ai fait pareil avec le disque. Il est un peu comme un premier album. Je me suis laissé aller à y mettre des morceaux d’il y a 10 ans et d’autres écrits pendant le confinement, des titres écrits pour d’autres et des chansons très inspirés par les moments que je vivais. Comme un best of de ma vie. 

Il y a beaucoup de chanteurs qui passent au roman en ce moment, comme Mathias Malzieu ou Florent Marchet. Comment expliques-tu que les auteurs de chansons aient envie de passer au long format ? 

je ne peux pas parler pour les autres et je n’en sais rien. Je pense que les éditeurs se sont un peu ouverts. On sait écrire, à priori, et une curiosité différente est apparue. Mathias et Florent sont dans la même démarche que moi. Ils ont créé leurs structures, écrivent pour d’autres, et je pense que ça va dans une volonté d’être un artiste à 360, d’aller où ils veulent. Ils ont aussi une fibre littéraire, et on a parfois accompagné des auteurs lors de festivals. Il y a plusieurs choses qui font qu’on a envie de faire des choses différentes. Je suis ravi d’avoir fait ces 3 romans. C’est une fierté, quelque chose que je laisse en plus à mes enfants. Et ils m’ont permis d’utiliser plus de mots et de temps pour aller dans les préoccupations que j’avais. 

 

Ton album est assez long, avec 17 plages. Est-ce que tu avais la volonté de mettre tout ce que tu avais en tête ? 

Non, je voulais faire un album court, mais je n’y arrive pas. Souvent, les titres que j’aime le moins sont les titres que les gens de mon équipe aiment. Et ils ont souvent raison. Par exemple, “Esterel” qui a été le premier single, a été le titre où j’ai le plus galéré à trouver la forme. Je voulais enlever 2 ou 3 titres, mais les personnes les plus importantes de l’album les aimaient donc j’ai tout gardé. 

 

Il y a quelqu’un dont on te parle beaucoup, c’est Daniel Darc. Ton roman s’appelle “Juste une balle perdue”, tu avais repris “Je suis déjà parti”...

Et sur scène, j’ai aussi repris la chanson “Désolé”. C’est quelqu’un que je connaissais un tout petit peu, que j’ai croisé quelques fois, et ça a toujours été fulgurant. J’ai même écrit une nouvelle sur lui dans le roman graphique ou un personnage prénommé Daniel dit à un personnage : “Moi je prends les cicatrices des gens”. Daniel, c’est peu ça pour moi. Chaque fois que je l’ai vu, il y avait un rapport très ésotérique.

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“David Lynch, Nick Cave, Jim Jarmush ou Wong Kar Waï m’ont beaucoup influencé. Vincent Gallo aussi par son côté pluridisciplinaire. Tous ces artistes là ont été très importants pour moi.”

 

Albums : “Je me souviens de la première fois que j’ai écouté ”Doolittle” des Pixies. J’étais au Lycée dans une salle de montage pour faire une vidéo car j’étais en Arts Appliqués. Un pote m’a dit d’écouter ça, et en entendant “Here comes your man”, j’ai trouvé ça dingue. Ensuite, il y a eu "Fantaisie militaire” de Bashung et “Ok Computer” de Radiohead. Je commençais la musique quand ces albums sont sortis et je me dis que j’ai eu la chance d’avoir commencé en écoutant des albums comme ça qui étaient très diffusés. J’ai l’impression qu’après 2000, il n’ a pas eu d’albums encensés par la critique et qui aient connu un gros succès. Ça a été fondateur pour moi d'écouter un album comme “Ok Computer” qui était un album de pop rock, ou tout d’un coup de l’électro débarquait... Ça n’a pas pris une ride.”

