Edito par Nicolas Vidal

Quand on est musicien, arrive toujours le moment où quelqu’un vous suggère de participer à une émission de télé. Pourquoi tu ne fais pas The Voice ? Pourquoi tu n’as pas tenté ta chance à Nouvelle Star ? Comme un chemin balisé et obligatoire pour les musiciens. Pourtant, quand ils évoquent ce parcours télé, la plupart des artistes le jugent en demi teinte, et la plupart n’ont de cesse de vouloir gommer les paillettes pour faire apparaître leur crédibilité. Gael Faure a participé à Nouvelle Star quand il avait 18 ans. Il y a 14 ans donc. Au royaume de la pop, on n’est jamais tendre avec ces parcours là, surtout si l’on n’est bien fait de sa personne. Mais Gael n’a pas oublié d’être bien fait dans sa tête non plus, ni dans sa guitare engagée qui lui permet aujourd’hui de parler de ce qui l’émeut, le bouscule, le révolte. Mais en douceur, avec tact, dans un demi sourire charmeur et un folk apaisant. Bien à sa place, comme ce “Regain” sorti il y a deux ans et qui se prolonge avec un spectacle sur Giono que l’on pourra bientôt voir. A des années lumières donc des paillettes brûlées. 

ENTRETIEN &  PHOTOS:  Nicolas Vidal
Merci à la Philharmonie de Paris pour les photos

Est-ce que pour toi la musique se doit d’être engagée ? 

Bonne question. On n’a pas besoin que ça nous saute aux yeux. Pour moi c’est dans la poésie de ce que tu peux raconter. L’engagement il est là. Moi je déteste aller dans les manifs et porter ma voix haut et fort avec un panneau pour que les choses changent. Je préfère le faire par l’art dans un axe plus léger. On s’en prend déjà plein la gueule avec l’écologie où l’engagement, si en plus c’est pas fun de le faire, il n’y a rien qui va se passer. La plupart des choses et des comportements que je vois des politiques où des gens, moi y compris, m’agace au plus haut point et je ne peux pas ne pas en faire des chansons. Mon dernier album, j’ai mis 4 ans à le faire parce que ça prend du temps de faire les choses, mais c’est vrai qu’on n’est plus dans cette ère là. On m’a posé la question récemment sur ce que je pensais de l’état musical en France, et si je suis vraiment honnête, je trouve que c’est un peu catastrophique ce qu’il se passe. Certes, on pourrait dire que c’est mieux qu’il y a 10 ans où l’on n’entendait que de la variété. Ça s’est plus ouvert avec le rap. Mais c’est quand même de la monoculture. 

Mais es-ce que tu ne trouves pas justement que ça s’est démocratisé ? Comme il y a moins d’argent à gagner, est-ce que cela n’a pas permis à des gens d’émerger de manière totalement indépendante ? 

Oui, je suis d’accord avec toi et ça c’est formidable. Après je pense que tout le monde peut le faire mais tout le monde n’a pas quelque chose à dire, et dans les messages - notamment dans le hip hop - ce qui m’ennuie, c’est que c’est très faible. Dans le rap, on en est encore à parler du bédot, de la thune et de la réussite… Mais je ne suis pas anti rap, et je ne veux pas passer pour un vieux qui comprend rien. C’est juste qu’on ne nous donne plus que ça. Après, moi je suis très heureux d’avoir ma petite place de mon côté, de faire mon petit chemin en étant droit. Il y a de la place pour rester soi même. Mais comme 90% des gens streament de l’urbain, du coup on ne mange que ça. 

 

Ton album est très raccord avec ce que tu dis : on y sent une atmosphère boisée, organique, avec un message très lié à ton engagement pour l’écologie. C’est ce vers quoi tu tendais dans ton travail avec Renaud Létang ? 

Ce que j’ai aimé en même temps sur ce disque, c’est qu’il est plus riche que les précédents. On n’est plus dans un guitare/voix. L’organique peut aussi être dans des synthés. C’est le mélange qui était intéressant. Je pense qu’on ne peut plus faire table rase du passé musical et réinventer tout le temps. Ce serait même un peu arrogant de faire ça. C’est d’ailleurs ce qu’il se passe en politique, dans l’écologie. On croit qu’il faut tout réinventer alors qu’il faut juste amener de la nouveauté, se jouer des époques et les faire coïncider. Ce qui m’a plu dans l’album, c’est de prendre des chansons qui ont été pensées un peu folk et les habiller de choses actuelles, et en faire quelque chose qui est personnel. Mais je voulais une couleur chaude, présente.
 

Tu es un chanteur engagé ? 

Ça y est, le mot est lâché. L’engagement est évident pour moi. C’est juste faire des choses qui ont du sens. Récemment, j’ai fait un concert dans une ville où les gens ont été sollicité pour participer à une mission de transition écologique et ils m’ont invité à faire un concert/débat pour que ce soit plus sexy d’en parler. Et moi ça me va parce que j’adore discuter et essayer de penser en dehors de sa petite zone de confort et de son petit métier. C’est cool, ça nourrit.

 

Tu as grandi dans un petit village à la campagne. Finalement, est-ce que ce n’est pas d’être à Paris pour toi qui est une incongruité ? 

Complètement. J'ai ça en moi. J’ai toujours vécu dans des endroits isolés. Je l’ai un peu mal vécu au départ d’ailleurs. J’avais l’impression d’avoir des lacunes énormes, de ne rien connaître. J’ai compris plus tard que c’était une force. Mais c’est vrai que cette transition là a été longue. Je suis d’ailleurs parti à Bruxelles pendant 3 ans. A Paris, quand je suis arrivé, j’habitais dans le 6ème et les chiens étaient mieux habillés que moi. Ce n’était pas moi. Je faisais des chansons qui ne reflétaient en rien ce dont j’avais envie de parler. J’ai viré mon premier projet de ma discographie d’ailleurs car ça c’était très mal passé avec quelqu’un qui m’avait piqué tout mon argent. 

 

Tu as été projeté très vite en même temps avec la Nouvelle Star dans les paillettes et la pop culture plus que dans la musique. 

C’est ça. Je suis très heureux de l’avoir fait quand j’avais 18 ans car ça te laisse de la place et du temps ensuite pour savoir ce que tu veux faire. Mais ça craint ces émissions. Sans cracher dans la soupe, heureusement que j’avais les épaules et une famille qui était là. En même temps, je n’avais pas tout misé là-dessus. La musique à l’époque, ça me plaisait, mais je ne pensais pas devenir chanteur. Je faisais des études de paysagisme. Ensuite, après l’émission, j’ai dit non à tout ce qu’on me proposait. J’ai eu peur. Les gens  me proposaient des projets pour se faire de l’argent, ce qui est normal, mais c’était factice, fabriqué, orienté.

 

Finalement tu n’as pas trop mal géré l’après, en partant vers des choses plus intimes, plus folk. 

Il y avait beaucoup de défauts dans ce que je faisais, mais ça ne me faisait pas peur. J’aime la naïveté, ne pas suivre une tendance. Je crois que l'humain, il a un don, c’est l’intuition, le feeling. C’est sa manière à lui d’oser dire qui il est. Ces derniers temps, je me suis émancipé de l’image. Les réseaux sociaux, ça a mis en avant la connerie et la mascarade dans laquelle on vit. Après, ill y a des artistes qui le font très bien comme Angèle. Je crois que ma place dans la musique, c’est de rester dans ce que je sais faire, c’est à dire être proche des gens, ne pas être dans quelque chose de trop gros. J’ai fais quelques grosses scènes, mais c’est dur de construire une intimité. En fait, je ne suis pas une grande surface. Je suis une Amap. 

 

Tu es un chanteur qui va à son rythme en fait. 

C’est ça. Pourtant je suis rapide dans ma tête. mais je veux que tout soit bien foutu, honnête. Dans mes chansons, j’essaie de partir sur des thématiques qui sont un peu différentes. Sauf les chansons d’amour bien sûr. 

Comment fait-on pour aborder des thématiques sociales dans les chansons comme l’écologie ou le travail, comme tu le fais dans la chanson “Siffler”, sans être moralisateur ? 

Pour moi, c’est l’axe de la chanson, la poésie que tu y mets, le recul aussi. Toucher à ces sujets, si tu es moralisateur, tu ne vas pas toucher les gens justement. Moi je ne suis pas un exemple, personne n’est parfait. Et je détesterais être cette personne qui crie que le monde va mal. Il faut laisser à l’auditeur sa part d’imagination à lui, et ne pas le figer dans ta manière de voir les choses.

Est-ce que les auditeurs font réellement attention aux paroles d’après toi ? 