 

Films : “”Chungking Express” de Wong kar Waï car c’est un film qui synthétise tout ce que j’aimais. J’étais au Lycée, et je me souviens m’être dit qu’il avait fait le film que j’aurais voulu faire. J’ai eu la chance via la Fémis que j’ai fait ensuite de partir à Hong Kong et de faire un documentaire sur lui, de le rencontrer avec son chef op Chris Doyle qui est devenu mon parrain à la Fémis. C’était dingue. Ensuite “Down by law” de Jim Jarmush, pour la référence au poème de Robert Frost, “The road not taken” qui m’a suivi depuis le bac et qui m’a été passé par un prof d’anglais très important pour moi qui m’a fait découvrir des groupes, des poètes, des cinéastes. Ce mec était un écorché, fragile, et il m’a sensibilisé à ce poème. Je l’ai eu au bac, et il m’a suivi ensuite. Dans “Down by law”, ils sont à un moment donné à l'orée de 2 chemins, comme dans le poème, ils ne savent pas s’ils doivent aller à droite ou à gauche, et dans le poème, il prend un chemin et se dit qu’il reviendra à l’autre plus tard. Et en fait, plus il avance, et moins il verra l’autre possibilité. J’ai une histoire très mystique autour de ce poème et de ce prof. Et dans le film, il y a des références partout à ce poème. Et je dirais un film de Gus Van Sant, “My own private Idaho”, road movie de nineties. Ces 3 films sont assez sensibles sur la manière de raconter la condition humaine, sur les choix, sur les passages, sur ce que la nouvelle vie va nous proposer, l’attente de quelqu’un qui ne viendra jamais. Gus Van Sant est un cinéaste de l’adolescence, comme Larry Clark ou Greg Araki, qui sont des gens que j’aime et qui ont réussi à capter les années 90 et la post adolescence.”

 

Livres : “Price” de Steve Tesish, qui est aussi un roman sur l’adolescence. Le mec met le doigt sur des choses dont je ne souvenais plus sur cette période, des sentiments qu’il a gardé, cette part là de sa vie, et arrive à nous la recracher de manière classe. “Dead Boys” de Richard Lange. C’est un livre que j’ai mis en musique à la demande du marathon des mots de Toulouse. Je lui ai envoyé un message sur twitter pour lui dire que j’allais lire ses mots, et fait du hasard, il était en résidence d’écriture à Bordeaux. Il a pris une bagnole et a débarqué. J’étais dans mes petits souliers. Et on a passé la nuit à faire la tournée des bars. Il est l’auteur américain type pour moi. Il a été pompiste, prof, il a pas forcément fait des grandes études, mais il a écumé la vie et il la raconte. “Vernon Subutex” de Virginie Despentes. J’aime son écriture, simple, accessible, mais qui raconte des choses très fouillées.” 

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Anne Laure Maison et Michel Cam

"C’est un couple de street artistes/plasticiens/globe-trotters. Ils naviguent sur les mers du monde à la rencontre de peuples méconnus, oubliés et à part. 

Ils s’installent parmi eux pendant de longues périodes et naissent à chaque fois des histoires fortes, humaines, importantes.

Ensuite, comme une déclinaison aux Femmes Maisons qu’Anne Laure développe depuis un certain nombre d’années, ils réalisent des portraits grands formats de ces peuplades, de ces hommes et de ces femmes, à partir de collages d’images de ce qui constituent leurs univers.

Dès lors, l’art rencontre l’humain, la vie se mêle à la création, le passé de chacun se matérialise comme une carapace, un monde qu’il porte sur son dos tel Atlas la planète Terre.

Forcés de rester à quai, ils sont en résidence actuellement à la Cité Refuge/Armée du Salut dans le 13e arrondissement de Paris. Les œuvres réalisées avec les résidents s’affichent en façade et à l’intérieur du bâtiment dessiné par Le Corbusier."

www.humansoul.fr

Un portrait chinois de Joseph D'Anvers  à travers ses idoles teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage

Mohammed Ali & Quentin Tarantino


Ta  chanteuse Teenage

PJ Harvey &

Björk

Ton chanteur teenage

Frank Black (Pixies) & Alain Bashung

Ton acteur teenage

Matthew Broderick & Michal J. Fox

Ton actrice teenage

Juliette Binoche & Beatrice Dalle

Ton crush teenage

Helena Christensen & Naomi Campbel

Ton idole actuelle

Damon Albarn &

Mike Horn


Ta chanteuse actuelle

Ruth Radelet  & Santigold

Ton chanteur actuel

Nick Cave & Julian Casablancas 

Ton acteur Actuel

Mads Mikkelsen & Brad Pitt


Ton actrice Actuelle

Anais Demoustier & Alice Isaaz

Ton crush Actuel

Cat Power & Morgane Miller

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