En tous cas moi je ne sais pas comment ils les écoutent. Peut être qu’ils sont plus happés par la mélodie, le mood. Ce qui est plutôt pas mal. Je rêve de faire un album qui ne veut rien dire. La langue française fige un peu parfois. C’est formidable d’avoir des grands poètes, mais en musique, on pourrait parfois se laisser un peu plus aller à ce que dicte notre corps. C’est pour ça que j’aime bien Katerine par exemple.

 

Tu es aussi à l’initiative du festival “Le chant des colibris”. Comment est né ce projet ?

On a fait le premier concert à la Villette à Paris. Il y a 3 ans, je me suis dit que faire des chansons sur la transition écologique, c’était bien, mais qu’est ce qu’on pourrait faire de plus ? J’avais lu un livre de Pierre Rabhi, “Vers la sobriété heureuse”, et je suis allé voir le mouvement Colibris pour leur présenter une chanson et voir ce qu’on pouvait imaginer autour. Ça leur a plu. Et ils m’ont dit qu’ils aimeraient faire un festival, donc j’en ai parlé à mon producteur, Sébastien Zamora, et tous ensemble on a imaginé ce qu’on pourrait faire. C’est comme ça que c’est né. C’est un festival itinérant qui va dans des lieux “atypiques” ou des petites salles. La première a eu lieu à Darwin à Bordeaux. Il faut soutenir les gens qui œuvrent au quotidien, et dans des petites salles. Les artistes ne sont pas rémunéré pour ces concerts, c’est un engagement. L’idée, c’est de prétexter un concert, mais aussi de faire venir les gens et de faire venir les acteurs locaux pour qu’ils se rencontrent autour de ça, qu’ils imaginent ensemble les choses, et de clôturer tout ça par un concert. J’aimerais bien qu’on arrive à faire de plus petits festivals mais partout en France, dans des lieux moins visités. Après, c’est difficile de faire vivre ça, donc il faut que ce soit viable. il faut trouver des sous, des partenaires. Ce projet me montre aussi que c’est difficile d’avoir des artistes, que l’image est importante, que les artistes ne veulent parfois pas se mélanger même si la cause leur plaît… Il ne se passera rien tant que l’on sera tout le temps sur notre image. L’idée, c’est aussi de faire un festival qui ne soit pas que de la chanson française, mais aussi l’électro, du rap, que tout le monde puisse avoir envie de venir et de participer à ce mouvement. Ce n’est pas un truc hippy, c’est un engagement. 

Quels sont tes prochains projets ?

Un spectacle pluridisciplinaire que j'ai imaginé autour de l’œuvre de l’écrivain Jean Giono, mêlant littérature, musique et danse contemporaine, avec la volonté de jouer  le spectacle dans des lieux exceptionnels et emblématiques du patrimoine français, investissant pleinement leur culture, leur histoire et leur terroir. Remettre en lumière la beauté de la poésie paysanne et se faisant rencontrer les arts et notamment celui du corps.

“Regain”, le nom de ton album, était déjà un hommage à Giono ? 

Oui et non. C’était plutôt un hommage à mon père car enfant, il m’a expliqué ce que c’était, et j’ai trouvé ça beau ces herbes qui poussent après la fauche. Et puis il y avait le jeu de mots que ça induisait. C’est un mot sexy et intemporel. Ce spectacle est une continuité de mon album. 

Propos recueillis par  Nicolas Vidal

José Gonzalez - “Je dirais que José Gonzalez est un artiste qui m’inspire énormément. Ça fait 8 ans que je suis son parcours. Cette manière d’être silencieux et de faire une musique qui soigne, sans suivre aucune tendance. Il m’a bouleversé quand je l’ai vu en concert. J’aime ses choix, notamment dans les musiques de films qu’il fait, les risques artistiques qu’il prend. En concert, il frotte des bouts de papier pour inciter les gens à être dans le spectacle. C’est quelqu’un d’intelligent, qui me parle. Il a un côté très suédois, très nature.”

ART -“ En peinture, je suis fou amoureux, sans être passéiste, du temps qu’on passait à créer des choses sincèrement, que ce soit en peinture ou en architecture. Jean-Baptiste Chardin me touche énormément. J’ai vu plusieurs expositions, j’ai lu des choses, et je suis admiratif et impressionné de l’amour qu’il avait pour son métier. De le faire sans vouloir plaire, juste parce que c’était viscéral. En photo, je dirais Sebastiao Salgado, aussi parce que j’ai vu son film “Le sel de la terre”. J’aime son côté monochrome.”

LIVRES - “En ce moment, vu que je fais un spectacle sur Jean Giono, je le lis beaucoup et je suis amoureux de son écriture. C’est impressionnant. Le livre qui me remplit de joie, c’est “Que ma joie demeure”. C’est criant d’actualité. C’est une époque et des écrits qui disparaissent, une manière de faire exister les personnages, les odeurs, que l’on ne trouve plus. Récemment j’ai lu “Ravage” de Barjavel, et le lire adulte quand tu es apte à comprendre la société, c’est énorme. Dans un autre genre, j’ai beaucoup aimé lire Christophe André et ses livres qui aident à comprendre nos colères, comprendre nos états que l’on comprend peu. “25 leçons pour méditer jour après jour” est un livre que je conseille à tout le monde. Ça soigne, c’est digeste, c’est un livre qui se déguste.”

FILMS - ““Le premier film qui m’ait fait pleurer, c’est “L’Ours” de Jean-Jacques Annaud. C’est vraiment un souvenir d’enfance. Il y a quelques années, j’ai rencontré Tcheky Karyo avec qui j’avais joué en co-plateau, et je lui avais parlé de ça. Après, ce n’est pas un choix très cinéphile, mais j’adore. Sinon, il y a aussi un film qui me mets mal à l’aise mais que je trouve sublime, c’est “Le parfum” de Tom Tykwer. L’ambiance de ce film, avec ce mec obsédé par l’odeur des gens, c’est magnifique. Je trouve que c’est un beau film flippant. J’ai adoré “Will Hunting” de Gus Van Sant parce que je suis un inconditionnel de Robin Williams depuis “Le cercle des poètes disparus”. C’est un très bon feel-good movie. Il y a une scène où Matt Damon le défonce, et on voit une telle tristesse dans son regard. Ça me bouleverse. Et à 14 ans, j’adorais Russel Crowe et “Gladiator”.”

DISQUES - “ Je me focalise peu sur les albums que j’écoute, plutôt sur les artistes. Mais “Family tree” de Nick Drake, où il chante avec Molly, sa maman, c’est formidable. Ça me bouleverse. Je vais citer “Veneer” de José Gonzalez. J’aime aussi beaucoup Feist. C’est une artiste qui est un peu dans le game, mais qui reste extrêmement libre, qui est une virtuose de la guitare. Je l’ai rencontré au studio Ferber un jour où je venais récupérer ma guitare, car on travaillait tous les deux avec Renaud Létang. J’ai perdu toute contenance. Elle en impose. J’étais super impressionné. Et j’aime aussi “Rats” de Balthazar. J’ai pris une grosse claque en les voyant sur scène aussi. Ils ont une manière incroyable de composer des chansons pop. Et le dernier album que j’ai le plus écouté, c’est un album de Kings of Convenience qui s’appelle “Declaration of dependance”. Et aussi “Cavalo” de Rodrigo Amarante. Ce que j’aime, c’est qu’on est pas sur des chansons brésiliennes qu’on attend. C’est surprenant. Ils mélangent les époques, ils travestissent un peu les choses dans la production, les sons. C’est un bijou.”

Xavier Polycarpe

“ J’ai envie de parler d’un ami à moi qui s’appelle Xavier Polycarpe. Il faisait partie du groupe Gush avant. C’est quelqu’un qui a l’amour et la bienveillance dans la musique. Il est d’une honnêteté et une curiosité sans faille. Il est guitariste mais ne s’empêche jamais d’aller vers d’autres instruments. Il a un groupe qui s’appelle Macadam Crocodile qui va cartonner. C’est un projet qui est fait pour faire danser les gens. C’est quelqu’un que j’aime d’amour. C’est quelqu’un de très inclusif, qui comprend les autres, qui va déconner avec tout le monde. Chapeau pour son humanité.”

Un portrait chinois de Gael Faure  à travers ses idoles teenage et celles d’aujourd’hui.

Ton idole teenage

Kobe Bryant


Ta  chanteuse Teenage

Britney Spears

Ton chanteur teenage

Coldplay, U2

Ton acteur teenage
Russel Crowe

Robin Williams

Ton actrice teenage

Shannen Doherty

Ton crush teenage

Sidney Fox

Ton idole actuelle

Edward Norton


Ta chanteuse actuelle

Emiliana Torrini

Ton chanteur actuel

Rufus Wainright

Ton acteur Actuel

Joaquin Phoenix

Mads Mikkelsen


Ton actrice Actuelle

Rooney Mara

Ton crush Actuel

Juliette